Guatemala, des volcans en veux-tu? En voilà!

30 mai, nous quittons la Colombie et l’Amérique du Sud par la même occasion. Direction le Guatemala que nous rejoignons directement en avion. Nous aurions préféré poursuivre notre progression vers le nord par des moyens doux (bus et bateau) mais il fallait choisir entre passer du temps à « remonter » ou profiter du Guatemala à fond. Nous avons opté pour la seconde option : 1 mois au Guatemala! C’est la première fois depuis le début de notre voyage que nous ressentons la contrainte du billet retour dont la date est connue, fixe et non modifiable. La durée de voyage de 1 an nous convient très bien et nous serons heureux de rentrer mais en se projetant un peu, nous aurions peut-être eu besoin de 2 mois supplémentaires pour explorer l’Amérique centrale à notre rythme. On ne va pas se plaindre non plus!

A l’aéroport de Barranquilla, nous avons droit à une bonne surprise. La compagnie aérienne nous explique que nous avons payé trop cher nos billets. Nous sommes remboursés sur le champ d’environ 60 € et pendant quelques secondes nous redevenons des joueurs de Monopoly, « passez par la case aéroport et recevez 60 € ». C’était une carte chance, une vraie celle-ci. Nous sommes dans de bonnes dispositions et le voyage se déroule très bien malgré les 2 correspondances un peu speed. Le soir même, nous rejoignons la ville d’Antigua, à l’ouest de la capitale du pays, Guatemala Ciudad.

Antigua, capitale des ruines religieuses

Belle ville coloniale, Antigua fut la capitale du Guatemala et d’Amérique centrale pendant presque 200 ans avant d’être désertée par les espagnols qui décidèrent de déplacer la capitale suite à un tremblement de terre dévastateur. L’ambiance y est très agréable et nous passons une journée à visiter la ville. Les rues sont parsemées d’édifices coloniaux, d’églises et de couvents dont la majorité se présentent à l’état de ruines consolidées. Autour, les volcans Agua, Fuego et Acatenango protègent la cité autant qu’ils la menacent. Après avoir pris quelques renseignements sur internet, nous mettons sur pied une petite expédition en autonomie vers le volcan Acatenango. Culminant à 3 973 m, c’est le 3ème plus haut sommet du Guatemala et d’Amérique centrale. Depuis le sommet, nous devrions avoir une vue imprenable sur son voisin : le Fuego, actuellement en activité.

Nous ne perdons pas de temps et dès le lendemain nous sommes en route. Les trajets en bus locaux se goupillent très bien et 2h après avoir quitté Antigua nous amorçons la montée, il est 10h. Au départ, il y a deux autres groupes avec guides que nous devançons rapidement. 1 300 m de dénivelé nous attendent, c’est parti! Au début, le sentier monte tout droit au milieu des champs de maïs, puis nous traversons une forêt de nuages qui, noyée dans la brume, porte bien son nom. Vers 3 100 m, la forêt de nuages cède la place à une forêt de résineux plus ouverte. C’est raide et le sac est bien chargé. Nous sommes autonomes en eau pour 2 jours, soit 6 litres chacun. Après le presque zéro de la côte caraïbe, nous craignons un petit mal d’altitude alors nous avons usé de notre drogue d’altitude : le Diamox. Nous progressons bien, de temps en temps, nous sursautons en entendant une détonation. On s’attend à voir arriver l’orage ou une avalanche, au choix, ou les deux combinés. Vers 3 600 m, nous sortons de la forêt en même temps que nous quittons les nuages. Le sommet de l’Acatenango est en vue, demain matin nous avons rendez-vous tous les 3. Nous passons sous le sommet, en traversant un champ de scories. Le paysage est lunaire, en dessous, les nappes de brumes en mouvement rehaussent le côté surréaliste. Encore quelques minutes de marche et nous arrivons en vue du campement et du volcan Fuego qui se laisse observer quelques instants. Plus nous nous approchons, plus les détonations sont fortes. Au milieu des nuages blancs moutonneux, une gerbe sale monte à la verticale à une vitesse impressionnante. Quelques secondes après l’image, le son : BAAOUUMMM!! Ça pète fort. Très impressionnant. On va dire que c’est pour nous souhaiter la bienvenue et nous féliciter. Il nous aura fallu 3h30 pour atteindre le campement, c’est pas si mal. Le trek de la Ciudad Perdida aura été utile pour nous remettre en jambes. Comme nous sommes les premiers, nous choisissons librement notre emplacement, avec une belle vue et à l’abri du vent. La tente tout juste montée, le temps se gâte, le ciel se bouche, le blanc nous submerge et inexorablement la pluie suit. Depuis l’intérieur de la tente, les détonations sont encore plus terrifiantes, surtout quand l’orage s’en mêle. C’est l’apocalypse. 3h après notre arrivée, nous sommes toujours seuls au campement. Mais où sont les groupes que nous avons doublés? Ce bruit, c’est l’orage ou bien une éruption de l’Acatenango? Sa dernière éruption date de 2006, après tout ce n’est pas si vieux et puis quand on voit son jumeau débordant d’activité juste à côté, forcément, on se pose la question. Coincés dans la tente, on attend. Comme prévu, un léger mal de tête s’installe, nous sommes à 3 700 m d’altitude.

Soudain, une détonation monstrueuse retentit, la toile de tente se tend sous le souffle de l’explosion. On se précipite dehors, la pluie vient de s’arrêter et les nuages ont desserré leur étreinte. Le volcan Fuego est désormais libre de s’exprimer au grand jour et il gronde sa joie sans retenue! Un panache gigantesque s’élève dans les airs, le noir, le blanc et le rouge se mêlent. Nous sommes scotchés.

Volcan Fuego en action

Quelques secondes après ce coup de semonce magistral, des voix nous parviennent. Des français? Non des Québécois. Un groupe enfin! Nous sommes partis seuls pour être tranquille c’est vrai, mais nous sommes heureux de voir arriver quelqu’un. Nous passerons une bonne partie de la soirée avec eux autour du feu construit par leur guide Timoté qui nous accueille sans souci dans le cercle.

Toute la soirée, nous aurons droit à un véritable spectacle pyrotechnique. Dans l’obscurité, la lave est nettement plus visible que pendant l’après-midi, d’ailleurs, on ne voit plus qu’elle à la fin. Ça explose et ça gicle dans tous les sens. A chaque nouvelle détonation, le cœur bondit dans la poitrine et on se retourne pour admirer le volcan comme si on avait oublié qu’il était là, juste à côté de nous. La distance est idéale, nous sommes vraiment aux premières loges. Depuis le campement, nous sommes à environ 2 km à vol d’oiseau du cratère du Fuego. Assez prêt pour en prendre pleins les yeux, sans trop de dangers (a priori). Nous sommes fourbus, nos pieds et nos nez sont gelés mais nous ne pouvons pas aller nous coucher, le volcan nous hypnotise. Et puis entourés de québécois autour d’un feu, la veillée n’est que plus gaie. Cela fait environ 10 mois que nous voyageons mais nous n’avions rien vu de tel jusqu’à maintenant, c’est fabuleux. Nous nous arrachons au spectacle vers 21h30 ; le lendemain matin nous devons nous lever tôt pour gravir les 300 derniers mètres qui nous séparent de la « cumbre » (le sommet).

De nuit, le volcan brille

3h30 du matin, nous nous extirpons des sacs de couchage et nous nous mettons en marche à la lueur de nos lampes frontales. Environ 1h plus tard, nous atteignons le sommet : 3 973 m. Ça caille! Nous ne regrettons pas nos affaires chaudes et notre matériel de camping. Alors que nous maudissions ce poids mort, tout cet attirail hors sujet, dans les caraïbes, nous nous félicitons d’avoir finalement tout garder. De notre point de vue, nous dominons le volcan Fuego qui nous a réveillé quelques fois pendant la nuit. Dans l’aube naissante, il nous offre encore quelques belles éruptions de lave. Quelques minutes plus tard, le soleil se lève. Du haut de nos 3 973 m, nous avons une vue imprenable sur les environs. Au nord ouest, les silhouettes des volcans qui bordent le Lac Atitlán nous font de l’œil.

Il est temps de rentrer. Nous retournons au campement, les québécois nous ont laissé leurs braises, juste ce qu’il faut pour faire un thé. Nous plions la tente et descendons. La descente va très vite (elle nous laissera d’ailleurs de belles courbatures). Nous arrivons à Antigua en milieu de journée et l’après-midi sera finalement dédié à une sieste d’anthologie, nous sommes rincés et il faut dire que le réveil était matinal…

Volcan Agua, proche voisin

Le lendemain, nous nous mettons en chemin pour rejoindre le Lac Atitlán et les volcans qui le bordent. Après les avoir observé à distance, nous décidons d’aller les examiner de plus prêt avec l’idée d’en grimper un ou deux. Nous posons nos valises à San Marcos de la Laguna sur la rive nord-ouest du lac. Très vite, nous nous rendons compte que brume et nuages ont élu leur domicile sur les volcans. Ils se laissent vaguement apercevoir très (très) tôt le matin pour ensuite passer le reste de la journée la tête dans les nuages. Quant au petit village de San Marcos, il pourrait bien ressembler à la Mecque du yoga. On pratique ici des retraites de méditation, on mange bio et on se tartine d’huiles essentielles aux vertus multiples, le tout embaumé d’une douce odeur de printemps. C’est un repère de hippie vous l’aurez compris. Comme nous sommes bien installés et de bonne composition, nous nous prêtons au jeu et rejoignons le groupe de yoga de notre petit hôtel. A notre grande surprise, nous sommes ravis et nous en redemandons. Au bout de 2 séances, les salutations au soleil n’ont plus de secret pour nous.

Volcans Atitlán et Toliman au bord du Lago Atitlán

Comme les volcans semblent bien décidés à garder la tête dans les nuages, nous les laissons tranquilles et changeons un peu nos plans. Attirés par une coopérative de tisserandes Mayas, nous préférons visiter le village de San Juan de la Laguna, situé à seulement 10 minutes en lancha (barque) de San Marcos. Gérée par quelques femmes de la communauté, la coopérative rassemble quelques 150 femmes Mayas des environ. Nous avons droit à une démonstration complète, depuis le filage du coton au tissage à proprement parler, en passant par les techniques de teintures. Nous passons un bon moment en bonne compagnie, elles ont le temps et nous aussi.

Atelier des tisserandes de San Juan la Laguna

Nous terminons la visite de San Juan par une découverte tout aussi complète du style de peinture local : la vista del Pajaro. Dans les années 40, un peintre Maya originaire de San Pedro (village d’à côté) a commencé à représenter des scènes de la vie locale vues du haut. Depuis, de nombreux disciples ont pris la relève et apporté leur touche. Noé, le peintre que nous avons rencontré expose et vend ses toiles jusqu’en Italie.

« A vista de pajaro »

San Marcos est un véritable repère de voyageurs égarés. Pour preuve, le sympathique restaurant japonais que nous avons rapidement adopté comme cantine du soir est tenue par une japonaise déjantée qui avait « échouée » ici il y a 10 ans. Fauchée, elle a décidé de vendre des sushis et elle est restée. Bref, nous passons notre dernière soirée à manger des sushis dans notre repère en bavardant avec un couple de voyageurs-artisans français. Le principe est simple, leur vie est faite de voyages qu’ils financent en fabricant et en vendant de l’artisanat. Si si, ça marche. Comme nous sommes un peu frustrés par les volcans du Lac Atitlan, nous ne tardons pas davantage et filons rendre visite à ceux qui entourent Quetzaltenango, plus à l’ouest.

Après un voyage en bus un peu chaotique, nous arrivons à bon port. Nous voilà à Quetzaltenango ou « Chéla » comme tout le monde l’appelle. Chéla devrait être notre camp de base pour aller grimper sur les volcans des alentours. Nous avons jeté notre dévolu sur deux d’entre eux : le Santa Maria et le Tajumulco, point culminant du Guatemala et de l’Amérique centrale. Depuis le sommet du volcan Santa Maria, il est possible d’admirer les spectaculaires éruptions du Santiaguito son petit jumeau survolté. A peine arriver à Chéla, nous commençons les préparatifs, nous souhaitons grimper le Santa Maria dès le lendemain matin et en solo sur 2 jours comme pour l’Acatenango. Notre logeuse, qui a essayé de nous vendre un tour opérateur, nous questionne sur notre destination et ouvre de (très) grands yeux quand nous lui faisons part de notre plan. Un guide touristique qui passait par là se joint à la conversation et les voilà qui nous sermonnent, en cœur, sur le thème de l’extrême danger que nous encourons en partant sans guide. Nous sommes polis, nous écoutons. « Merci, c’est promis, on fera attention! ».

