Gwada toudou

22 juillet, arrivée à l’aéroport de Point-à-Pitre. Il sont où, ils sont où? Et Bim! Deux barbus dans le viseur à midi. Retrouvailles! Le temps de poser les sacs, nous retrouvons les filles pour une pause fraîcheur. La belle Apolline, 3 mois, prend son premier bain en Guadeloupe, nous aussi. Le soir, c’est dégustation de Rhum et jeux. Cette première demie-journée est tout à l’image de notre séjour. Les baignades seront quotidiennes, en rivière ou à la mer, sur Basse Terre ou Grande Terre, avec ou sans masque, avec ou sans plongeon mais toutes aussi agréables les unes que les autres. Les baignades seront d’autant plus importantes que nous aurons à traverser deux épisodes de coupures d’eau… retour au confort certes mais doucement tout de même! Les moments détentes sont ponctués de menus travaux : cueillette de bananes, tonte du gazon, terrassement pour installer une « petite piscine ». Avec l’ascension matinale de la Soufrière, le thème des reliefs a été respecté de justesse. Le dénivelé a été avalé sans broncher par la fine équipe. Au sommet, nous avons pris un bain de brume dans le vent ; l’odeur de soufre, les cratères et les fumerolles, le corpus volcanique au complet.

Au sommet de la Soufrière

Quoi d’autre? Nous pourrions raconter la palanquée des copains qui s’est immergée à deux reprises : aux Îlets pigeons sur Basse terre et à Marie Galante. Nous pourrions essayer de décrire la brûlure du Rhum à 59°C, l’importance du citron vert dans les Ti punch, les secrets des Gwan punch et l’ivresse du jeu! Quel effet ça fait de redevenir enfant dans les vagues? Surfer jusqu’à l’épuisement, s’écraser dans le sable, les poches, les oreilles et les cheveux pleins de sables. « Encore une et je sors! »… pour ne jamais sortir! Enchaîner sur la beauté du spectacle des Tortues vertes, paisibles, qui broutent dans l’Anse de Malendure? Et la recette des Acras de Morue alors? Les mamas du marché… « Tu veux des épices? Je casse les prix doudou! » Impossible en revanche de trouver les mots pour qualifier le plaisir de cuire, de couper et de partager une côte de bœuf de 1,4 kg accompagnée d’une bonne bouteille. Il faudrait dire aussi comment nos avons finalement réussi à partager notre goût douteux pour les tubes latino de Luis Fonsi et de Shakira pour ne citer que les plus entêtants. Nous ne rentrerons pas dans les détails… pour nous c’était « Gwada toudou »! Et pour tout ça, merci les copains!

Saut de la Lézarde

C’est tout alors? Non. Un extrait choisi peut-être? Oui, une mise en abîme. Si la Guadeloupe représente nos vacances de fin de voyage, que dire de notre séjour chez François à Marie Galante? Est-ce qu’il existe un mot pour parler des vacances, dans les vacances, dans les vacances? On s’y perd. François a grandi à Marie Galante. En plus d’un accueil chaleureux, il nous a aidé à décoder la vie de cette île rurale aux allures de belle endormie qui impose son rythme au visiteur. Nous avons visité la distillerie Bielle dont l’histoire nous plonge dans les colonies et ses projets industrieux, des fortunes aux faillites. Nous avons rencontré Efraiz qui perpétue le métier de charbonnier et qui mène toujours son attelage de bœufs avec fierté. Enfin, nous nous sommes recueillis sur le site de Caye Plate. Recueillir c’est le mot. Ce n’était pas prévu mais on s’est tous fait avoir. Ce site traduit parfaitement l’ambiance de ces bouts de monde audacieux qui défient l’immensité d’un océan. Chloé a pensé à la Bretagne, nous aussi. En vérité, à cet instant nous y étions tous et les esprits vagabondaient entre les vagues et les galettes de sarrasin, le Kouign amann était à portée de main… Nous avons consolé nos quenottes avec un Caca bœuf, authentique pâtisserie de Marie Galante, avant de remonter sur le bateau. Au moment d’écrire ces lignes nous savons que c’est à Caye Plate que le voyage s’est terminé, la parenthèse s’est fermée ici. La suite ressemble à une lente procession pour revenir chez nous.

Falaises de Caye Plate à Marie Galante

Donc c’est la fin, c’est ça ? Cette fois oui, c’est la fin. Nous sommes partis au milieu de l’été, l’an passé, et nous voilà une année plus tard, prêts à rentrer. Avons-nous réellement fait tout ça? Grimper ces montagnes? Rencontrer tous ces gens? Appris l’espagnol? Il semblerait que oui. Textes et photos à l’appui, ce blog en témoigne. Pourtant, nous avons l’étrange sentiment que notre voyage nous échappe, que cette aventure nous file entre les doigts. Déjà il ne nous appartient plus tout à fait.

Miama beach, c’est le dernier soir. Allongés sur la plage côte à côte, nous nous essayons à l’exercice du bilan. C’est difficile, nous ne sommes pas mûrs pour, la matière est trop verte. Nous sommes toujours en transition, dans un entre-deux un peu flou. Comment synthétiser tous ces moments de grande lucidité et de belles résolutions que nous avons connus au cours de cette année? Comment traduire les enseignements de cette expérience pour les appliquer à nos projets futurs? Nous nous efforcerons de les garder en tête, bien au chaud, jusqu’à y parvenir. Nous ne sommes sûrs que d’une chose : le champ des possibles est très vaste et il nous tend les bras. De quoi nous rassurer pour la suite. Nous rentrons sereins.

En images :

 

Mexico ¡Que Bueno!