5h30 du matin, le réveil sonne, c’est parti, à nous les volcans. Nous nous mettons en quête du bus qui doit nous emmener au point de départ de la randonnée et, à 8h00, nous sommes sur le sentier sous un soleil radieux qui aura très vite raison de la légère brume qui baigne les champs que nous traversons. Les quelques locaux que nous croisons se proposent presque systématiquement comme guide. Nous déclinons gentiment, nous assurant seulement que nous sommes bien sur le bon chemin. Depuis le volcan Santa Maria, il existe deux possibilité pour voir les éruptions du Santiaguito : le sommet, naturellement, et un mirador situé sur le flanc ouest, plus bas. Il est tôt et nous décidons de faire les deux en commençant par le mirador. Nous finissons par le trouver après quelques détours, mais nous arrivons un peu tard et les nuages ont déjà recouvert le volcan. Du reste, il ne semble pas qu’il y est une grande activité, pas de bruit et pas de panache. Ce n’est pas grave, depuis le sommet, nous devrions avoir une belle vue dans la soirée si le temps s’améliore et dans le pire des cas, nous attendrons le lendemain matin pour la vue. C’est l’avantage de bivouaquer : en passant plus de temps sur place, nous avons en théorie plus de chances d’avoir de bonnes conditions d’observation. L’inconvénient, c’est que nous portons des gros sacs.

En rejoignant le sentier principal, nous croisons le guide touristique avec qui nous avions discuté la veille. Il descend avec deux clients. Ils ont passé 1h30 au sommet mais n’ont vu aucune éruption. C’est pas de chance. L’américain que nous avons croisé en début de matinée nous a assuré qu’il s’était régalé là-haut. Il avait campé au sommet tout seul. Qu’à cela ne tienne, si le Santiaguito daigne se réveiller nous serons aux premières loges. La montée est très raide et le chemin un peu technique. Il est 14h et nous sommes environ 200 m sous le sommet quand le temps se gâte. Ce n’est pas un peu de pluie, non, ce sont d’énormes nuages tout noir qui nous entourent. Tout va très vite, 10 minutes plus tard, nous sommes piégés dans l’orage. Nous trouvons une vieille souche pourrie que nous habillons d’un bout de poncho déchiré en guise d’abri. S’en suivent 2h30 d’attente parmi les plus pénibles que nous ayons connues. Le tonnerre donne de la voix, les éclairs sont partout autour de nous, ils nous cherchent. Quand un orage passe et s’éloigne, un compère lui emboîte le pas. Pas moins de 4 orages distincts nous passeront au dessus de la tête. Nous sommes trempés, frigorifiés, les membres ankylosés. Les mots ‘hypothermie’, ‘douche chaude’, ‘fait chier’, ‘j’ai froid’, sont apparus successivement et en boucle dans nos esprits pendant ces 2 longues heures. Il est 16h30 quand la pluie se calme alors que le dernier orage s’éloigne. Vu l’heure, 2 options s’offrent à nous : redescendre avant qu’il ne fasse nuit ou finir l’ascension et camper au sommet. Plus de pluie, plus d’orage, nous décidons de nous diriger vers le sommet. Arrivés en haut, nous découvrons un sommet tout petit, peuplé de rochers et de déchets. Ajouter à ce tableau déjà peu engageant un ultime orage en approche… voilà il faut se rendre à l’évidence, le site n’est vraiment pas idéal pour camper et les conditions non plus. Après tant d’aventures, il serait dommage de finir grillés comme des ‘cuy asado’. Un dernier coup d’œil en bas en direction du Santiaguito. Le cratère est bien visible, de la fumée s’échappe mais pas d’éruption en vue. Nous formulons une hypothèse pleine de bon sens, avec tout cette pluie, comme nous, il s’est noyé, voilà tout. C’est à regret que nous amorçons la descente à 17h15. Il faut savoir renoncer ; on le dit souvent mais on ne le fait pas souvent finalement. Cette fois il faut redescendre. Nous sommes vannés et nous savons que la descente va être compliquée : 1 400 m environ dans un sentier boueux que la pluie a transformé en torrent. Compter avec ça que nous allons terminer tout cela de nuit et qu’à l’arrivée, au village de Llano, il y a peu de chance qu’il y ait encore des bus… Une chose après l’autre. La descente d’abord. Elle s’avère à peu près aussi difficile que ce que nous avions imaginé. Quelques chutes et glissades plus tard, nous atteignons le village. Il est 19h30 et nous déambulons dans la rue sous le regard amusé des jeunes qui découvrent deux zombies, vêtus de ponchos jaune et violet, avec des frontales collées sur le front alors que l’éclairage public fonctionne. Première échoppe, on nous confirme qu’il n’y a plus de bus après 18h. Des taxis? Non. Ah… On attend un petit peu et le patron revient vers nous. Il a trouvé quelqu’un qui peut nous emmener en pick up. Martin sera notre homme providentiel, enfin une bonne nouvelle! 15h environ après avoir quitté notre auberge, nous sommes là, plantés devant la patronne, assez étonnée de nous revoir aussi tôt il faut le dire. Ça va, ça va, n’en rajoutons pas.

Volcan Santa Maria depuis San Francisco, toujours la tête dans les nuages

Comme nous sommes fourbus et un peu frustrés, nous décidons de faire une pause volcan. Il nous reste le Tajumulco en tête mais dans l’immédiat l’idée d’une virée sur 2 jours pour dormir sur un volcan nous rebute un peu. Nos chaussures ne sont même pas sèches. Nous nous accordons une petite pause avec une activité plus cool : visite de marché. Depuis Chéla, nous sommes à moins de 20 km de San Francisco el Alto, village dans lequel se tient le plus grand marché du Guatemala, également considéré comme le plus authentique. Nous allons voir ça. Une petite heure de Chicken Bus plus tard, nous posons les pieds dans le paisible bourg de San Francisco. A l’heure à laquelle nous arrivons, en cette veille de jour de marché, les marchands rangent les étales et le plus grand marché du pays semble plongé dans la torpeur. Le calme avant la tempête? Le lendemain nous sommes prêts aux aurores. On nous a indiqué que le marché aux bestiaux qui se tient un peu plus haut commençait dès 5h30 du matin. A 6h nous sommes au rendez-vous, et effectivement, la place que nous avons traversée la veille en quelques secondes se trouvent désormais peuplée de centaines de cochons, vaches et moutons. C’est bien connu, les meilleures affaires se concluent dès le début de la foire et vu l’affluence nous avons du mal à imaginer que la scène se répète toute les semaines, le vendredi. Nous nous faufilons entre les cochons et les vaches et restons un bon moment, plantés au milieu de la place, simplement pour observer. Certains négocient serrés pendant que les autres se font littéralement traînés au milieu de la foule par les cochons fraîchement acquis. Le bruit et l’agitation qui règnent donnent le tournis. De temps en temps, nous nous échappons de la tourmente pour faire un tour plus bas, pensant y trouver un peu de répit. Nous voilà emportés par un flot continu qui déambule lentement dans des allées étroites, entre des étales de tissu en tous genres. Nous apprendrons à nos dépends à la fin du marché que c’est ici le royaume des pickpockets. Et oui le petit portefeuille bariolé acheté au Pérou a disparu! Heureusement, il était fait exactement pour ça et il n’y avait presque rien dedans! Nous sommes presque contents de notre coup. La mauvaise nouvelle c’est qu’on peut vraiment vous faire les poches tranquillement sans qu’on s’en rende compte. Un dernier coup d’œil à la foire aux bestiaux. Il est 9h30 et la foule là-haut est déjà nettement moins dense. C’est l’heure de la deuxième démarque, le meilleur moment pour négocier encore plus dur les lots et la marchandise de deuxième classe.

Dame au cochon au marché de San Francisco El Alto

Il est 11h, l’heure pour nous de quitter le tumulte, délestés d’un porte-monnaie mais néanmoins ravis de la découverte. De retour à Quetzaltenango (Chéla), nous nous lançons dans les préparatifs pour une ultime grimpette de volcan. Demain soir, nous dormirons au camp de base du Tajumulco. Le projet a donné lieu à beaucoup de discussions mais in fine, difficile de bouder le plus haut sommet d’Amérique centrale, « Voyage en relief » oblige! Après 3h de Chicken Bus, nous sommes au pied du volcan, il est 9h du matin. Le temps est un peu brumeux mais nous sommes optimistes, ça va se lever. Nous croisons un petit groupe accompagné d’un guide qui descend, ils ont eu une belle vue ce matin. Nous croisons les doigts. La randonnée est très agréable, beaucoup moins ardue que les volcans précédents qui présentaient des silhouettes bien coniques et assez raides. Les pentes du volcans sont habillées de landes et de forêts de pins clairsemés que le sentier traverse, alternant montées douces et replats. Au bout de 2h30, nous arrivons au camp de base et plantons la tente. A peine installés la pluie nous rejoint, fidèle compagne. L’après-midi s’écoule lentement abrités sous la toile au chaud, un petit sourire en coin en pensant au Santa Maria qui nous a tenu en échec. Il peut bien pleuvoir cet après-midi, du moment que ça s’arrête dans la nuit. Vers 18h30 nous sommes couchés. Le réveil est programmé à 3h30 de manière à être prêts pour regarder le soleil se lever sur le Guatemala. Nous croisons les doigts une dernière fois et sombrons dans un sommeil profond à 4 000 m d’altitude. Le réveil sonne comme prévu mais la mauvaise nouvelle c’est que le tambourinement régulier de la pluie sur la toile s’était déjà chargé de nous réveiller. Aïe aïe aïe, de la pluie le matin, on aura tout vu. On temporise un peu, réveil décalé à 6h. Nous mettons une croix sur le lever de soleil en espérant se rattraper sur la vue. 6h, il pleut. 7h, pluie fine, tant pis, on sort. Les boules. Les derniers 200 m sont avalés en moins de 30 minutes. Nous montons jusqu’au sommet dans la brume.

Progression brumeuse

Pendant un bref instant que nous évaluons respectivement à environ 15 secondes (Jérôme) et à au moins 1 minute (Clémentine), le sujet fait débat, nous sommes gratifiés de ce que nous appellerons une vue partiellement dégagée (Jérôme) ou au choix, une belle vue bien dégagée (Clémentine). Bref, nous arrivons au sommet avant 8h et il est parfaitement enveloppé de brume, sur ce point tout le monde s’accorde. 4 220 m, nous voilà sur le toit du Guatemala et même si les éléments conspirent contre nous, nous sommes très heureux d’être arrivés là, nous et nos fidèles ponchos aux couleurs vives! Comme il n’est pas possible de prendre des clichés du paysage, pour la première fois nous n’avons pris que des photos de nous (portfolio Tajumulco). Après une petite heure de pitreries au sommet, force est de constater que la brume est là pour durer. Nous rejoignons nos sacs bouclés que nous avons laissés au camp de base et amorçons la descente. A mi-chemin, la pluie, fidèle compagne, nous retrouve et nous escorte jusqu’à la fin du sentier. Pour rester poli, nous dirons seulement « Pas de chance n’est-ce pas? ».

Vue du volcan Tajumulco depuis Tuycoyg dans les Cuchumatanes

Nous sommes de retour à Chéla en début d’après-midi. L’aubergiste qui nous ouvre doit avoir une impression de déjà-vu. « Oui oui ça s’est bien passé ». « Non, non, nous n’avons pas eu de vue » (Clémentine : « Ah si! »). Ainsi se termine notre épopée volcanique. Un léger goût d’amertume pour les ascensions du Santa Maria et du Tajumulco mais le volcan Fuego nous a tant gâté au début du séjour que nous allons garder un très bon souvenir des volcans guatémaltèques. Aller! Sans rancune!

En chiffres :

  • Volcan Acatenango (3973m): 7h de marche aller-retour. Des dizaines d’éruptions fabuleuses du volcan Fuego. Dénivelé : 3 166 m cumulés.

  • Volcan Santa Maria (3772m): 12h30 de marche aller-retour. 5 orages terrifiants. Denivelé : 3 020 m cumulés.

  • Volcan Tajumulco (4220m): 5h de marche aller-retour. Denivelé : 2 440 m cumulés.

En images :

Atmósfera caribeña

11 mai, de Bogota, nous traçons tout droit vers la côte caraïbe, la zone que nous avons privilégiée en Colombie pour une découverte plus approfondie. Pour y parvenir, nous prenons un bus de jour jusqu’à Medellin (10h30) et enchaînons avec un bus de nuit (8h) pour arriver au petit matin à Turbo d’où nous prenons une barque jusqu’à Capurganá. Et nous voilà sur la côte, tout à l’ouest. Les premières sensations et appréciations du lieu sont vraiment positives. On avait imaginé l’ambiance caribéenne et là elle s’exprime allègrement : les gens, les paysages, le mode de vie à la cool, le climat, tout est là! Bien que nous ayons encore une petite vingtaine de jours devant nous pour profiter pleinement de cette région, nous sentons que nous avons déjà atteint un objectif non négligeable : nous touchons à présent au nord de l’Amérique du Sud, étant partis de son extrémité sud il y a plus de 6 mois. A Capurganá, nous passons 2 nuits dans une auberge bohème bien sympathique et découvrons les environs en prenant bien soin de se mettre au rythme local. Tranquilo!

Vente de poisson frais sur le port de Turbo

Ayant appris qu’il y a des Tortues Luth qui pondent en ce moment sur des plages du secteur, nous en parlons à la maîtresse des lieux, Victoria. Elle a quitté la France il y a 7 ans pour faire sa vie ici et est pleine de bons plans. Nous pensions longer la côte vers le Sud, vers le village d’Acandi, mais elle nous conseille un village indigène, situé côté panaméen : Armila. Adjugé, une incursion au Panama nous apparaît comme un excellent extra dans l’aventure, puisque nous n’avions pas prévu de pousser jusque-là. Dès l’après-midi nous passons donc à la migration, ouverte seulement de 15h à 16h, puisqu’en journée, l’électricité n’est présente au village qu’à partir de 14h, qu’il faut bien une petite heure de retard avant d’ouvrir et qu’à 16h, c’est l’heure normale de fermeture pour l’administration. Nous faisons tamponner nos passeports en prévision de notre sortie très temporaire du pays. Et à notre l’auberge, nous faisons l’une de ces rencontres improbables et bien sympathiques : François et Clément, les Vagabonds de l’Energie 2. Ils connaissent bien nos amis Robin et Chloé. Robin était lui-même parti à l’époque avec un de ses amis à travers pas mal de pays d’Europe et d’Asie à la recherche d’initiatives innovantes en matière d’énergie : les Vagabonds de l’Energie 1. Intéressés par le fil conducteur du projet, François et Clément ont rencontré les premiers vagabonds et ont pris la relève. Et nous les croisons là, dans un coin un peu paumé, en bordure de la jungle colombienne.

Le lendemain, nous cherchons une ‘lancha’ (une barque) pour rejoindre la frontière panaméenne, puis le village d’Armila. Le trajet se fait en deux temps : une première barque colombienne, suivie des formalités administratives à la frontière, puis une seconde barque, panaméenne cette fois-ci. Le tout représente 45 minutes de barque, mais il nous faudra bien 4h en tout et pour tout pour y arriver. Lors de ces trajets en barque, nous longeons la jungle colombienne et panaméenne. Comme on aime bien imaginer qu’il s’y passe tout un tas de choses pas nettes, on se demande où se trouvent les FARC et narcotrafiquants : combien de campements subsistent dans cette épaisse toison verdoyante ? Sont-ils fixes ou se déplacent-ils régulièrement pour rester discrets ? Est-ce qu’un survol de la zone permettrait d’en dénicher quelques uns ou bien la jungle garde leurs secrets, enfouis au creux des lianes les plus tortueuses ?

Trève d’imagination, arrivés sur place, nous suivons les autres passagers de la barque, des locaux. Nous rejoignons ainsi la maison de Nacho qui loue des petites cabanes et propose aussi les repas. Et oui, ici il n’y a pas vraiment de possibilités d’acheter quoi que ce soit, tout se passe directement chez les habitants, les Kunas. Nacho est né ici et il fait le lien entre les visiteurs qui osent s’attarder ici et les locaux. Il sera aussi notre guide pour aller voir les tortues ce soir, de nuit.

Village d’Armila

Nous arrivons juste après la Fête de la Tortue, qui a duré 3 jours. Le village est encore une fois très différent de ce que nous avons vu jusqu’à maintenant. Les maisons et leur agencement prennent des airs de village africain. Les femmes Kunas ont vraiment la classe et décorent leurs poignets et chevilles de mille perles colorées. On se sent bien et complètement dépaysés. Tout semble aller à l’essentiel : la petite communauté vit de l’agriculture et de la pêche. Un bel exemple d’autonomie et d’auto-suffisance. Nous nous sentons sur une île, la mer des caraïbes d’un côté et une forêt impénétrable de l’autre. Tout se fait par bateau, il n’y a pas de routes ici. Il règne ici une joie et une douceur de vivre, soigneusement entretenue par tous ces enfants qui jouent, nagent et courent dans tous les sens, semblables à de multiples Kirikou!

Au rythme des Caraïbes

Le premier soir, nous menons une première expédition à la découverte des Tortues Luth. La période de ponte s’étend en gros de février à juillet avec un pic au mois de mai. On tombe pile-poil! Nacho nous accompagne pour cette première session nocturne. Il est environ 20h et nous embarquons à 3 sur sa mini barque pour traverser le Rio qui nous sépare de la plage. Quelques chauves-souris profitent de nos lampes frontales pour capturer les quelques insectes qui flottent dans le faisceau lumineux, à la surface de l’eau. Sacrée ambiance! De l’autre côté du Rio, nous marchons sur la plage, à travers les déchets venus s’échouer ici, à la recherche d’une tortue. Les nombreux crabes, pris de panique, traversent dans tous les sens juste devant nous. De temps en temps, l’un d’entre eux passe par dessus nos pieds pour rejoindre la mer au plus vite! Ça ajoute encore un peu de piment à cette aventure! Très rapidement, nous tombons nez à nez avec une Tortue Luth… Elle est gigantesque! Près de 500 kg et pas loin d’1m50 de long. Elle est en train de creuser un trou pour y pondre. Quelle chance, le timing est parfait! Nous passons nos frontales en lumière rouge pour ne pas trop gêner la belle et nous prenons le temps d’observer ses gestes minutieux. Elle creuse avec habilité à l’aide de ses deux nageoires arrière. Le trou est profond quand on imagine que les petites tortues vont devoir grimper à la surface… Mais c’est qu’il faut de la place pour y loger les 60 à 90 œufs qui vont incuber pendant 2 mois. Wahou, nous sommes tout simplement captivés par la scène qui se déroule sous nos yeux. Nacho vient là presque tous les soirs. Épuisé par les 3 jours de festival, il s’endort sur la plage mais nous laisse profiter du spectacle jusqu’à la fin. Une fois les œufs bien disposés, le reptile entame un processus fascinant pour recouvrir le tout et tasser l’ensemble avec application. On dirait même qu’elle aplanie tout le périmètre pour brouiller les pistes. Il est 23h. Il est alors temps pour elle et pour nous de se remettre en chemin, elle vers la mer, nous vers notre barque!

Hasta luegoooooo

Bluffés par la Tortue Luth de la veille, nous décidons d’y retourner aux aurores, le lendemain matin. A 4h, nous sommes sur la barque de Nacho pour traverser le Rio. Cette fois-ci, nous faisons l’expédition seuls. Il nous a montré le chemin, maintenant, à nous de jouer, à nous les 5 km de plage! Nous marchons un peu plus longtemps que la veille ; les crabes sont toujours aussi nombreux et imprévisibles dans leur fuite. Au bout de 30 minutes, nous croisons une tortue en train de tasser minutieusement le sable. Nous la regardons finaliser le tout avant de porter sa lourde carapace vers la mer. Nous revenons tranquillement sur nos pas. Le soleil se lève petit à petit et avec la lumière du jour nous apercevons plein de traces caractéristiques sur le sable : des petites tortues qui ont couru vers la mer il y a quelques heures seulement. Nous remontons à tout hasard certaines traces jusqu’au nid et là surprise : il reste quelques petites tortues qui luttent encore pour sortir. Probablement les dernières à cet endroit, elles n’ont pas l’air bien vaillantes mais sont tout de même épatantes! On pourrait rester là des heures mais c’est qu’il est déjà 7h et Nacho nous attend pour aller cueillir des bananes et des ‘platanos’ (bananes plantain).

Nous rentrons au village en accélérant le pas et les coups de rame. Un bon petit-déjeuner englouti et nous remontons illico sur la barque, avec Nacho cette fois-ci, pour remonter le Rio. C’est qu’il y a du courant tout de même pour rejoindre la parcelle aux bananes. On n’avance pas bien vite sur la fin et il fait chaud… autant se mettre à l’eau! La baignade rafraîchissante nous permet de venir à bout de cette remontée de rivière que nous terminons d’ailleurs à pieds, les embûches devenant trop nombreuses. Nous faisons le plein de bananes, chargeons la barque et nous laissons dériver au fil de l’eau jusqu’au village.

Récolte de bananes

L’après-midi se prête parfaitement à une alternance de baignades et de siestes en hamac pour récupérer de la courte nuit. Le soir, on remet ça : session Tortues Luth en solitaires. Ce soir là, nous avons encore droit à de la nouveauté : en suivant des traces de petites tortues, on tombe sur une troupe d’une vingtaine de petite tortues qui s’agitent et s’activent pour rejoindre l’eau au plus vite! Un peu plus loin, on croise aussi deux adultes qui tassent le sol et aplanissent la zone autour d’elles. L’une d’entre elles se donne beaucoup de mal mais elle est vraiment très proche du front de mer ce qui compromet les chances de succès. Sur le retour, nous croisons les petites tortues retardataires et sur les conseils de Nacho, nous donnons un petit coup de main aux dernières, qui tentent désespérément de sortir du nid, épuisées. Nous aussi on commence à être épuisés d’ailleurs… nous filons dormir pour profiter d’une dernière session matinale à 4h du matin, soit dans quelques heures à peine. Et cette fois-ci, nous marchons 45 minutes avant d’en croiser une mais comme elle joue les prolongations, nous avons la chance de pouvoir la photographier à la lumière naturelle du petit matin pendant un long moment. Pfiouuuu, 4 sessions d’observation et à chaque fois de belles surprises. Nous sommes ravis et prêts à retourner à Capurganá. Nous serions bien restés plus longtemps, mais on risquerait de se perdre ici un peu trop longtemps! Nous prenons tout de même le temps de photographier encore un peu les lieux, la rainette des toilettes et les magnifiques ‘molas’ tissés par les femmes Kunas.

Les ‘molas’

De retour côté colombien, nous passons au poste frontière dans l’après-midi à l’heure habituelle, vers 15h pour obtenir notre tampon d’entrée. Mais pas de chance, l’électricité se fait attendre cet après-midi… « No hay energia » nous dit-on. D’accord mais nous partons demain tout de même! On nous dit de revenir plus tard, dès qu’il y a de l’électricité. Dans l’après-midi, Clémentine faiblit… elle a du attraper un truc… fatigue extrême, frissons alors qu’il fait 30°C… ce n’est pas très bon signe. Jérôme retente le poste de migration vers 18h… c’est fermé, bien entendu! Le vigile indique de revenir demain à 7h30, avant le départ de notre bateau à 8h. Oui c’est que c’est un peu compliqué, on ne parle à Monsieur Migration que par l’intermédiaire du vigile. Entre temps, Clémentine est vraiment amorphe avec des douleurs musculaires en prime. Jérôme a finalement exactement la même chose durant la nuit et grelotte avec 6h de décalage. Le lendemain matin, c’est donc peu frais que nous retentons notre chance au poste de migration. Verdict : « No hay electricidad en la mañana! », nous dit le nouveau vigile du jour. Ben oui, on s’en doutait, il n’y en a jamais le matin… Nous insistons pour voir Monsieur Migration, qui habite juste au dessus. Après une bonne dizaine de minutes, il pointe le bout de son nez au balcon pour nous dire qu’il fallait revenir hier soir, même tard. Nous tentons d’expliquer qu’on est revenu et que le vigile nous a dit de revenir ce matin mais il n’y a rien à faire, il a déjà disparu. Nous sommes bon pour annuler notre bateau et passer une journée de plus ici. Heureusement, Monsieur Capitaine des bateaux est d’accord pour remplacer notre billet pour faire le trajet le lendemain. C’est donc dépités et malades que nous rejoignons notre auberge bohème. Et là, une bonne âme nous explique que ce n’est vraiment pas normal et qu’une autre solution consiste à proposer de payer un peu d’essence pour que Monsieur Migration daigne allumer son groupe électrogène. C’est quand même un service publique et ils se doivent de trouver une solution, en tout cas en théorie. A priori il y a un autres bateau à 10h pour rejoindre une autre ville de la côté, d’où partent aussi des bus pour Cartagena. Ça nous laisse une heure pour retenter notre chance. Nous retournons donc tous les deux voir le vigile qui fait mine de nous ignorer. Nous insistons en expliquant que nous devons vraiment partir aujourd’hui et demandons s’il est possible d’allumer exceptionnellement le groupe électrogène. Il nous répond qu’il n’y en a pas! En tentant de garder notre calme, nous proposons de payer un peu d’essence si le problème est le combustible… Il envoie un message à Monsieur Migration par téléphone. Une dizaine de minutes plus tard, Monsieur Migration se pointe sur son balcon pour nous lancer un « OK ». A nouveau une dizaine de minutes plus tard, il descend vers son bureau et allume le groupe électrogène (à part ça, il n’y a pas de groupe électrogène!). Le vigile vient alors à nouveau vers nous, sans rien dire, il attend. Nous demandons donc combien ça coûte. Sans réponse de sa part, nous proposons l’équivalent de 2 €. Il semble perplexe et fait mine de réfléchir pour finalement nous exploser de rire au nez! Sans nous agacer, même si à l’intérieur ça commence à bouillonner, nous lui demandons donc son prix. Il nous en demande 10 fois plus! Il n’a pas froid aux yeux, pour 2 minutes d’utilisation de son ordinateur, il ose nous demander 20 €. Nous avons envie de lui rire au nez en retour mais nous nous gardons bien de le faire pour espérer partir aujourd’hui et indiquons gentiment que c’est un peu exagéré et que nous ne payerons pas plus de 4 € pour ce service. Tu parles d’un service d’ailleurs! Dans ce cas, il nous dit d’aller chercher nous-même 8 litres d’essence. Nous traînons donc nos corps fatigués et endoloris vers la petite station de Monsieur Essence qui n’a pas de bidons mais quelques bouteilles en plastique vides. Très bien, ça fera l’affaire. Pour 4 €, nous obtenons un peu plus de 3 litres. Nous décrétons qu’ils n’auront pas une goûte de plus et revenons déterminés, avec bien moins que la quantité demandée. Petit moment de suspense et de concertation entre les deux filous… ça passe! Le vigile prend les bouteilles et nos 2 passeports et s’éclipse dans le bureau de Monsieur Migration. Nous n’aurons même pas l’honneur de rentrer dans le bureau. Nos deux passeports reviennent tamponnés quelques minutes plus tard. Ouf, quelle histoire! Il nous reste tout juste le temps de se faire rembourser par Monsieur Capitaine des bateaux et prendre nos billets avec l’autre compagnie qui part à 10h. A part ça, il n’y a pas de corruption en Colombie!