24 juin, après notre nuit blanche en camping, à lutter contre les moustiques à Tikal, nous enchaînons sur une grande journée de bus. Un premier minibus nous permet de quitter Tikal pour rejoindre l’intersection avec l’axe principal qui va vers la frontière. Un second bus nous y emmène. Nous traversons la frontière à pied et reprenons un nouveau bus côté bélizien jusqu’à Belize City. Le temps d’une journée, la langue officielle est l’anglais. Sans tarder et toujours fatigués, nous enchaînons avec un ultime bus qui va jusqu’à Chetumal, au Mexique, 10 km après la frontière. Efficace, 3 pays différents au cours de la même journée. Seul petit bémol, notre chauffeur de bus s’est enfuit sans nous à la frontière entre le Bélize et le Mexique. Nous restons plantés là avec 3 autres béliziens, sans un sous en poche puisque nous nous sommes bien débrouillés pour qu’il ne nous reste plus aucun dollar bélizien avant de passer au Mexique et nous n’avons pas encore de pesos mexicain! Heureusement, un autre bus nous avance gracieusement jusqu’à l’entrée de Chetumal. De là, nous rejoignons encore la Laguna Bacalar dans la soirée, étape parfaite pour s’accoutumer au farniente dès les prochains jours. C’est finalement un peu exténués que nous posons nos sacs à l’extrême sud-est du Mexique, dans la péninsule du Yucatán. Dernier pays du périple, cette arrivée au Mexique annonce un nouvel élan et un nouveau rythme, celui de la phase farniente à la fin du voyage. Oui, on anticipe un peu puisqu’il reste tout de même un mois et demi, mais c’est sans doute ce qu’il nous faut pour bien clôturer tout ça et être prêt pour le retour.

A Bacalar, nous trouvons rapidement nos repères et nos habitudes en allant tous les jours au ‘muelle publico’, le ponton municipal qui t’emmène tout droit vers l’eau turquoise et transparente du lac… bon bref, complètement cliché! On a aimé! Notre journée la plus sportive est consacrée à une petite virée à vélo jusqu’au Cenote Azul, situé à 30 minutes, couplée à une traversée de la lagune à la nage. Pas violent comme programme! En fin de journée, nous réalisons qu’il y a peut-être un changement d’horaire entre le Guatemala et le Mexique. Ha ben oui, nous avons passé la journée avec une heure de décalage par rapport aux locaux, signe que nous sommes bien détendus.

Au ‘muelle’ de Bacalar…

3 jours plus tard, à Mahahual, posons le cadre : la même ambiance est au rendez-vous avec une variante tout de même, l’eau est cette fois-ci salée, et une constante, la température de l’eau à 30°C. L’animation de la petite bourgade côtière peut y changer du tout au tout. En arrivant, elle nous a semblé assez morne, avec ses nombreuses devantures fermées et aujourd’hui, c’est tout l’inverse ; les stands touristiques sont tous ouverts et pullulent de partout! Nous comprenons un peu plus tard que les deux bateaux de croisière amarrés à l’immense ponton visible au loin n’y sont pas pour rien. La construction de ce grand quai avait d’ailleurs fait polémique à l’époque où Mahahual s’enorgueillait de son approche éco-touristique. Aujourd’hui, il semble que l’appât du gain ait pris le dessus et les vendeurs ne semblent attendre que ça, ouvrant grand leurs échoppes de souvenirs et de massage pour y vendre les grands classiques touristiques aux croisiéristes. Une fois que tout ce petit monde a rejoint son bateau, Mahahual redevient calme et idéale pour alterner les sessions aquatiques et terrestres. Lors d’une de nos baignades quotidienne, un objet à la dérive s’approche de nous… une caméra étanche dans son boîtier! Wouhou, voilà qui tombe à pique vu le programme à venir. Serait-ce un cadeau marin en dédommagement de notre caméra soit disant étanche qui s’était noyée à la première plongée aux Galapagos ? Bon finalement il s’avère qu’elle a du prendre un coup de chaud en dérivant puisqu’elle ne s’allume que durant 3 secondes avant de grésiller et de refuser toute nouvelle tentative. Pas grave, nous avons apprécié le geste tout de même et la carte SD offerte. Le lendemain, nous nous renseignons pour une plongée au Banco Chinchoro mais en vain. Sans l’Open Water, l’équivalent du niveau 1 de plongée, difficile d’échapper à la version ‘baptême de plongée’. On se dit qu’il vaut mieux laisser tomber et faire une plongée supplémentaire ailleurs, avec notre certification en poche. Du coup, nous avançons un peu notre arrivée à Playa del Carmen pour démarrer les cours de plongée au plus tôt!

En chemin, une petite halte s’impose bien entendu à Tulum, ancienne cité de commerçants maya. On peut dire que ces mayas avaient un goût pour les belles vues. Un port à l’emplacement stratégique certes mais surtout une vue imprenable sur la côte et des plages sympathiques pour les baignades oui! Jérôme ayant décidé d’expérimenter toutes les spécificités du coin (en particulier les ‘tacos al Pastor’), il termine la journée avec de drôles de traces sur les jambes, comme des brûlures en forme de trait. Un coup de soleil ne laisserait pas des traces aussi marquées. L’idée d’un acide qui aurait coulé quelque part et qui se serait répandu sur son short nous traverse l’esprit, mais ça paraît tout de même un peu alambiqué. Comme ça ne s’arrange pas le lendemain, avec une belle cloque en formation à l’arrière de la cuisse, nous décidons de faire un petit détour par l’hôpital, histoire de partir serein vers Playa del Carmen. Le docteur Lopez décèle tout de suite l’origine de ces traces suspectes : parait-il qu’un insecte inconnu, endémique de Tulum, en est la cause. En piquant sa cible, il provoque une infection cutanée à l’origine de ces rougeurs suspectes. Cela n’arrive qu’aux touristes, bien évidemment. Allez hop, un petit traitement antibiotique pour une semaine! Nous soupçonnons une nouvelle fois nos amis les moustiques, décidément plein de surprises. Pour finir, Clémentine s’en sort mieux, avec une seule marque caractéristique qui apparaît deux jours plus tard sur la main. Rassurés en sachant de quoi il s’agit, nous poursuivons notre route.

Tulum

Nous arrivons à Playa del Carmen pour tourner une nouvelle page. Nous fermons le mois de juin pour ouvrir celui de juillet sur une nouvelle thématique aux reliefs et altitudes situées en dessous de zéro : la plongée! C’est ici que nous avons élu domicile pour une petite semaine pour passer notre premier niveau de plongée, l’Open Water. Nous filons au centre de plongée de bonne heure, tous guillerets en ce premier juillet. On nous remet notre pochette spéciale qui contient la bible de la plongée… ha oui, tout de même un bon 200 pages à lire en… 2 jours. Nous avons l’impression de retourner à l’école pour quelques jours et ce n’est finalement pas pour nous déplaire, bien au contraire. On se prête au jeu d’une lecture assidue pour la partie relative aux connaissances et à la théorie. Après les sessions de piscine ou de plongée en mer avec mise en pratique d’exercices divers, nous sommes parfois rincés en soirée, pour parvenir à finir les chapitres, mais nous tenons le coup et passons le quiz dès la troisième matinée avec un taux de réussite flatteur!