Le « muelle » de Capurganá

2h de bateau et 8h de bus plus tard, nous arrivons à Cartagena, dans un piteux état. Serait-ce un vilain moustique qui aurait eu raison de nous ? Ce sont 4 jours de repos forcés qui nous attendent dans la belle ville coloniale colorée de Carthagène des Indes. Samedi soir, nous sortons enfin le bout de notre nez, pour aller manger une crêpe (et oui il faut bien un élément moteur) et retrouver Brieuc et Diana pour la soirée. Comme pour féliciter notre sortie, nous sommes surpris par un feu d’artifice, qui nous indique le chemin de la vieille ville. En transition entre deux boulots, Diana a une semaine de vacances et ils en profitent pour faire une petite virée sur la côte. Ils nous avaient justement conseillés le secteur de Capurganá, nous leur conseillons Armila. Echange de bons tuyaux. Quand nous lui racontons notre histoire avec Monsieur Migration du poste frontière de Capurganá, elle est furieuse contre le service public colombien! Elle qui est colombienne et avocate, c’est sûr qu’elle n’aurait pas laissé passer ça! Attention, s’ils la croisent dans les mêmes conditions que nous, ils n’auront pas à faire au calme dont nous avons été obligés de faire preuve en tant que touristes! Les voilà prévenus!

Dans les rues de Cartagena

Nous voilà à présent à Santa Marta avec un peu de retard par rapport au programme initial. Rien de surprenant finalement ; nous nous sommes mis au rythme caribéen. A nouveau d’aplomb, nous ressentons le besoin de randonner à nouveau et ça tombe bien puisque nous partons après-demain pour un trek de 4 jours à travers la jungle. Milieu dans lequel nous n’avons pas eu l’occasion d’évoluer pour l’instant, nous n’avons pas hésité longtemps lorsque nous avons appris l’existence de la Ciudad Perdida. Teyuna, comme l’appelle les indigènes de la Sierra Nevada de Santa Marta, est située entre 900 et 1200 m d’altitude ; parfait pour renouer avec les reliefs. Après la culture Kuna du Panama, nous nous retrouvons plongés dans la culture tayrona du nord-est colombien avec une troupe de 5 autres aventuriers australiens, israéliens et allemands. Loin d’être une promenade de santé, le sentier se révèle assez technique et joue aux petites montagnes russes dans une végétation et une chaleur étouffante. Heureusement, les bassines naturelles parsèment le parcours et notre guide connait les bons spots. Lorsque ce n’est pas du haut d’un rocher, c’est à l’aide d’une liane qu’on se jette à l’eau. A l’approche de la fameuse cité, les marches recouvertes de mousse se succèdent pour emmener le marcheur dans son antre. Les tayronas et les incas se seraient-ils concertés et passés le secret qui fait la magie de ces lieux ? La configuration des plateformes, la topographie des lieux et l’agencement des pierres ont des airs de cités incas péruviennes.

Teyuna : la Ciudad Perdida

Le temps de se reposer 2 jours et de profiter de la piscine à notre auberge de Santa Marta et nous approchons déjà du 30 mai. Le calendrier se ressert, alors nous nous autorisons une petite accélération par voie aérienne pour profiter plus longuement de notre prochaine destination ; nous quittons le charme colombien pour nous envoler vers le Guatemala.

En chiffres :

– 1 trek dans la jungle

– 6 090 m de dénivelé cumulé

– 1 dizaine de sauts de tarzan

En images :

Colombia nous voilà!

3 mai, nous sommes de retour sur la partie équatorienne du continent, à Quito, le temps d’une soirée. Après une bonne nuit de sommeil, nous poursuivons notre route vers le Nord sans tarder : destination Colombia! Nous arrivons à la frontière après un premier trajet de 5h, puis nous passons les 2 postes frontières en partageant un taxi avec un couple de voyageurs anglo-danois. Le temps de dîner ensemble et de retracer nos itinéraires respectifs et il est temps pour chacun de reprendre sa route à bord d’un bus de nuit ; eux vers Cali et nous vers San Agustin. Nous y parvenons le lendemain en fin de matinée et rejoignons directement la Casa de François pour y poser notre tente. Ça faisait un petit moment qu’on n’avait pas campé dites donc! Le lieu est un véritable petit coin de paradis, parsemé de hamacs, de bonnes idées en matière de concepts écologiques et doté d’une petite restauration qui tombe à pic : salades arrosées de sauce au miel, crêpes au chocolat ou au beurre, sucre et citron… On se sent bien, ça commence bien! L’après-midi, nous partons à la recherche du marché pour y faire le plein de fruits et légumes. C’est tellement bon marché, on va se régaler! Nous y dénichons d’ailleurs le meilleur ananas que nous ayons mangé à ce jour.

Pleins de vitamines, nous entrons dans le vif du sujet dès le lendemain en découvrant les statues précolombiennes du Parque Arqueologico de San Agustin. On en sait finalement assez peu sur le pourquoi du comment de cette population vieille de 2000 ans et de leurs sites funéraires : que signifiaient ces statues aux visages tantôt humains, tantôt bestiaux, pour la communauté qui les a sculptées ? Quelle est l’histoire de ce peuple disparu ? Beaucoup de mystères subsistent, ce qui n’est pas sans nous rappeler les Moais de l’Île de Pâques. C’est sans doute en laissant libre court à son imagination qu’on apprécie le mieux ces sites chargés d’histoires mystérieuses. Nous élaborons donc quelques théories imaginaires : les bêtes plus ou mois féroces représentées au dessus des visages humains ne seraient autre que leur propre démon voire leur futur incarnation. Parfois, les statues représentent directement le démon et le personnage initial est dans ses mains, paraissant minuscule, menacé et visiblement apeuré. Sans doute l’imagination de ces êtres était tellement débordante que leurs démons ont pris le dessus. Ils ne sont plus seulement représentés au dessus de leur tête mais les ont carrément supplantés, mangés…

Les rares statues colorées de San Agustin

Le soir, nous avons été invités à assister à un combat de coqs par Silvio et Anibal. Ce dernier nous avait conduit jusqu’à San Agustin le premier jour, depuis l’arrêt de bus. Quant à son frère, il a plein de coqs et quelques chevaux avec lesquels nous ferons une balade vers d’autres sites à statues le lendemain. En attendant, c’est à à la fois sceptiques et intrigués que nous acceptons l’invitation. Après tout, ce n’est pas tous les jours que nous avons l’occasion d’assister à ça et autant savoir ce qu’il en est vraiment avant de conforter son opinion.

L’agitation et l’excitation sont à leur comble sous le pré-haut du bar. De petits groupes s’organisent : ici, on s’occupe de la pesée des coqs, là on les prépare pour le combat. Les combats se font tout de même à la loyale, entre coqs de même catégorie. Ensuite d’autres petits groupes s’affairent pour coller la griffe métallique fatale à chacune des pattes du coq. La cire des bougies chauffe à chaque table pour servir de colle. Les gestes sont précis. Chaque détenteur de coq se transforme en véritable coach pour boxeur. L’ambiance peut paraître malsaine : équiper son coq d’une griffe métallique à la X-Men pour aller combattre ses congénères sous les regards fous des hommes. Paradoxalement, bien que baignés dans la violence, les coqs sont bichonnés et caressés par leur maître tout au long de la soirée, comme un bien précieux qui peut leur rapporter gros. La séance de préparation étant terminée, les combats démarrent. Ce sont des combats de 10 minutes au cours desquelles les coqs se jaugent, se toisent, se donnent des coups de becs, font des bons vers leur adversaire et de temps en temps parviennent à l’immobiliser quelques secondes avec la fameuse griffe. Dès que cela se produit, les coachs séparent les 2 individus pour ne pas faire davantage de dégâts et le combat reprend entre les 2 individus. Celui qui compte le plus grand nombre d’immobilisations est déclaré vainqueur. Si un coq est à terre plus d’une minute et ne se relève pas, le combat s’arrête. Si les dés sont jetés et qu’un coq est vraiment mal en point, le coach peut décider d’arrêter le combat et déclarer forfait. Ce ne sont donc pas des combats à mort. Une fois le top départ donné, le public, majoritairement masculin il faut le dire, entre en transe : les paries sont lancés, les voix s’emportent et les coachs présentent leur coq. Un bon concentré de vices se révèle à ce moment-là : argent, alcool et violence. Une drôle de découverte, captivante dans sa préparation et effrayante dans son déroulement ; le genre d’expérience unique que nous ne renouvellerons pas.

Agitation et concentration autour du combat de coq

Ce matin, nous attendons notre guide Silvio durant une petite heure avant de partir à cheval à la recherche de nouvelles statues. Il s’est couché à 5h du matin et a certainement la gueule de bois mais il a le sourire. Trois de ses cinq coqs ont gagné cette nuit. Nous rejoignons les premiers sites, El Purutal et La Pelota, sur nos fidèles destriers, Carmela pour Jérôme et Emilio pour Clémentine. Ici, les statues sont colorées de rouge, jaune, noir et blanc. La résultat est beau et donnerait presque un côté animé à ces blocs de pierre pétrifiés. A Chaquira, le cadre est tout autre : nous surplombons le Rio Magdalena et les personnages sont dessinés sur des blocs de roche volcaniques, dans des positions invitant à la méditation. Nous, ça nous donne envie de faire une petite sieste au soleil.

Statue en méditation

Pour notre dernier jour à San Agustin, nous profitons de l’effervescence du marché puisque nous sommes lundi, jour où le marché bat son plein. Ça grouille, ça mange et ça crie pour attirer le passant! Un de ces lieux qui se prête à l’observation et à la photographie avec de l’animation dans tous les recoins. Avec le plein de provisions, il est temps de se poser un peu à l’auberge avant notre bus du nuit pour Bogotá.

Au marché

Dans la capitale, nous retrouvons Brieuc, dont nous avions fait la connaissance à Punta Arenas au sud du Chili et que nous avions recroisé à Puerto Williams, sur l’Isla Navarino. Bogotá est une ville polluée et intriguante même si elle ne paraît pas forcément accueillante au premier abord. La découvrir à travers le regard de Brieuc permet l’immersion parfaite. Les graffitis du quartier de la Candelaria font échos à certaines rues et venelles de Valparaiso. De retour à l’appartement, nous faisons la connaissance de sa copine colombienne Diana. Les discussions en espagnol fusent durant ces 2 jours. Nous tentons de refaire le monde et les sujets politiques ne manquent pas : les élections dans nos différents pays, les FARC, l’accord de paix théorique avec eux qui fait grandement débat. Silvio nous en avait également beaucoup parlé ; ils sont de ceux qui sont plutôt sceptiques quant à ses réelles répercutions et les véritables enjeux qui se cachent derrière cet accord. Pas simple du tout et nous nous rendons vraiment compte que depuis chez nous, nous n’avons qu’une information partielle sur le sujet.

En pleine discussion dans les rues de Bogotá

La journée suivante est culturelle avec la visite du Museo del Oro au programme et quelques découvertes culinaires comme les ‘tamales’ (poulet, purée de farine de maïs et légumes servis en papillote dans une feuille de maïs) et le ‘chocolate completo’ (chocolat chaud accompagné de fromage à faire fondre dedans et de pain). Au musée, nous découvrons tout un tas d’objets en or qui ont pour certains plus de 8000 ans. Les méthodes de création des orfèvres précolombiens y sont bien détaillées et nous nous laissons captiver. On aurait bien embarqué quelques objets mais tout était bien protégé sous vitrine… Et on a même droit à une mise en scène du mythe de l’Eldorado, né en Colombie et ayant motivé la colonisation de l’Amérique latine. Les conquistadors n’ont pas pu résister à ce mirage d’une contrée fabuleuse riche en or. Quant à nous, nous sortons de là avec les yeux brillants de tout l’or que nous avons vu et nous profitons de notre dernière soirée dans la capitale avec Diana et Brieuc autour de quelques bières artisanales et d’une pizza (merci encore pour l’accueil!). Prochaine étape : la côte caraïbe!

Piercing en or

En images :

Los Galápagos… de lave et d’écailles, de poils et de plumes

22 avril, après une semaine à Quito, le jour du grand départ est enfin arrivé. Nous décollons pour les îles Galápagos. L’excitation est à sa comble! Nous sommes d’autant plus impatients que nous piétinons depuis une semaine à Quito. Nous avions initialement prévu de faire l’ascension du volcan Cotopaxi, mais ce dernier montre des signes convaincants d’activité et son accès est fermé aux visiteurs… Après les incendies au Chili, les inondations au Pérou, le tour des volcans équatoriens est venu. Nous attendons une nuée de criquets ravageurs en Colombie pour compléter le tableau!

Un peu moins de 3h de vol et nous atterrissons au nord de l’île de Santa Cruz, l’une des 4 îles habitées de l’archipel. A la sortie de l’avion, nous sommes littéralement terrassés par la chaleur. Il est 12h30, le mercure affiche plus de 35°C et nos amis les nuages ont déserté les lieux. Du changement pour nous, après l’acclimatation à l’altitude, il va falloir travailler notre acclimatation à la chaleur, au soleil et aux plages… on vous laisse juger du programme. Notre séjour prolongé à Quito nous a laissé le temps de faire du repérage et d’affiner notre stratégie pour découvrir l’archipel. Après avoir hésité avec une petite croisière, nous avons finalement opté pour une découverte approfondie d’un secteur par nos propres moyens. Nous garderons ainsi plus de liberté et devrions limiter les coûts. Notre choix s’est porté sur l’île de San Cristobal, à l’Est de l’archipel. Les sites d’intérêt y sont facilement accessibles et c’est la meilleure option pour accéder à l’île d’Espanola, seule île de l’archipel (et du monde) à accueillir l’Albatros des Galápagos, qui nidifie de mai à décembre.

Notre séjour sur Santa Cruz ressemble donc davantage à un transit puisque nous prenons un bateau dès le lendemain matin pour rejoindre notre destination : Puerto Baquerizo Moreno sur San Cristobal. En attendant, nous avons un après-midi à remplir et comme nous sommes motivés, nous le dédions courageusement à notre acclimatation! Direction la plage de Tortuga Bay située à environ 2km de Puerto Ayora, principale ville de l’île. Le trajet est pénible, la marche technique et nous suons à grosse goutte. Avec ça, nos sacs sont très lourds comme d’habitude, etc. Mouhaha! Non, ce n’est pas vrai! C’est avec une serviette à l’épaule, un doux chant aux lèvres et un grand courage à l’âme que nous progressons, légers comme des fleurs, au milieu d’une véritable forêt de cactus géants. Après 30 petites minutes nous atteignons la fameuse plage. Elle tient ses promesses. Le sable est blanc et fin, chaud mais pas brûlant, l’eau est turquoise, rafraîchissante sans être froide, et les vagues forment des rouleaux d’une perfection douteuse. Hum… quelque chose cloche non? C’est un peu trop parfait, nous ne sommes pas habitués. Nous nous engageons, un peu méfiants il faut le dire.

Tortuga Bay

Encore quelques minutes de marche et nous rencontrons les premiers Iguanes marins. Allongés de tout leur long et de toutes leurs écailles, ils sont là au milieu du chemin, masses noires gisantes et inertes. Les uns, soucieux de parfaire leur noirceur, se font griller au soleil, pendant que les autres, déjà bien calcinés refroidissent doucement à l’ombre de la mangrove. Le spectacle est saisissant, les plus gros individus mesurent environ un mètre et se laissent approcher sans même daigner ouvrir l’œil. En arrière plan, les pélicans, assoiffés et affamés, se jettent violemment à l’eau pour avaler goulûment de grandes tasses d’océan. Plus discrets mais aussi beaucoup plus nombreux, une armée de crabes rouges fourmillent dans les roches volcaniques entre la mangrove et la plage. Ça ne fait que 3 espèces endémiques sur les 3 espèces observées dans l’après-midi. Avec toute cette agitation dans les environs nous avons à peine eu le temps de nous baigner… que c’est dur, vraiment. Enchantés de cette mise en bouche, nous rentrons vers Puerto Ayora au couchant.

Le lendemain matin, la traversée en bateau est un peu douloureuse. Nous sommes serrés comme des sardines (des Galápagos) dans un petit bateau chahutés par les flots. Nous arrivons finalement entiers à Puerto Baquerizo Moreno qui sera notre port d’attache pour les jours à venir. Nous avons tenu 2h mais il ne fallait pas que ça dure plus longtemps. Sur les pontons, nous sommes accueillis chaleureusement par les pélicans et les otaries, très nombreuses ici.

Monsieur Pélican

Puerto Baquerizo est la capitale administrative de l’archipel, un peu moins touristique que Santa Cruz a priori. Sans perdre de temps nous commençons à concocter notre programme en faisant le tour des différents prestataires. Une conclusion s’impose rapidement. Même sans croisière, il faudra allonger les billets verts pour voir ce qui nous intéresse. C’est le jeu, nous le savions. Une fois notre programme établi dans les grandes lignes, il nous reste un peu de temps pour poursuivre notre acclimatation, direction la Loberia, petite plage proche du centre qui héberge une colonie d’otaries. Outre une baignade bien méritée, nous avons pu tester la petite caméra étanche achetée à Quito. Dans 30 cm d’eau, elle fonctionne très bien. On verra si elle relève le défi de la plongée du lendemain. En revanche, pour ce qui est des otaries, elles boudent dorénavant ce petit coin de paradis et semblent vraiment préférer les abords du port.

Les otaries du port

Pour bien débuter notre exploration de l’île, nous commençons par l’océan avec deux plongées de découverte au programme de la journée. Après l’Île de Pâques, c’est la deuxième immersion pour Clémentine et une petite préparation pour nous deux puisque nous passerons notre premier niveau au Mexique dans un peu plus de 2 mois maintenant. Sur le premier site, une petite baie abritée, la visibilité est excellente et la faune marine est au rendez-vous : otaries, Tortues marines et un requin en bonus à 5 minutes de la fin. La seconde immersion est déjà un peu plus technique. Nous déambulons autour d’une épave d’environ 50 m, le Karawa, dans un courant assez fort avec une visibilité moins favorable. La promenade est tout de même impressionnante mais dans ces conditions nous remontons au bout de 35 minutes environ. Il faut dire que Jérôme a fait cette seconde plongée avec une fuite d’air au niveau de sa bouteille… Forcément on consomme plus d’oxygène! Et personne ne dit rien?! Tout s’est très bien passé et on commence vraiment à y prendre goût. On se dit qu’on essaierait bien de plonger ailleurs sur l’île, à méditer. La seule mauvaise nouvelle c’est que notre camera étanche n’était pas étanche. Vendue pour des immersions jusqu’à 30 m, elle nous a lâchement abandonnés avant d’être descendue sous les 10 m. Jamais 2 sans 3 dit-on. Maintenant ça fait 3, la série s’arrête ici!

Coucou c’est nous!

A peine remis de nos émotions sous-marines, nous nous mettons en route vers le centre de l’île en quête des Tortues géantes. Endémiques de l’archipel des Galápagos, les Tortues géantes sont encore présentes à l’état sauvage sur plusieurs îles, dont San Cristobal, qui héberge par ailleurs une espèce spécifique. C’est l’une des signatures des Galápagos: l’endémisme. Les espèces sont endémiques de l’archipel mais l’endémisme est souvent poussé jusqu’aux îles elles-mêmes. La traversée de l’île nous permet de découvrir un peu l’intérieur des terres. Le contraste est frappant et en quelques minutes seulement nous changeons complètement de climat. Nous quittons la fournaise et l’aridité de la côte pour pénétrer dans le centre de l’île, caractérisé par un climat frais et humide. Nous quittons le vent sec, le tranchant des blocs de basalte brûlants et le piquant des cactus pour une végétation luxuriante, où prospèrent les bananiers et les plantations de café. A cette saison, le centre de l’île est baigné dans la brume et il pleut par intermittence. Incroyable, tout cela en moins de 20 km de distance.

Quelques minutes après notre arrivée à la Gualapaguera, nous apercevons nos premiers dinosaures. Les tortues sont bien présentes mais difficiles à repérer dans la végétation. A la fin de notre promenade, nous avons droit à un tête-à-tête très impressionnant avec l’un des ancêtres. Tous ses gestes sont d’une extrême lenteur. Lorsqu’elle tend son cou pour manger, son souffle rauque résonne à l’intérieur du grand tube ridé. Il ne se passe rien, le temps est suspendu. Cette carapace a l’air de peser une tonne. Une patte bouge. Une autre. La masse immense se met en mouvement, lentement, avec précision. Tout dans cette créature appelle à l’apaisement. Il faut ralentir. Cette lenteur, cette peau ridée, cette vieillesse en somme, c’est la sagesse incarnée. Il est difficile d’imaginer que ces créatures ont été massacrées par milliers pendant presque 4 siècles pour leur viande d’abord, pour fabriquer de l’huile ensuite. Sur certaines îles, elles ont disparu.

Franklin est de sortie

Après les tortues, nous avons rendez-vous le lendemain avec un lion. Oui, l’une des attractions phares de l’île de San Cristobal, c’est son Lion endormi, Leon Dormido, un bloc rocheux isolé au large qui détache sa féline silhouette sur un bleu infini. La visite commence par un arrêt sur la plage du Cerro Brujo, belle étendue de sable blanc, où les otaries curieuses et joueuses s’approchent des visiteurs et prennent la pose sans se faire prier. Nous poursuivons notre chemin vers le Lion, pour découvrir les flancs submergés de la bête, équipés de masques et tubas, lors d’une session de snorkeling. Nous restons à la surface mais la promenade aquatique est très riche. Les otaries, toujours aussi joueuses, nous suivent un long moment puis nous confient aux bons soins des Tortues marines qui évoluent quelques mètres en dessous de nous. Dans la faille, nous découvrons tout au fond la silhouette des requins. Le site est connu et fréquenté par les plongeurs pour l’observation des Requins marteaux. Ce ne sera pas pour nous cette fois-ci. Compte-tenu des forts courants et de la profondeur élevée, la plongée est réservée aux heureux détenteurs du niveau 3. A la fin de la session, notre groupe est pris d’une crise d’euphorie. C’est en remontant à bord du bateau qu’on nous explique le pourquoi du comment. Pendant que nous nous amusions avec les otaries à l’écart du groupe, un Requin baleine a fait son apparition pendant quelques minutes. Jérôme a seulement vu quelque chose de très très gros avec des points blancs. Ce n »est que plus tard que nous faisons le lien entre la taille, les points blancs et le Requin baleine…

Leon Dormido depuis la plage du Cerro Brujo

Comme les journées sont chargées, nous ne faisons pas de vieux os le soir. Nous avons commencé à établir une routine qui nous convient bien. Après le repas, nous descendons nous promener dans le port en mangeant une glace. Il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour observer la faune. Les eaux du port sont fréquentées par des bancs de Raies dorées, des otaries et parfois des petits requins. Les pélicans ne sont pas loin et les hérons rodent. Et puis les otaries animent les lieux toute la journée et toute la nuit. La colonie de la Loberia a déménagé il y a quelques années pour s’établir dans le port et il n’y a pas de doute aujourd’hui sur le fait que ce territoire est à elles. Il n’est pas rare d’apercevoir une otarie fraîchement revenue de sa baignade venir déloger des touristes imprudents qui s’étaient installés sur un banc en pensant être tranquilles (ça nous est arrivé). Elles se sont installées partout, sur les bancs, les pontons, dans les bateaux, partout. Depuis la chambre de l’hôtel où le ventilo tourne à fond, on les entend converser la nuit. Elles braillent et beuglent comme des ivrognes.

En apprentis marins que nous sommes devenus, nous quittons le port de bon matin. Notre destination: l’île d’Espanola. Située à l’extrémité Sud-Est de l’archipel, c’est aussi l’une des plus anciennes îles encore émergées. Son isolement relatif en fait une illustration parfaite de l’endémisme des Galápagos. Outre la Tortue géante (d’Espanola), l’Iguane marin (d’Espanola), le Lézard de lave (d’Espanola) et le Moqueur (d’Espanola), ce petit caillou de roche volcanique est l’unique lieu où nidifie l’Albatros des Galápagos. Cette seule annonce suffisait à nous décider d’inclure l’île au programme. C’est avec émotion que nous avions fait connaissance avec les albatros aux îles Fakland. Sur Espanola, l’ambiance est un peu différente, nous sommes au tout début de la période de reproduction, la colonie n’est pas encore très active. Mais tout de même, observer ces grands volatiles au bec effilé dans ce type de décor! Nous sommes bluffés. Le guide naturaliste qui nous accompagne est intéressant et assez discret, nous avons le temps de faire des arrêts et d’observer sans trop se presser. Depuis le bord de la falaise où nous sommes installés, nous assistons à une belle scène de chasse d’une Buse des Galápagos. Après avoir tenté de prélever son dû dans le nid des mouettes, elle s’est finalement tournée vers un adulte qui essayait vaillamment de protéger sa progéniture. Nous terminons notre petite exploration de l’île en traversant les colonies de Fous à pattes bleues et de Fous masqués. Au milieu des fous, les iguanes jonchent véritablement le sol. Leur densité dépasse l’entendement. Si un des reptiles ne bougeait pas de temps à autre on croirait être dans un cimetière. Une remise de vieux gréements oubliés sur le bord de l’océan ; leurs lambeaux de peau qui flottent, déchirés, lavés par le vent et le sel, pareils aux mosaïques colorées des coques de bateau peintes et repeintes ; une superposition de vies qui se détachent par morceaux, comme on oublie.