Au centre de formation pour futurs Cousteaud

Les premières plongées sont dédiées à retirer son masque sous l’eau volontairement, le remplir, le vider, simuler une panne d’air et passer sur la réserve de secours de son binôme, maîtriser la remontée d’urgence contrôlée et surtout flotter à merveille dans les profondeurs, à nous la découverte des fonds marins caribéens mexicains et de sa vie foisonnante. 6 plongées en milieu naturel sur 4 jours, quel pied! Nous vivons l’expérience à fond et sommes tout ouïe et avides des conseils de notre instructeur à l’accent toulousain, Sébastien. Intégralement pris en charge pour ces quelques jours, nous prenons rapidement nos repères au sein de l’équipe que nous apprenons à connaître et que nous aurons du mal à quitter à la fin. Le matin, nos vêtements du jour sont préparés et nous attendent. Le moindre problème de taille ou de confort ? Pas de problème, on s’occupe de toi et on te remplace ça sur le champ! On se dit que c’est finalement pas mal d’être bichonnés comme ça et de se sentir un peu comme à la maison au bout de 2 jours de sédentarité. Nous nous sentons comme des poissons dans l’eau et sommes prêts et certifiés au bout du 3ème jour. Le 4ème, nous mettons donc le cap sur les sites pour plongeurs certifiés de Tortugas et Baracuda! Whaou, première plongée à 22 m pour nous et en plongée dérivante, portés par le courant! C’est ça que nous apprécions, chaque plongée est différente de la précédente et est une nouvelle expérience. Les Tortues vertes sont bel et bien au rendez-vous à Tortugas, petites brouteuses des fonds marins semblables aux vaches de nos pâtures… enfin presque! Nous apprenons à dénicher les murènes, les raies et le petit peuple du second plus grand récif au monde!

Tortue brouteuse

Un rythme soutenu durant cette semaine donc, mais nous en redemandons avant l’issue : au programme de demain, nous partons plonger dans les ‘cenotes’. Et oui, ces bassins naturels d’eau douce font la caractéristique du Yucatán. Nous faisons confiance à Damien, le gérant du centre de plongée, qui nous propose en exclusivité 2 sites assez spectaculaires à prix cassé. Et nous sommes effectivement gâtés en découverte. Nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre… grosso modo à une plongée dans un gros trou profond. Mais en réalité c’est presque une plongée spéléo : nous nous engouffrons dans le premier ‘cenote’, ‘El jardin del Eden’. En surface, la zone réservée aux plongeurs parait toute petite, mais c’est que tout se passe en profondeur, avec un toit au dessus de la tête. Nous laissons le puits de lumière de l’entrée derrière nous pour suivre le fil d’Ariane installé en contre-bas, qui nous guide dans les entrailles du cenote. En poursuivant, nous visualisons un autre puits de lumière recouvert par la végétation aquatique. Les rayons du soleil qui pénètrent à travers les feuilles et racines forment un rideau de lumière magique. Dans cette pénombre ambiante, les couleurs deviennent éclatantes.

Rideau de lumière dans le cenote ‘El Jardin del Eden’

Nous progressons avec nos lampes-torches, pareils à de petits explorateurs-spéléologues sous-marins en herbe. Ici, tout est nouveau pour nous et nous ne voyons pas le temps passer. Une heure plus tard, nous regagnons la surface. Cap sur le second ‘cenote’ du jour : El Pit (la fosse). Un nouveau record nous y attend, non pas en col à plus de 5 000 m, mais en profondeur cette fois-ci. Encore plus chargés qu’avec nos sacs à dos de randonnée, nous descendons l’escalier qui mène à la mise à l’eau avec notre bouteille d’oxygène. Nous descendons directement en traversant un bel halocline qui nous fait passer de l’eau douce à l’eau salée en franchissant une zone toute trouble. Nous voilà au point le plus profond de notre plongée : 31,9 m. L’ambiance y est à peine croyable. Une poche de sulfure d’hydrogène stagne au fond, du fait de la décomposition des végétaux, formant une sorte de nuage. Les branches du fond sont enveloppées par ce coton vaporeux qui nous attire nous aussi. On se croirait dans un pays imaginaire l’espace d’un instant… Mais, pas le temps de traîner trop longtemps au fond, il ne faudrait pas entrer en décompression. Nous remontons donc progressivement en tourbillonnant le long des parois du cenote ; les stalactites sont aiguisés à merveille et la lumière qui vient du toit de la cavité n’est autre que le soleil qui y jette ses rayons. Aydin, notre guide du jour, nous montre les quelques entrées de galeries qui se poursuivent sur plusieurs kilomètres au sein du système de cenotes de ‘Dos Ojos’. Si nous allions par là, nous pourrions rejoindre Bat Cave, dans le cenote voisin, mais le gros panneau à tête de mort situé à l’entrée de la galerie nous suggère de ne pas le tenter. Après un bon 40 minutes, nous voilà à nouveau à la surface de l’eau, contents et un peu euphoriques… serait-ce les effets secondaires d’un excès d’azote ?

Au fond du cenote El Pit

6 juillet, nous poursuivons notre découverte du petit peuple caractéristique du récif, mais un peu plus au large encore, sur l’Isla Cozumel. Un ferry plus tard, nous rencontrons donc notre hôte des prochains jours, Tiery, un new-yorkais dont l’accent et les expressions ne trompent pas! Ses parents étant français, il en retrouve sans trop de difficulté la mécanique avec nous mais il n’y a pas de doute, il est devenu un véritable américain, tant dans l’attitude que dans son vocabulaire! Quand il ne se repose pas chez lui à Cozumel, il vivote tranquillement entre les bateaux de croisières sur lesquels il travaille et les 4 coins du monde en vadrouille. Il nous a bien plus et aura été un hôte parfait durant ces 3 jours. Dès le lendemain, nous ne traînons pas longtemps à la surface et enfilons à nouveau nos palmes pour 2 plongées consécutives à ‘Palancar Jardines’ et ‘El Cedral’. Le récif est grandiose! Les coraux prennent des formes de tumulus sous-marins dans lesquels les tunnels permettent de se frayer un passage. Nous commençons à reconnaître les poissons caribéens et faisons encore de nouvelles rencontres. Endormi sur son lit de sable, un Requin nourrice nous attend lors de notre descente, avant de partir en quête d’un dortoir moins fréquenté par les bipèdes. Nous débusquons aussi le petit endémique du secteur, toujours caché au fond d’un trou, le Poisson-crapaud, avec ses belles barbules et ses petites nageoires jaunes. Et nous ne sommes pas en reste, les Poissons coffres, les Tortues imbriquées, les Barracudas et tous leurs compères sont aussi au rendez-vous!