Il est temps de remonter à bord du bateau. Sur la plage, une petite dizaine d’otaries se prélassent dans le sable chaud entourées d’Iguanes marins. Nous quittons le paradis. Dans l’anse, un squale passe sous le zodiac. Au paradis aussi, les requins guettent les petites otaries et les buses surveillent les mouettes.

Albatros des Galápagos

Nous voilà presque à mi-parcours de notre séjour aux Galápagos et nous avons déjà eu un aperçu assez complet du bestiaire formidable des ces îles autrefois appelées « Islas encantadas ». Pour la suite de notre programme nous avions envisagé de changer d’île pour découvrir la petite Floreana. Seulement nous aurions aimé aller voir les Fous à pattes rouges au nord de San Cristobal. Le site est éloigné et les prestataires veulent s’assurer de remplir le bateau avant de partir. Pour le moment, nous n’avons pas trouver de bateau qui nous convienne. Une des options qui s’offrent à nous est de passer directement par un pêcheur qui nous déposerait sur le site où nous pourrions camper. Le même pêcheur nous chercherait le lendemain. Cette perspective est assez attrayante dans la mesure où elle nous garantit une liberté inouïe (pour le contexte des Galápagos). Son prix, en revanche, est nettement moins attrayant : un quart de notre budget pour 2 jours. Après avoir longtemps hésité, nous écartons finalement l’option « sur-mesure ». Nous allons contenir le budget (c’est à la mode) et rester sur San Cristobal. Nous irons voir les Fous en fin de semaine lors d’une excursion. Pour patienter, nous allons profiter des sites gratuits, très sympas par ailleurs. La suite du programme s’annonce donc plus cool : plage, snorkeling, sieste, plage, snorkeling, etc. Et pour finir en beauté, nous avons tout de même réussi à prévoir une nouvelle plongée lors de cette prochaine excursion! Le site nécessiterait une licence de niveau 1 mais le patron nous connaît maintenant et il est d’accord de nous emmener!

Bateau taxi dans le port

En attendant, nous décidons de retourner à la Loberia. Lors de notre première visite, un panneau d’interdiction nous avait stoppé dans notre course pour découvrir un petit sentier au départ de la plage. Nous arrivons très tôt le matin et c’est un tout autre site que nous découvrons. Nous sommes seuls ou presque, la marée est basse et la lumière douce du matin caresse le basalte qui couvre le sentier. Au bout d’une petite marche nous atteignons une belle falaise depuis laquelle nous pouvons admirer à loisir les frégates, fous et mouettes qui peuplent les airs et les rochers. Notre perchoir est aussi idéal pour profiter du spectacle des Tortues marines qui viennent se nourrir près du rivage. Nous passons un moment agréable dans un cadre vierge et puissant. Nous amorçons le chemin du retour juste avant que la chaleur ne s’installe. Sur le chemin escarpé, les iguanes sont très nombreux. Avec leur mimétisme spectaculaire, nous avons manqué à plusieurs reprises de nous retrouver empalés dans les blocs de roches. On a beau les savoir végétariens, difficile de ne pas s’effrayer un peu quand on le découvre au dernier moment à quelques centimètres sous son pied. On s’est quelques fois imaginé tomber dans les blocs de lave coupant, très vite cernés par des dizaines de ces dinosaures en train de saliver à la vue de nos mollets. On se dit que s’ils mangent des algues, ce n’est pas par goût, mais par nécessité! Ils sont taillés pour la lutte et en quelques instants ils seraient sur nous comme des Piranhas. Mais voilà, rien. Les apparences sont trompeuses. Ce sont d’anciens loubards biker reconvertis en Bouddha. Nous redoutons seulement une rechute.

Pourquoi de telles griffes si c’est pour manger des algues?

Nous pensions nous lasser de la plage mais à notre grande surprise, il n’en est rien! A quelques centaines de mètres seulement du centre nous avons établi notre résidence d’après-midi sur une accueillante petite plage : Playa Mann. L’après-midi s’écoule doucement entre les jeux de dés, la lecture et les bains. Il se termine généralement avec une brochette de poulet mariné dégustée en regardant le soleil se coucher derrière les bateaux du port. Nous avons eu l’occasion de retourner à la Tijeretas où nous avions plongé, mais cette fois avec le matériel de snorkeling. Cette baie est vraiment agréable et même sans un équipement complet nous nous faisons vraiment plaisir. L’eau est tranquille, les poissons nombreux, les otaries joueuses et les Tortues marines passent par ici de temps à autre. On ne se lasse pas des tortues.

Puerto Baquerizo Moreno

Le jour de la sortie à Punta Pitt est enfin arrivé. Il faut compter environ 2 heures de bateau pour rejoindre le site au nord de l’île. Aux Galápagos, Punta Pitt est l’unique lieu où il est possible d’observer les 3 espèces de fous : Fou à pattes bleues, Fou masqué et le rare et remarqué Fou à pattes rouges. Nous débarquons en début de matinée et nous atteignons la petite colonie après une courte marche dans des paysages nouveaux. Les Fous à pattes rouges sont bien présents mais en petit nombre. La plus grande colonie de l’archipel est installée sur l’île de Genovesa, exclusivement accessible en bateau de croisière. A Punta Pitt, ils se font voler la vedette par les Fous à pattes bleues qui couvent leurs œufs et élèvent leurs petits tout le long du sentier. Alors que le groupe s’éloigne, désireux de remonter sur le bateau, nous traînons un peu devant les oiseaux et sommes les heureux témoins d’une belle parade, exécutée dans les règles de l’art! Cette fois, il faut y aller. Ce n’est pas le tout mais nous avons deux plongées au programme. L’encadrement est nettement plus sérieux et nous retrouvons avec plaisir cette sensation d’apesanteur marine. Dès l’immersion, une bande de 5 otaries nous entraîne dans leur gymnastique aquatique. Le mâle, qui pèse environ 350 kg, est un peu moins commode. Il a du voir un rivale dans la personne de l’instructeur puisqu’il le harcèle avec insistance. Il paraît que ça peut mordre ces bêtes-là. On ne va pas rester pour vérifier. La plongée est très agréable et nous sommes nettement plus détendus que la dernière fois, ça doit aider. Il y a d’immenses bancs de poissons et nous découvrons près du fond une belle raie, très grande. Elle ondule avec grâce dans le vent de l’océan. En tout et pour tout nous aurons vu 3 espèces de raie différentes dont la fameuse Raie marbrée, tapie à la sortie d’une petite cavité. Cette session plongée est parfaite pour clore notre découverte de San Cristobal. Cette vie sous-marine aussi riche est une belle surprise pour nous. Nous qui nous attendions à une profusion terrestre, nous sommes ravis de découvrir que les fonds marins ne sont pas en reste, bien au contraire. On comprend un peu mieux ce qui se passe ici. La Terre n’est qu’un refuge, toute la vie est tournée vers l’océan et vers la côte. Les iguanes en sont sûrement l’un des meilleurs exemples. Partout ailleurs dans le monde, les iguanes sont exclusivement terrestres. Ici, en bons maîtres nageurs, ils se sont spécialisés en s’alimentant des nombreuses algues à disposition sur les rochers de la côte. Cette grande richesse des eaux côtières des Galápagos résulte d’une combinaison unique de courants marins qui se croisent et s’emmêlent pour former un super cocktail de nutriments.

Fous à pattes bleues en parade

Revenus à Puerto Baquerizo, nous courons chercher nos carnets de plongée pour les faire remplir et tamponner. Cinq plongées déjà depuis le début du voyage! Pour notre dernière soirée à San Cristobal nous ne dérogeons pas à la tradition, une dernière glace dégustée sur le port. Les Raies dorées nous saluent.

La traversée du lendemain matin vers Santa Cruz est beaucoup plus calme qu’à l’aller. Le bateau est plus grand et plus confortable, mais nous préférons mettre ça sur le compte de notre pied devenu « marin ». De retour à Puerto Ayora nous avons prévu de visiter quelques sites facilement accessibles. L’après-midi même, nous nous mettons en route vers Las Grietas, belle fosse de roches volcaniques dans laquelle il est possible de barboter dans une eau limpide. Arrivés sur place on se rend compte que le bon plan a été éventé… Il faut faire des pieds et des mains pour parvenir à se mettre à l’eau! Le lieu reste très agréable surtout qu’il est possible de s’éloigner un peu de la foule en s’enfonçant dans la gorge.

Le dernier jour est arrivé et nous avons gardé le meilleur pour la fin bien sûr. Nous partons tôt le matin pour aller rendre visite aux Tortues géantes de la Réserve naturelle El Chato située dans les hautes terres de l’île. Elles sont nombreuses ici, pas besoin d’explorations approfondies dans la végétation dense. Le site est parsemé de mares dans lesquelles les tortues ont élu domicile. Elles semblent extrêmement concentrées à ne rien faire. Elles donnent franchement l’impression d’attendre que la flaque s’évapore autour d’elles pour se mettre en marche. Le cadre d’observation est plus agréable que sur San Cristobal et nous pouvons librement en observer quelques-unes qui se déplacent, se nourrissent, se baignent bien sûr. Leurs carapaces immenses portent les stigmates d’une vie bien remplie.

Tortue géante de Santa Cruz

Les vacances au paradis touchent à leur fin. Dans l’après-midi, nous nous autorisons une dernière virée à Tortuga Bay. La boucle est bouclée. Nous faisons nos adieux aux Iguanes marins dont le flegme ne nous étonne plus. Et pourtant.

Quelle devait être la surprise des premiers visiteurs lorsqu’ils débarquaient pour la première fois et qu’ils découvraient toutes ces créatures! Ici, il est possible d’avoir une grande proximité avec des animaux peu ordinaires. Pendant que les iguanes dorment, les otaries passent le plus clair de leur temps à jouer ou à dormir. Dans les airs, les gros pélicans que l’on croirait volontiers maladroits, effleurent la surface de l’eau avec puissance et adresse. Les fous, mitraillent la surface de l’eau dans des plongeons magnifiques. Le fabuleux tient certainement dans la rareté c’est sûr mais davantage encore dans l’ambiance qui se dégage de ce tableau.

A Tortuga Bay, la boucle est bouclée

Le lendemain nous retrouvons Quito, sous une pluie triste. Poursuivons, quittons Quito. Colombia, nous voilà!

En chiffres :
– 3 îles découvertes
– 4 nouvelles plongées
– 1 camera insubmersible… submergée

En images :

Autour de la Cordillère Huayhuash

29 mars, après 22h de bus en provenance de Cuzco, nous arrivons enfin à Lima. Date clé pour Jérôme, donc on essaie de dénicher une auberge sympa dans le quartier Miraflores mais c’est un échec : les deux premières auberges affichent complet et la troisième dispose de 2 places mais dans 2 dortoirs différents… il n’y a que ça, allez, on prend quand même. On se rattrape donc le soir pour fêter les 30 ans de Jérôme dans un restaurant amazonien tout simplement oufissime! Farandole d’entrées, ribambelle de plats aux saveurs plus incroyables les unes que les autres et déclinaison de desserts… on est full! Et là, un petit brownie garni d’une bougie arrive en bonus… on est méga full!

Dès le lendemain, nous quittons la capitale pour Huaraz. Les séquelles causées par les récentes inondations sont visibles tout le long du trajet. Quelques ponts ont résisté partiellement mais d’autres ont été entièrement engloutis par la rivière sortie de son lit. La route est fraîchement remaniée à plusieurs endroits.

Nous retrouvons une nouvelle fois Lucille et Guillaume, les infatigables trekkeurs, mais pas par hasard, le rendez-vous était pris. Apéro, pizza maison et discussions à foison sont au programme. Nous passons une journée à préparer notre prochain trek et poursuivons chacun notre route dès le début du mois d’avril : eux vers Lima pour prendre leur avion retour vers la France et nous vers la cordillère Huayhuash. Bon vent les amis et à la revoyure par chez nous!

Premier jour, réveil à 4h pour un départ matinal en bus. Nous comatons durant tout le trajet, changeons de bus à mi-parcours et, apercevons les montagnes du secteur pour la première fois lors du franchissement d’un col à 4700 m. On nous jette du bus au croisement du circuit Huayhuash. Sans se rendre vraiment compte de l’endroit où on nous a posé, on se réveille un peu forcés. Nous arrivons donc à 9h au point de départ du trek, à Quartelhuain. Le bus continue quant à lui jusqu’au village de Matacancha. La route permettant d’accéder à Llamac depuis Chiquian étant coupée par les nombreux ‘Huaicos’ (éboulis) de fin de saison des pluies, c’était l’alternative parfaite : commencer plus au nord. La mise en jambe est rude ; nous sommes fatigués, nous avons froid et les premiers 100 m de dénivelé positif à réaliser à 4100 m d’altitude sont plus qu’éprouvants. Puis nous trouvons notre souffle, avec deux-trois feuilles de coca en bouche, pour franchir le premier col du trek, à 4690 m d’altitude. Une première pluie nous accompagne lors de la descente, nous remettons donc nos ponchos fluos pour la première fois depuis le trek de ‘Los Dientes de Navarino’ en Terre de feu au Chili. Les pantalons de pluie sont également de sortie et seront de rigueur quotidiennement, mais ça nous ne le savons pas encore. Nous rejoignons le premier campement, à Janca, non loin de la Laguna Mitucocha, située au pied des montagnes ; ça faisait finalement assez longtemps que nous n’avions pas eu une vue aussi dégagée sur des monts enneigés et glacés.