Murène verte hors de sa cache

De retour sur terre, nous partons cette fois-ci à dos de scooter pour découvrir les recoins de l’île. Pour commencer, nous empruntons un chemin réservé aux 4×4, qui conduit à un phare à la pointe nord de l’île. Un grand panneau dissuasif précise que la décision de l’emprunter relève de la responsabilité de chacun. Après une première section de sable tassé, ça devient vraiment plus technique : Jérôme enchaîne les déhanchés à droite puis à gauche, pour assurer le maintien en équilibre du scooter. L’épaisseur de sable augmente et les rochers viennent aussi s’en mêler. A mi-parcours, vu notre vitesse moyenne et l’état du chemin qui ressemble de plus en plus à un sentier de randonnée, nous renonçons à aller tout au bout et prenons un bain à Playa Bonita. La plage est fréquentée par les tortues marines, dont les traces caractéristiques laissées sur le sable révèlent leur passage), deux motards mexicains et nous! Un petit abri en paille nous apporte juste l’ombre nécessaire pour une pause entre midi et deux. L’après-midi, nous changeons de rythme en filant cette fois-ci à 50 km/h sur la route côtière principale. Une dernière baignade en fin de journée et nous filons ramener notre fidèle destrier du jour.

Côte sauvage de Cozumel

Pour notre dernière journée insulaire à Cozumel, nous finissons sur notre activité fétiche du moment, avec deux nouvelles plongées sur les récifs de Santa Rosa et Tormientos. Aujourd’hui, c’est Alexandra qui nous guide. Comme d’autres de ses collègues français du centre de plongée, son escale dans le secteur s’est prolongée au point qu’elle y a posé ses valises, a passé ses niveaux de plongées pour devenir ‘Instructor Diver’ et y travaille depuis quelques temps en plongeant à titre professionnel. Intéressant! Loin d’être un cas isolé, ça donne des idées et nous fait relativiser encore davantage sur la conception du travail. Bien que tout cela nous semble lointain et ne nous tracasse pas du tout pour l’instant, ça nous fait réfléchir et nous avons envie de retenir que le champ des possibles est bien plus vaste que ce qu’on imagine. C’est avec le petit mal de terre habituel que nous revenons de plongée et quittons l’équipe de Cozumel pour rejoindre Playa del Carmen dans la soirée.

Aux aurores, nous partons cette fois-ci pour une expédition à la recherche des Requins-baleines! Après 2 petites heures de recherche, avec toujours le doute de ne pas les trouver, nous visualisons un groupe d’ailerons et mettons le cap! Une centaine de ces poissons, les plus gros au monde, sont regroupés ici, au large de Cancùn, à mi-chemin entre l’Isla Mujeres et l’Isla Holbox, dans une eau à la fois claire et chargée en plancton! Quelques sessions successives de snorkeling permettent de nous approcher au plus près et de nager au même rythme qu’eux l’espace de quelques secondes, nous, en palmant à fond, et eux, en ne faisant quasiment aucun effort. L’un d’entre eux s’applique particulièrement à tenir la pose pour Jérôme qui les photographie depuis le bateau. Il passe sous l’embarcation et l’aileron cogne en plein sur la coque. L’ayant vu venir, Jérôme amortit la secousse pour ne pas tomber à l’eau avec l’appareil photo! Au même moment, se tenant dans l’eau à l’échelle du bateau, Clémentine se remet de l’effet d’avoir été effleurée par la bête et continue à contempler l’animal s’éloigner, comme si de rien était.

« Attention, il y a un Requin-baleine derrière toi! »

Pour nous remettre de ces découvertes riches en émotion, rien de tel qu’une nouvelle étape insulaire où le programme à établir est simple : plage, farniente, glaces, hamac et tacos! C’est ce qui nous attend à Holbox. Et pour la première fois de l’aventure, nous expérimentons 3 nuits en hamac. D’ailleurs, nous avons montré à un chat comment grimper et dormir dedans et il a adoré l’expérience au point d’y dormir tout l’après-midi! L’expression fait sens, on y dort effectivement comme des pas-chats. Inutile de détailler davantage ces journées de repos où les principales questions consistent à se demander « Vers quelle heure on va à la plage ? » « Tu as fini ton livre ? » « J’ai faim, on va manger ? ». C’est pour dire! Au réveil, lors de la baignade matinale, l’eau est légèrement rafraîchissante mais dès la fin de matinée elle est tellement chaude qu’elle ne nous rafraîchit même plus. Il faut se mettre hors de l’eau par intermittence pour permettre au vent de nous rafraîchir un peu… très difficile dira-t-on!

Holbox

Nous sommes le 14 juillet et la page dédiée au Yucatán se ferme aujourd’hui pour laisser place à celle des Chiapas, région montagneuse où le café trouve à nouveau sa place parmi les cultures. Pour y parvenir, nous quittons l’Isla Holbox aux aurores pour prendre le bus du matin jusqu’à Mérida. Nous y faisons halte dans un café bohème pour le restant de l’après-midi avant d’enchaîner avec le bus de nuit pour Palenque. Il est 5h du matin et nous sommes frais et dispo (enfin presque) pour découvrir ‘las ruinas’, un nouvel exemple des chefs d’oeuvre de l’art maya. Semblables à des tableaux ensanglantés, les gravures murales sont encore teintées de rouge par endroit, la couleur de l’éternité pour les mayas. Nous déambulons dans la jungle, d’un groupe d’édifices à l’autre, en contemplant la folie des grandeurs de cette ancienne civilisation. A voir la hauteur des marches d’escalier, nous supposons qu’ils étaient vraiment grands. En tout cas c’est sûr, ils avaient la fibre artistique et sculptaient la pierre avec une incroyable finesse. La végétation luxuriante et les lianes tentent sans cesse de reprendre le dessus pour engloutir ces anciens édifices que le main de l’homme s’évertue à restaurer. Au détour du sentier, un couple de toucans nous observe avant de poursuivre le nourrissage de la nichée soigneusement dissimulée au cœur d’un tronc d’arbre.

Citée maya de Palenque

Palenque est aussi l’étape des retrouvailles en tout genre. Nous y croisons par hasard deux de nos acolytes du trek de la Ciudad Perdida en Colombie ainsi que les deux vagabonds à durée indéterminée, Emilie et Lionel, rencontrés au bord du lac Atitlan au Guatemala et qui vivent désormais de leur artisanat. Lui va travailler ici, à Palenque, pour les trois prochains mois dans une petite ‘tienda’ qui vend notamment des bijoux et elle s’en va dès demain vers les Etats-Unis pour compléter un peu les revenus et y faire la récolte du cannabis… a priori en toute légalité! De toute évidence, les flux de baroudeurs convergent vers ces lieux majestueux chargés d’histoire.

Dans nos têtes, les scènes des conquêtes mayas défilent encore quand nous entrons dans le bus de 15h qui nous emmène à San Cristobal de las Casas. Une heure après le départ, le bus s’arrête un long moment sur le côté. 30 minutes plus tard, le chauffeur se résigne à faire l’annonce fatidique : panne mécanique, le bus n’ira pas plus loin. Plusieurs options d’offrent à nous. Option 1 : attendre le mécanicien qui fait le trajet dans l’autre sens et qui arrivera dans 8h. Option 2 : attendre le bus de la compagnie qui fait le trajet dans l’autre sens pour revenir à Palenque et prendre un autre bus. Option 3 : se débrouiller avec les camionnettes qui passent sur la route pour retourner à Palenque au plus tôt par petits groupes et voir avec la compagnie par quel moyen repartir au plus tôt. Nous retenons tous l’option 3 dans l’espoir de repartir rapidement vers notre destination. Serons nous redirigés vers les autres bus de nuit ? Y reste-t-il de la place ? A bord de la benne de notre camionnette, nous sommes de retour à Palenque à 18h. Tout se passe finalement très facilement puisqu’un nouveau bus, réservé spécialement pour nous, nous attend pour réamorcer le trajet dès 18h30. Par contre, la route sur laquelle nous nous élancions pour un trajet de 5h-6h n’est empruntée que de jour par les bus pour des raisons de sécurité. Du coup, c’est dorénavant un trajet de 9h qui nous attend. Nous nous en sortons donc avec un retard de 6h et une arrivée à Palenque à 3h du matin. Mais tout est rentré dans l’ordre et nous l’avons vraiment bien pris. Le coup de la panne ne nous était pas encore arrivé une seule fois durant le voyage donc l’expérience nous a paru comme inévitable.

Après une courte nuit, nous partons arpenter les ruelles de la belle cité coloniale de San Cristobal de las Casas, baignée dans la fraîcheur des montagnes alentours. Ses maisons colorées, l’empreinte du mouvement zapatiste, les Coccinelles Volkswagen garées à tous les coins de rues et son ambiance à deux vitesses la caractérise. Quelques rues piétonnes très centrales sont particulièrement touristiques, puis, un gradient d’authenticité croit au fur et à mesure que l’on s’en éloigne et qu’on se rapproche des montagnes. Les villages indiens de San Juan Chamula et San Lorenzo Zincantan en témoignent.L’église de San Juan Chamula renferme une atmosphère toute particulière qui ne transparaît pas de l’extérieur.

Eglise de San Juan Chamula

Dans ce lieu chrétien, c’est San Juan Bautista, celui qui a baptisé Jésus, qui reçoit tous les honneurs. Nous sommes bel et bien dans une église, mais l’ambiance qui y règne ressemble davantage à une cérémonie bouddhiste ou hindouiste du fin fond de l’Himalaya. A peine entrés, tous nos sens sont en éveil : une multitude de bougies scintillent et dansent devant nos yeux ébahis, l’odeur des aiguilles de pins éparpillées au sol monte jusqu’à nos narines et quelques indiens Tzotziles venus se recueillir jouent délicatement d’instruments à percussion qui titillent nos oreilles. Avec tous ces lampions, il y fait même chaud, contrastant complètement avec l’ambiance austère que nous connaissons de nos églises. Les indiens du Chiapas y viennent se recueillir, seul ou en famille, s’installant par terre au milieu des aiguilles de pins et disposant méthodiquement une ribambelle de bougies au sol. Les prières vont bon train et parfois un coq accompagne les pèlerins. Il est comme bénit avant qu’on ne lui torde finalement le cou. Tout un rituel. Nous qui n’avons pas vraiment l’habitude de fréquenter les églises, nous sommes scotchés et absorbés par cette atmosphère toute particulière. Un peu malgré nous, nous voilà complètement apaisés. Nous nous prenons à méditer sur notre voyage et notre parcours jusqu’ici… à 2 jours de notre départ du Mexique, cette halte spirituelle tombe à pique!

Dans les ruelles de San Cristobal de las Casas

Il est temps de se remettre une dernière fois en route pour rejoindre Mexico, d’où nous amorçons déjà un premier retour vers la France… pas si vite, nous faisons halte en Guadeloupe pour l’étape ultime du voyage. Un combo de transports et escales en tout genre nous attend : 20 juillet, 15h de bus pour rejoindre Mexico, et le petit hôtel où nous passons la nuit à côté de l’aéroport de Mexico ; 21 juillet, vol de Mexico à Miami, suivi d’une escale de 16h. Nous posons notre campement dans une petite salle recouverte de moquette, à l’étage de l’aéroport. Un autre voyageur s’y installe pour passer la nuit. C’est parfait, nous sommes trois, bien au calme. Deux heures plus tard, c’est l’invasion! Plein de groupes viennent s’installer dans un joyeux vacarme, sans intention réelle de dormir incessamment sous peu. 22 juillet, vol de Miami à Pointe-à-Pitre. Quinze jours de vacances chez nos copains guadeloupéens nous attendent avant l’ultime étape, le retour. Stéphane, Célia, Steve et Chloé, on arrive, préparez l’apéro!