Premier campement à Janca

Le soir, nous nous éloignons du campement abrité, le temps de filtrer un peu d’eau pour le lendemain. Nous saluons une cavalière qui passe par là, suivie de ses deux chiens. Mince, l’un d’eux file droit vers notre tente… le haut-vent y est ouvert, abritant notamment un sachet de nourriture contenant nos restes de midi : pain, reblochon, tomate et pêches. Vite, vite vite! Clémentine court vers la tente, mais il est trop tard ; le sachet de victuailles a disparu. Clémentine poursuit sa course en direction de la cavalière, qui poursuit sa route 150 m plus bas. Bizarre, elle est justement descendue de cheval lorsqu’elle est en vue… peut être bien pour ramasser ce que son chien lui a ramené. En entendant les nombreux appels lancés, elle tourne la tête et donne un coup de cravache à sa monture pour filer au loin, le plus vite possible. Pas très sympa les poissons d’avril à la mode péruvienne! Tant pis, ce sera pâtes à la sauce tomate tous comptes faits ce soir.

La nuit a été difficile, probablement du fait de l’altitude et de l’excès de fatigue accumulé la veille du départ. On n’a pas vraiment bien dormi. Mais nous nous mettons tout de même en route à 8h30 pour cette seconde journée avec une tente pliée sèche ce matin puisqu’elle était sous un toit.L’étape du jour se fait sur un beau et large sentier qui traverse les pâtures jusqu’à atteindre le col du jour : 4630 m. Puis nous descendons vers un lac entouré de glaciers et de montagnes grandioses. Sur ce trek, des droits d’accès sont à payer aux communautés locales, à divers endroits. Mais il est difficile de savoir où et combien précisément en avance. Aussi, le premier jour on nous a fait payer un peu trop et avec un faux reçu, datant de 2011… nous n’avons pas fait dans le détail et n’avons pas été assez vigilants mais il n’est pas évident de contre-carrer le cavalier qui se présente à vous, sûr de lui, en vous demandant de payer. Ce n’est qu’au point de paiement suivant, le second jour, qu’on nous explique tout lorsqu’on nous a demandé notre reçu de la précédente étape. On nous explique bien qu’on s’est fait rouler dans la farine mais du coup, en insistant un peu, on ne nous fait pas payer à ce second poste de paiement. « Que malo! » avoue l’habitante du coin qui conserve notre billet foireux (de toute façon, nous n’en avons plus besoin) pour aller dénoncer ce fait à l’Assemblée des Communautés et tenter d’identifier le mafieux. Nous, nous continuons notre chemin jusqu’au bord de la Laguna Carhuacocha, pour y installer le campement du soir. La pluie cesse temporairement en cette fin d’après-midi, le temps pour nous d’installer la tente, de chercher de l’eau pour cuisiner, de filtre de l’eau pour la journée du lendemain, de sortir nos habits, de se changer, d’organiser nos sacs, de les ranger sous nos ponchos à coté de la tente, de rentrer dans la tente et la pluie reprend : quel timing!

Au pieds des glaciers, au bord de la Laguna Carhuacocha

Après une nuit réparatrice dans ce spot splendide, bercés par les craquements du glacier Est du Yerupaja, nous sommes d’attaque pour notre 3ème jour. Nous démarrons vers 8h45 notre étape théorique de 8h, après un réveil et des préparatifs tardifs puisqu’il a plu jusque tard ce matin. Seulement voilà, au bout d’une heure de marche en montée progressive, nous nous retrouvons sur une petite falaise, face à un grand éboulement au milieu duquel coule une rivière. C’est le moment de sortir la carte : mince, le sentier passe vraiment tout en bas, en rive droite d’un lac glaciaire. Nous redescendons tout et longeons le lac en galérant sur un sentier emprunté par les vaches… tiens, il y a un beau sentier tout propre juste en face, en rive gauche… il semblerait que la carte nous ait légèrement induit en erreur. Tant pis, nous finissons sur notre rive! C’est ça aussi le jeu de ne pas prendre de guide! On aime bien ça! Nous attaquons ensuite une véritable ascension à travers les lacs et les moraines, en profitant d’un panorama impressionnant sur les glaciers alentours. Le col du jour est situé à 4830 m d’altitude et nous l’atteignons assez tardivement du fait des détours matinaux. Au sommet, une fine pluie nous rejoint et nous entamons la descente sur un sentier qui ressemble davantage à une tourbière géante qu’à un véritable chemin. Nous sautons de mousse en mousse pour tenter de rester au sec. En fin de journée, la pluie ne faiblit pas à l’approche d’Huayhuash : petit hameau composé en tout et pour tout de deux maisonnettes et d’une famille. A cet instant, quand il faut envisager de poser la tente sous la pluie, on se dit : « Mais pourquoi on fait ça ? » Et bien, vu le programme de la soirée et du lendemain, on sait pourquoi!

Nous nous dirigeons vers les deux maisons au toit de chaume… personne! Mais une dame arrive au loin : c’est Pilar, une femme de 53 ans qui habite ici depuis peu pour donner un coup de main à sa mère de 76 ans qui élève seule une centaine de moutons et autant de vaches. Pilar est institutrice et a pris une année de disponibilité pour aider Zoila qui a des problèmes de genoux depuis peu. Elle nous interpelle de loin : « Mucha lluvia! » Et oui beaucoup de pluie aujourd’hui! Et comme lors de toutes nos rencontres, elle poursuit par un : « De que païs ? » Nous l’attendons à l’entrée de la maison, à l’abri, au niveau d’un petit sas où il semble même il y avoir un lit. Dorment-elles là plutôt qu’à l’intérieur ? Et oui, pour surveiller les moutons! Pilar nous propose de manger avec elles ce soir et de dormir à l’entrée de la maison, dans ce sas abrité mais totalement ouvert sur l’extérieur, en improvisant un lit avec des peaux de mouton et quelques couvertures. Banco, quelle aubaine! Nous acceptons volontiers puisque monter la tente sous la pluie, sur un sol détrempé, ne nous enchante pas ce soir. Nous passons la soirée à discuter de nos modes de vie, de nos métiers, du Pérou, de la Cordillère et de la cuisine. Ici, le combustible parfait pour alimenter les fourneaux c’est la bouse de vache séchée et la paille pour l’allumage. Et oui, on fait avec ce qu’il y a à disposition gratuitement. C’est pour ça que les odeurs qui émanent de la cuisine ont quelque chose de familier avec les villages de montagne d’Inde et du Népal. Jérôme explique alors que dans le Marais Poitevin ça se faisait aussi ; le combustible mêlant dès le départ bouse et paille, pour être séché ensuite. Pilar est captivée par cette anecdote et cette façon de procéder et propose à sa mère d’essayer cette technique dès les prochains mois secs de juin et juillet. C’est une très belle soirée qui s’achève avec la rencontre de ces deux péruviennes au grand cœur qui nous cuisine de la viande de vache mijotée avec des tomates, des oignons et du riz… un régale à 4300 m d’altitude, avant de rejoindre nos peaux de moutons pour la nuit.

Pilar à Huayhuash

La pluie n’a pas cessé de la nuit mais ce matin, la végétation crépite et finit d’absorber les dernières gouttes. Les montagnes se découvrent, saupoudrées de neige sur les parties les plus hautes, et les premiers rayons de soleil nous accompagnent pour le petit déjeuner. Et c’est dans ces moments-là qu’on se rappelle pourquoi nous aimons randonner dans ces endroits en particulier. Nous réalisons que ce voyage en relief nous permet d’être témoins de modes de vie traditionnels que l’isolement et l’éloignement ont préservés. Les échanges culturels avec ces habitants qui vivent dans des environnements contraignants auxquels ils se sont adaptés sont riches d’apprentissage. L’accueil chaleureux et la curiosité sont caractéristiques de ces lieux et de leurs habitants. C’est probablement la fin d’une époque, même si, on l’espère, celle-ci pourra perdurer encore un peu. Et si nous restions un peu ? Faut-il déjà en partir ? L’idée nous traverse bien évidemment l’esprit mais l’appel de la randonnée nous pousse à poursuivre. Après une montée progressive au soleil, jusqu’au Portachuelo de Huayhuash, nous quittons les alpages de Zoila et Pilar pour passer sur l’autre versant, en direction du lac artificiel Viconga.

Vers le Portachuelo de Huayhuash

Côté météo, nous expérimentons un peu de tout. Parfois, comme aujourd’hui, il fait beau jusqu’au milieu de l’après-midi et nous avons même le temps de profiter d’une pause-repas au soleil. Puis il faut rapidement se couvrir pour le reste de la journée et espérer une accalmie en fin d’après-midi, au moment d’installer le campement. Parfois les averses passagères persistent. Parfois, il pleut toute la nuit, parfois non. Et puis parfois, on pose la tente à un endroit que l’on croit stratégique, au sec, puis le matin un petit ruisselet a eu le temps de se frayer un cheminement pile sous la tente durant la nuit… un trop plein d’eau qui n’a pas pu être anticipé! C’est ce qui nous arrive cette nuit-là au campement, au pied d’une moraine, dans la vallée qui poursuit au nord depuis la Laguna Viconga.

Le 5ème jour, nous avons encore du nouveau du côté de la météo. Nous grimpons en direction du Punta Cuyoc, situé à 4950 m. Une petite pause s’impose au soleil, le temps de faire sécher toutes nos affaires. Une demi-heure plus tard, c’est reparti. La vue est fantastique durant la montée et il fait beau pour le moment. Nous atteignons le col dès la fin de matinée avec une très belle lumière. C’est comme si un cercle de ciel bleu résistait au-dessus de nous depuis l’ascension. Au loin, les nuages au nuances de gris et de noir s’approchent pour nous encercler petit à petit.

Le Nevado Puyoc et son glacier

Le temps de prendre quelques photos du glacier et d’amorcer la descente et paf, c’est parti! Ça commence par l’arrivée d’un vent froid et de quelques gouttes. Celles-ci se transforment très vite en neige puis en grêle, avec quelques coups de tonnerre en prime! La vallée dans laquelle nous descendons, illuminée il y a à peine quelques minutes, sombre alors dans une épaisse brume qui semble carrément l’effacer.

Nous avions prévu de couper par San Antonio le lendemain à travers les montagnes et un col à plus de 5000 m d’altitude, un challenge qui nous tenait à cœur : notre premier 5000 m en autonomie avec sacs à dos. Mais il semble enneigé, raide et sur la carte, la descente de l’autre côté est annoncée comme un terrain accidenté avec pierriers instables. Vu le temps, ça nous décourage et on se dit que ce n’est peut être pas raisonnable. A ce qu’il parait, randonner, c’est aussi savoir renoncer parfois. Si vous avez vu le film ‘Everest’, vous savez de quoi on parle! Nous passerons donc par la vallée. Nous savions pourquoi nous étions en trek hier, mais aujourd’hui, nous avons presque oublié encore une fois.

Après la pluie… la grêle!

Depuis que nous avons dépassé la bifurcation vers San Antonio, le temps s’améliore et nous profitons de la première accalmie pour manger notre Noodle Soup, notre pain quotidien. Nous étudions à nouveau la carte ; Clémentine a du mal à renoncer au col San Antonio ; et puis nous préférons les boucles aux allers-retours dans les vallées. Allez, on quitte le sentier pour prendre plein nord vers San Antonio. Nous campons en chemin, en direction du col, au premier palier, à 4600 m. Wouhouuuu!

6ème jour : comme nous n’avons pas pu résister à cette variante en pointillé qui nous faisait de l’œil, c’est le col du jour qui sera le point culminant de notre trek, à 5020 m d’altitude. Il est 6h30 du matin, il fait froid et une pellicule de givre a légèrement recouvert la tente et les capes de pluie qui recouvrent nos sacs à dos. C’est donc les pieds et les mains engourdis que nous démarrons l’étape du jour. A l’ombre d’un pan de montagne durant la montée, nous progressons sur un sol gelé, qui fige les roches meubles sous nos pieds. Cela facilite notre ascension et nous gagnons ainsi la course avec le soleil, qui parvient au col juste après nous. Lors des derniers pas, les sommets d’en face nous apparaissent petit à petit : d’abord leur tête, dont une face est éclairée par le soleil, puis la base. Quel spectacle! Ils sont tous là et bien dégagés : le Nevado Sarapo (6127m), le Siula Chico (6265 m), le Siula Grande (6344 m), le Yerupaja Sur (6500 m), le Yerupaja (6617 m et second plus haut sommet du Pérou), le Yerupaja Chico (6089 m) et le Jirishanca (6094 m). C’est ce qu’on appelle, un belle récompense après l’effort!