En chiffres :

– 12 plongées (10 en mer des caraïbes et 2 en cenotes)

– 1 certification PADI Open Water Diver

– 1 centaine de Requins-baleines rencontrés en snorkeling

En images :

Par Monts et Quetzal jusqu’à Tikal

12 juin, nous quittons définitivement Quetzaltenango pour nous élancer vers le nord et ce qui sera très certainement le dernier passage montagneux de notre voyage. Nous allons traverser la cordillère des Cuchumatanes qui constitue le cœur des hautes terres du Guatemala. Comme nous avons pu le constater à plusieurs reprises, les montagnes sont souvent le refuge des traditions. Dans les vallées et plateaux des Cuchumatanes, la culture maya est encore très présente et les touristes sont rares, ce qui fait au moins deux bonnes raisons d’aller y jeter un œil. Ce serait aussi un paradis de la randonnée si nous n’étions pas en saison des pluies… Le nom de notre première étape sonne bien et annonce la couleur : Todos Santos Cuchumatan! Depuis ‘Chéla’, il nous faudra en tout et pour tout 5h de bus pour y parvenir. Environ 1h avant d’arriver à Todos Santos, nous traversons un plateau situé à environ 3 200 m d’altitude. Nous retrouvons ici des paysages familiers où les herbages tondus raz par les moutons disputent la place aux genévriers rabougris et aux champs de roches. Les myriades d’agaves qui ponctuent cette mosaïque rappeuse ajoutent un peu de piquant et d’exotisme au tableau. Le tout est baigné dans une belle brume, épaisse et mobile, qui donne la touche finale à ce paysage de highlands à la sauce guatémaltèque. Après avoir traversé le plateau, nous redescendons dans une vallée encaissée pour rejoindre le village de Todo Santos, mais nous nous accordons rapidement sur l’idée de revenir sur le plateau ensuite, pour découvrir cette zone qui nous a tapée dans l’œil. La première soirée au village est essentiellement consacrée à dénicher un endroit ouvert pour manger, nous sommes dimanche. Le comedor de Katy, petit buibui qui donne toutes les garanties d’une expérience authentique et locale, deviendra notre petite cantine officielle. Outre la cuisine délicieuse et bon marché, nous sommes généralement seuls avec les mamy qui sont aux fourneaux. Nous pouvons ainsi nous adonner librement à des parties de Yam endiablées sur la terrasse abritée qui donne sur la place principale du village.

Le lendemain matin, la même place, parfaitement déserte et triste quelques heures auparavant, s’est remplie d’une foule nombreuses et colorée. Todos Santos est un village maya « Mam » et la majorité des habitants portent encore les costumes traditionnels. Là où ils se distinguent, c’est que ce sont les costumes des hommes qui sont les plus originaux. Tous les hommes de 7 à 77 ans sont habillés de la même manière : pantalon rouge à rayures blanches, chemises blanche à rayures colorées ornée d’un col brodé et chapeau cerclé d’un ruban bleu. Le choix des chaussures étant laissé à la discrétion de chacun.

Costume traditionnel des hommes de Todos Santos Cuchumatan

Perchés depuis notre terrasse, nous sommes les heureux spectateurs d’une scène grandeur nature de « Où est Charlie? » Nous passons deux jours à Todos Santos pour nous imprégner de l’ambiance « maya mountain » et nous reposer un peu. Pas de vraie randonnée au programme cette fois-ci. Il y avait bien la Torre, plus haut sommet non volcanique du Guatemala qui culmine à 3837m. Mais après avoir bien réfléchi on s’est dit qu’on avait assez donné. L’ascension de la Torre suppose de se lever très tôt, de faire 1h de bus, de monter au moins 2h sur une montagne raide pour « espérer », peut être, jouir d’une vue imprenable une fois arrivé en haut. On connaît la musique et comme on connaît aussi le dicton qui dit « jamais 2 sans 3 » on a décidé de laisser la Torre tranquille dans les nuages! Le temps exécrable du deuxième matin nous aura d’ailleurs donné raison et nous nous sommes félicités ce jour-là d’être restés raisonnablement au chaud. Une petite promenade de 2h autour du village nous aura suffit, histoire de se dégourdir un peu les pattes.

Après cette introduction à la vie des mayas en montagne, nous revenons un peu sur nos pas pour retrouver le plateau d’altitude qui avait retenu notre attention lors de notre passage. Cap sur Chiabal, petit village Mam du plateau des Cuchumatanes, qui a mis sur pied un programme de tourisme communautaire alléchant. Au programme, hébergement et repas chez l’habitant avec la possibilité de participer aux travaux quotidiens de la famille et de la communauté. On avoue, l’activité « rassemblement des lamas et des moutons » nous a décidés.

Des lamas jusqu’au Guatemala

Arrivés à Chiabal, nous nous dirigeons vers la seule échoppe du village pour essayer d’en savoir plus. Après plusieurs échanges confus et incompréhensibles (ici tout le monde parle le Mam, l’espagnol étant relégué au second rang), on nous dit que quelqu’un va venir nous chercher, nous n’avons qu’à attendre ici. 5 minutes plus tard, le Senor Esteban débarque et nous embarque avec lui. Petit topo sur le programme de tourisme communautaire. Nous sommes partants et il appelle dans la foulée les deux familles actuellement actives. Pas de chance, les places sont occupées… C’est embêtant, ça nous bottait bien. La solution de replis est vite mise sur pied. Si Chiabal et ses lamas ne veulent pas de nous, nous irons donc à Tuycoy. Ce petit village est plus petit, plus isolé, plus haut en altitude et argument de poids pour nous, il n’y a pas d’électricité à Tuycoy. Formidable, vendu! Adieu les lamas de Chiabal et bonjour aux patates de Tuycoy. Nous allons vite le vérifier, la patate est la raison de vivre de Tuycoy. Il est midi, un minibus passera nous prendre vers 15h30, le chauffeur est prévenu. Quelle organisation, c’est presque louche! 15h30, pas de bus. 16h, rien. On se disait bien que c’était louche. Nous mettons une croix sur le minibus fantôme et nous mettons en quête d’un plan B. Un peu avant 17h nous montons dans un Chicken Bus qui passe dans le bon sens. En principe, il va à Tuycoy ou à côté, enfin pas loin, c’est déjà ça. Nous quittons rapidement la route asphaltée pour des bouts de pistes ravinées qui s’élèvent un peu en altitude à travers des pâtures verdoyantes. Les paysages ont décidément un air de famille avec ceux que nous avons traversés sur l’Altiplano andin (Chili et Pérou). Après une bonne heure, nous arrivons en approche de Tuycoy sans bien savoir si le bus va y passer ou s’y arrêter. Le chauffeur tente de nous raqueter discrètement l’équivalent de 10€ pour nous déposer dans le village. Nous refusons, à ce prix, nous allons marcher, puisqu’il paraît que ce n’est pas loin. Bingo! 200m à peine après avoir quitté la piste principale nous voilà au cœur du village de Tuycoy devant la maison de notre hôte Sebastian Jeronimo Pablo qui nous attendait. Nous sommes arrivés, aleluha! Depuis le début de notre voyage, c’est une constante et nous savons désormais qu’il s’agit d’une loi universelle : on ne sait jamais quand on arrivera mais on sait qu’on arrivera.

Nous prenons nos quartiers au rez de chaussée dans une pièce qui sert visiblement à égorger moutons et cochons au vu de la corde qui pend au plafond et de la couleur du béton au sol. Il y a un lit dans le coin. La maison semble assez récente, elle est spacieuse et remplie de grands espaces vides. Dans certaines pièces, il y a peu ou pas de meubles. Le soir, pendant que nous dînons avec la famille autour du poêle à bois, Sebastian nous explique qu’en réalité il s’agit de la maison de son fils aîné. Sebastian a 6 enfants dont 2 ont émigré aux Etats-Unis, un fils et une fille. Ils ne reviennent jamais au village et ils ne reviendront pas au Guatemala. La maison c’est un peu un cadeau aux parents restés au pays. Deux des filles de Sebastian y dorment et l’ensemble de la famille y prend les repas mais Sebastian a gardé sa baraque en bois derrière, c’est sa maison. Entre eux, ils parlent leur langue natale, le Mam, qui à nos oreilles novices sonnent assez proche de l’hébreu. Les enfants apprennent d’abord le Mam à la maison ; l’espagnol, langue officielle du pays, ils l’apprendront ensuite à l’école.

Tortillas a la mano

Le lendemain matin, nous nous levons tôt pour aller explorer un peu les alentours. Le temps est dégagé et on sait que la brume envahira le petit vallon à la mi-journée. Depuis 5h30 du matin, les hommes sont aux champs. A Tuycoy, tout ce qui est cultivable est cultivé! La patate est partout, même dans certains affleurements rocheux où on ne l’attend pas. C’est la seule chose qui pousse à cette altitude et avec ce climat. Tous les espaces qui ne sont pas cultivables sont laissés au maigre appétit des moutons. Depuis une semaine, les campesinos de Tuycoy butent les patates. Tout est fait à la main. C’est incroyable la quantité de personnes que l’on voit dans les champs. En comparaison, la surface agricole qui fait vivre une centaine de familles serait à peine suffisante à un paysan français. Lester Eliseo, le dernier petit fils de Sebastian a tenu à nous accompagner dans notre petite visite. Il a 4 ans et il est vaillant (comme Kirikou), même si les montées le fatiguent un peu. Nous traversons une belle campagne toute affairée à ses patates. Le secteur est très peu fréquenté par les touristes. Nous sommes littéralement dévisagés par certaines personnes sur le chemin. D’autres s’amusent de voir le petit Mam sur nos épaules. Une dame nous a quand même demandé si c’était le nôtre, toute sourire! Il y a longtemps que nous n’avions pas vu ça. La dernière fois, c’était peut être bien en traversant les villages Limbu au pied du massif du Kanchenjunga, au Népal.

Tuycoyg, papas paraiso!

Nous rencontrons quelques paysans avec lesquels nous discutons aux détours de nos promenades champêtres. Ils sont très curieux et assez flattés finalement que l’on vienne de France jusque chez eux, même si en réalité ils ne comprennent pas trop, il faut le dire. Ils veulent savoir ce qu’on cultive chez nous? Et aussi, qu’est-ce qu’on mange? Est-ce qu’il y a des moutons? D’autres animaux? On les sent aussi étonnés que déçus quand on leur explique qu’il pousse et qu’il s’élève chez nous à peu près les mêmes plantes et les mêmes animaux qu’ici. La seule chose qui semble les chagriner c’est que les ananas et les mangues y sont absents! C’est comme ça que nous avons fait la connaissance de Tomas Matias, campesinos de Tuycoy. Nous l’avons rencontré au bord de son champ, nous avons discuté de tout et de rien, de patates et de la France, et puis de fil en aiguille, nous nous sommes retrouvés chez lui. Comme il aime bien les photos, nous leur proposons de faire une photo de famille. C’est un grand événement. Un mélange de pudeur, de curiosité et de joie débridée. Les adultes sont excités comme des petites filles et les petites filles on en parle pas! Quelques hésitations encore, c’est maintenant au jamais! Les derniers observateurs discrets se précipitent. Tout le monde s’apprête dans la hâte. Clic, c’est parti! Difficile de décrire l’ambiance de fous rires qui s’en suit. Seul un jeune, d’à peu près notre âge, est resté à l’écart. Trop jeune pour avoir le recul des parents et trop vieux pour jouer comme les enfants. Il boude la photo mais nous rattrapera en courant pour nous crier le nom de son joueur de foot préféré : Benzema. Tant pis, il ne sera pas sur la photo, il regrette déjà.

Photo de famille

Le village et ses habitants sont attachants mais les conditions y sont rudes et le mélange quotidien de pluie et de brume nous immobilise les après-midi. Le dernier matin, la vue dégagée sur le Tajumulco est un grand soulagement, même le Tacana est découvert. Nous avons la preuve que c’est possible. Le troisième jour, nous quittons Tuycoy en milieu de journée pour remonter encore vers le nord. Nous arrivons à San Mateo Ixtatan en fin de journée sous une pluie battante. Pour nous, l’étape est importante. C’est ici que nous quittons le froid, l’altitude et les montagnes dans le même temps. Une partie du voyage en relief se termine ici. Comme nous ne sommes pas doués pour les adieux, nous quittons les lieux rapidement le surlendemain de bonne heure, sur la pointe des pieds, un peu comme des voleurs finalement.