Depuis le col San Antonio, les plus de 6000 sont au rendez-vous

Très vite, la brume vient recouvrir les cimes, tel le rideau qui tombe sur la scène pour rejouer la pièce une prochaine fois. Il est temps de descendre par le fameux chemin indiqué par des points d’exclamation sur la carte. Freestyle complet : à force de dérapages contrôlés dans les éboulis, gardant l’équilibre avec nos bâtons, on a l’impression de skier avec les glaciers et la neige des sommets en toile de fond… mais nous sommes bel et bien sur pierres puis gazon. En rejoignant Huayllapa, en bordure de la Cordillère, le terrain semble plus sec et c’est notre première journée sans pluie. Une petite bruine s’est bien manifestée au cours de l’après-midi mais presque agréable et rafraîchissante. Nous arrivons à destination après une journée de 8h de marche. Il est 15h lorsque nous arrivons au village et nous hésitons à poursuivre un peu pour camper dans un endroit un peu plus sauvage mais la prochaine étape est encore à 2-3h de marche et on nous indique que le sentier n’est pas praticable… trop d’eau! On nous invite à prendre plutôt la route. Nous verrons ça demain et décidons de rester à Huayllapa pour cette nuit, au stade du village qui fait office de camping. Ce n’est pas la première fois qu’on nous déconseille certains sentiers au Pérou, pour être certain qu’il ne nous arrive rien. Nous entendons tout et son contraire : « Oui ça passe sans problème » / « Non il n’y a plus de pont » / « Si si, le pont est bien là mais il y a trop d’eau sur le sentier » / « C’est dangereux à cause de l’eau mais avec un guide vous pouvez y aller » / « Ma mère fait le chemin demain, elle peut vous accompagner »… Nous décidons donc de tenter notre chance malgré tout demain. Au pire, nous ferons demi-tour. En attendant, à la place du village, tout le monde se met en quête du détenteur de la clé du stade. Une petite heure plus tard, passe-partout arrive avec son fagot de bois sur le dos… on nous avait dit qu’il était parti chercher du lait… décidément, difficile de trier le vrai du faux par ici. On nous accompagne jusqu’au stade pour ouvrir la porte de bois et là surprise : 15 gamins jouent déjà à l’intérieur… La situation et l’attente nécessaire pour cette clé, pas si indispensable que ça, nous ont bien amusés. Ce soir là, il fait presque bon ; nous sommes redescendus sous la barre des 4000 m d’altitude pour la première fois depuis le début du trek.

En ce 7ème jour, ce n’est pas un mais bien deux cols qui nous attendent! Nous partons donc tôt (6h30) pour une montée sur un sentier bien au sec. Ensuite, nous arrivons au fameux pont… il manque effectivement un petit morceau mais vraiment rien de bien méchant. Ils sont un peu alarmistes quand même ces péruviens! Ha non, peut-être pas, une centaine de mètres plus loin, il manque un morceau de sentier, emporté par la rivière. Les fameux ‘huaicos’ sont de la partie. Mais il y a toujours des déviations faites par les locaux qui ont besoin d’emprunter le sentier. Nous parvenons donc à passer ce premier ‘huaico’. Du haut de son perchoir, un homme nous fait des signes pour nous indiquer les contournements à prendre. En arrivant à sa hauteur, il nous précise la suite du labyrinthe à suivre pour trouver les morceaux de sentier praticables et retomber sur le sentier principal un peu plus loin. Enrhumé, il en profite pour nous demander si on a des pastilles pour la grippe. On lui laisse quelques comprimés en indiquant bien le nombre à prendre par jour, toujours après les repas! Content du service rendu, il décide de laisser en plan ses occupations du moment pour nous guider jusqu’à ce qu’on retrouve bien le sentier principal. Il cavale, en coupant tout droit à travers tous les raccourcis possibles… un vrai homme des montagnes! Ce guide improvisé pour une poignée de minutes est bien sympathique. Il nous rappelle Juan Serrano Lopez, le ‘Loco’ de la Cordillère Vilcabamba, qui avait aussi tout laissé en plan pour nous accompagner un moment. Finalement, nous parvenons à Huatiaq en milieu de matinée, avec un peu de retard, mais sans trop d’encombres avec le sentier. Le temps de faire sécher la tente sous les rayons chauds du soleil et nous nous remettons en route sans tarder ; l’étape du jour est longue avec un premier col à 4770 m, le Tapush Punta, puis un second à 4 850 m, le Llaucha Punta. Nous arrivons à la Laguna Jahuacocha vers 17h45, ce qui nous laisse une petite heure de jour pour installer la tente. Nous sommes cuits, fourbus, KO, après une journée de 11h30!

La journée suivante (en théorie la dernière) commence bien. Nous avons un peu plus le temps normalement donc le réveil est un peu plus tardif. Nous profitons du panorama sur les glaciers depuis la tente et du rendez-vous avec le soleil pour le petit-déjeuner.

Laguna Jahuacocha

Nous décollons tranquillement vers 9h pour aller voir le lac glaciaire Solteracocha situé un peu plus haut. Le bleu clair de l’eau contraste avec le blanc légèrement bruni du glacier. De retour à la première lagune vers 11h30, notre étape théorique de 5h avec dénivelé modéré peut débuter. C’est là que ça se gâte. La grêle arrive bien vite aujourd’hui, dès midi. Du coup, on évite de sortir la carte trop souvent pour éviter de la tremper. On suit les flèches marquées sur les rochers pour commencer à grimper à flanc de montagne. Mais ça monte raide dites donc et le sentier devient de moins en moins évident. Il ressemble davantage à des cheminements de vaches qui se mêlent, se démêlent, se croisent à nouveau, laissant croire qu’il s’agit d’un véritable sentier, puis se dispersent à nouveau, nous laissant perplexes. En regardant rapidement la carte à travers les gouttes, nous essayons de trouver des correspondances mais il faut se donner beaucoup de mal pour faire coïncider les choses. Nous sommes déjà à une altitude équivalente à celle du col Macrash Punta alors que les cols visibles de là où nous sommes sont tous bien plus hauts. Nous ressortons une ultime fois la carte en prenant le temps de l’étudier plus en détail cette fois-ci. Le verdict tombe : nous sommes montés beaucoup trop tôt, trop haut et nous avons tout faux depuis 3h. C’est rageant et frustrant! La journée tranquille va s’annoncer plus corsée que prévu. Nous redescendons tout pour retrouver le vrai chemin un peu plus loin. Il est 15h. Commence alors une véritable course contre la montre puisqu’il nous reste en gros 3h30 avant qu’il ne fasse nuit. Nous reprenons notre ascension, cette fois-ci en direction du véritable Macrash Punta et faisons l’impasse sur le repas de midi puisque le timing est quelque peu serré. Nous pourrions toujours nous arrêter quelque part après le col pour camper mais nous avons bien pris l’eau aujourd’hui et nous rêvons secrètement d’une petite auberge à Llamac pour ce soir! Et puis, rallonger les étapes, on a appris à le faire, mais les raccourcir, pas tout à fait. Nous ne renonçons pas et essayons de marcher d’un bon train. Mais avec le ventre vide et déjà 5h de marche dans les pattes, les montées sont rudes. A 17h, nous sommes au col. Il nous reste 1h30 de jour et 1000 m de dénivelé négatif à dévaler dans la brume. Celle-ci se déchire de temps en temps, nous laissant apercevoir les pâtures de Llamac en contrebas. Nous passons finalement sous le voile de nuages et la visibilité devient meilleure. Mais l’heure tourne toujours et le sentier se perd à nouveau dans les piétinements des vaches et moutons. Nous croisons un berger qui tombe à pic et qui nous remet sur le droit chemin. Il regarde sa montre et nous dit qu’en marchant vite, on peut être en bas en une petite heure. Vite vite vite… la nuit commence à tomber. La lampe frontale de Clémentine est à plat et celle de Jérôme est un peu faible. Nous franchissons la porte d’entrée de Llamac à 18h45 ; le voile sombre de la nuit finit d’envelopper intégralement le village. Nous trouvons rapidement une auberge pour la nuit, avec ‘agua caliente’! Pour une dernière étape, elle n’était pas des moindres! Jérôme s’improvise une ultime fois chef-cuisiner spécialisé en trek pour la soirée : mijoté d’ail et de gingembre à la sauce tomate sur lit de lentilles et quinoa. Clémentine, un peu amorphe après la douche chaude, s’occupera du thé Chaï latte. On s’effondre littéralement pour un réveil matinal en quête du bus qui nous ramènera à Huaraz.

Pas de chance, aujourd’hui le bus ne fait que le trajet aller et pas le retour… serait-ce parce qu’on est dimanche ? Il ne fera le trajet qu’à partir du lendemain. Zut! Nous rêvions de rentrer au plus tôt maintenant que le trek est bouclé! Une alternative… marcher jusqu’à Chiquian, via la route qui est justement coupée, pour prendre un bus depuis là-bas. Il y en a davantage a priori. Allez, de toute façon, nous n’avons pas envie de patienter une journée à Llamac. Si nous avons de la chance, on peut tomber sur un combi en cours de route, une fois que nous aurons rejoint les intersections avec les routes praticables. En chemin, on voit les dizaines d’éboulements dus à la saison des pluies, qui privent Llamac de sa connexion principale au reste du monde. Ces derniers temps on vient à pied ou par la route plus longue qui vient du nord et que nous avons prise à l’aller. Nous croisons quelques locaux, un combi et un camion en sens inverse. Nous les recroiserons peut être dans le bon sens un peu plus tard. On nous avait dit que la route descendait jusqu’à Chiquian… c’est vrai au début, puis à mi-parcours, on intersecte une autre rivière et le sentier la longe en remontant. Nous qui pensions marcher 2-3h maximum jusqu’à trouver un transport en commun, nous sommes bons pour marcher jusqu’à destination, soit 6h au total. Un véritable 9ème jour de trek en réalité! Arrivé à Chiquian, nous sommes affamés et nous jetons dans le premier restaurant local pour un menu à base de truite frite. Le bus de 17h nous ramène à Huaraz en début de soirée. Mission accomplie, nous sommes rentrés, contents d’avoir réalisé ce superbe trek!

Nous prenons 2 jours de pause à Huaraz, le temps de profiter d’un restaurant indien (oui on fait tout dans le désordre), d’une tartiflette faite maison à l’auberge et de regarder le film ‘La mort Suspendue’, conseillé par Lucille et Guillaume et qui raconte justement l’histoire de deux alpinistes britanniques qui tentent l’ascension de la face Ouest du Siula Grande, dans la Cordillère Huayhuash. Moralité : l’alpinisme c’est encore une autre histoire!

Nous quittons donc la Cordillère Huayhuash et avec elle notre période de trek dans la Cordillère des Andes pour rejoindre l’Equateur dans les prochains jours. Pleins de globules rouges, nous mettons cette fois-ci le cap sur les reliefs plus modestes des Îles Galapagos et de leur faune stupéfiante!

Notre itinéraire en détail :

Jour 1 (01/04) : de Quartelhuain à Janca, proche de la Laguna Mitucocha (8 km / 5h / + 630 m / – 580 m / campement à 4225 m d’altitude)

Jour 2 (02/04) : de Janca à la Laguna Carhuacocha (13 km / 6h30 / + 505 m / – 615 m / campement à 4155 m d’altitude)

Jour 3 (03/04) : de la Laguna Carhuacocha à Huayhuash par les 3 lagunes glaciaires (12 km / 8h30 / + 855 m / – 670 m / campement sur peaux de mouton à 4350 m d’altitude)

Jour 4 (04/04) : de Huayhuash à la Laguna Viconga (12 km / 7h / + 590 m / – 410 m / campement à 4460 m d’altitude)

Jour 5 (05/04) : de la Laguna Viconga au pied du Cerro San Antonio en passant par le col Cuyoc (8 km / 6h30 / + 730 m / – 670 m / campement 4595 m d’altitude)

Jour 6 (06/04) : du pied du Cerro San Antonio à Huayllapa en passant par le col de San Antonio et Cutatambo (19 km / 8h / + 485 m / – 1455 m / campement dans le stade du village à 3625 m d’altitude)

Jour 7 (07/04) : de Huayllapa à la Laguna Jahuacocha en passant par Huatiaq, Punta Tapush et Llaucha Punta (21 km / 11h15 / + 1605 m / – 1110 m / campement à 4050 m d’altitude)

Jour 8 (08/04) : de la Laguna Jahuacocha à la Laguna Solteracocha puis à Llamac en passant par Macrash Punta (18 km / 9h30 / + 710 m / – 1500 m / nuit en auberge à 3290 m d’altitude)

Jour 9 (09/04) : de Llamac à Chiquian (20 km / 6h / + 680 m / – 595 m / trajet retour en bus de Chiquian à Huaraz)

En chiffres :

– 131 km parcourus à pieds

– 6 790 m de dénivelé positif

– 7 605 m de dénivelé négatif

– 1 appareil Canon G12 qui a rendu l’âme, trop subjugué par les beaux sommets de la Cordillère Huayhuash

En images :