Chicken bus à San Mateo Ixtatan

Il nous faudra 3 bus différents et environ 11h30 de trajet pour rejoindre notre prochaine étape. Nous sommes très nettement redescendus à la fois en termes d’altitude et vers le sud aussi. Ce petit détour, tout simplement pour pouvoir admirer le Quetzal resplendissant, oiseau rare au plumage flamboyant qui vit dans la forêt de nuages. C’est aussi un emblème national puisque le Quetzal a donné son nom à la monnaie guatémaltèque. Dès le premier soir, un beau mâle vient se percher dans les arbres qui entourent notre logement. Un bien bel accueil. Le lendemain matin, nous sommes levés aux aurores au moment où l’activité des oiseaux est la plus forte. A peine sortis de la chambre, le spectacle est lancé. Pendant presque 2 heures, ce sont au moins 4 quetzals qui se relaieront pour nous saluer depuis la canopée. Pour nous, c’est mission accomplie, une belle coche comme on dit. Vu que le logement est cher et qu’il pleut, nous faisons ce que nous ne faisons jamais, nous partons sur le champ après le petit déjeuner. Une halte très rapide donc, après laquelle nous remontons vers le nord.

Quetzal resplendissant… « Yo lo vi! »

Dans l’après-midi, nous arrivons à Lanquin où nous dénichons un petit hôtel cosy en bord de rivière. Nous retrouvons la chaleur et le soleil. C’est la basse saison alors il pleut souvent, c’est la mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle c’est que si nous restons une nuit, la deuxième nuit est… offerte! Muy bien, on va rester deux nuits dans ce cas! Une fois installés, nous nous dirigeons vers les grottes de Lanquin, non loin, où nous passerons la fin de l’après-midi et un bout de la soirée. Nous parcourons l’immense réseau de cavités, seuls, sans guide, à la seule lueur de nos frontales. Certaines salles sont immenses. Au plafond des stalactites démesurés, au sol, des flaques, des stalagmites et parfois des trous à la profondeur insondable. C’est ici, dans les abysses des grottes que le Rio Lanquin prend naissance. Dans certaines salles, le bruit de l’eau nous parvient, très net, sous nos pieds. Le plafond est habité par des centaines de chauve-souris. Il n’y a personne dans les grottes pendant notre visite. Nous sommes seuls avec nos torches et le bruit de nos pas, l’ambiance est assez flippante à vrai dire, c’est très impressionnant.

Habitants des grottes de Lanquin

Vers 18h nous nous postons à la sortie des grottes, à l’endroit où le Rio Lanquin se libère puissamment de la roche. Le site est en effet connu pour observer la sortie de gîte des chauve-souris. A 18h30 pétante, le spectacle commence, c’est saisissant. Bientôt, la roche éjecte une quantité équivalente de chauve-souris et d’eau, ça fuse. Le flot est continu et grossit même au fur et à mesure. Il semble ne jamais devoir s’arrêter. Notre petite séance privée est un peu gâchée par la présence d’un groupe de touristes américains en tour organisé. Ils sont stupides, l’effet de groupe n’aidant en rien, et ils sont accompagnés de guides en carton ce qui décuple leur stupidité. Les guides en question enjoignent la petite troupe de blaireaux à essayer de capturer les chauve-souris avec leur tee-shirt… C’est déconcertant de bêtise. Rageant. Heureusement, cette mauvaise blague prend vite fin. Après une première remarque de notre part, une autre touriste américaine solitaire (oui, il y a des exceptions) leur demande d’arrêter tout de suite pendant que Clémentine (dont la vocation d’éco-terroriste s’affirme de jour en jour) les aveugle sauvagement avec sa frontale braquée dans leurs yeux. Ils n’ont pas l’air de bien comprendre ce qui leur arrive mais ils obtempèrent, un peu ébettés.

Nous rentrons sous la pluie jusqu’à notre hôtel. Sur le chemin les 4X4 de la troupe d’idiots nous dépassent. Ils proposent de nous ramener. « Ça ira, merci », on préfère marcher (crever) plutôt que de rentrer en voiture (avec des cons pareil)! Arrivés à l’hôtel, pas de chance, ils ont atteri ici aussi… Tant pis, on va se coucher. C’est une très belle journée tout de même, on ne va pas leur laisser l’occasion de gâcher notre soirée!

Après une journée consacrée à regarder la pluie tomber, nous nous rendons sur le site de Semuc Champey à 10km seulement du village. Une belle promenade dans la forêt, avec en prime, une séance barbotage dans les eaux fraîches et transparentes des bassins turquoises de Semuc.

Semuc Champey

Après cette pause détente en forêt, nous reprenons la route pour remonter tout au nord du pays, dans la région du Peten, où nous avons prévu de faire halte avant de passer au Belize puis au Mexique. Le trajet est long mais nous arrivons. Nous posons nos valises à Flores qui a la réputation d’être un repère à touristes. Ville bondée, dédiée à la fête où tout est hors de prix. Nous découvrons un petit village tout endormi au milieu de l’eau. C’est comme si la ville avait été victime de son sucés, tout le monde s’arrête désormais à El Remate situé un peu plus loin sur la rive du lac Peten Itza. Les touristes sont absents, il ne reste que les rabatteurs en tout genre qui doivent crever la dalle et qui vont bientôt par finir par trouver un autre casse-croûte. Nous ne passons qu’une nuit sur place. Notre véritable objectif se trouve à environ 1h30 de Flores à l’Est. Nous nous rendons à Tikal, belle cité Maya cachée dans la jungle. Nous avons prévu de dormir sur place la veille pour être prêts à l’ouverture du site le matin, espérant ainsi devancer les hordes de touristes qui débarquent en masse vers 7-8h du matin. Vers 14h lorsque nous arrivons sur place, nous découvrons avec surprise que la règle a changé. Nous pensions pouvoir entrer sur le site le jour même en fin de journée et visiter le site une seconde fois le lendemain matin. Ce n’est plus possible, la règle a changé il y a 3 mois. Une entrée et une seule, si nous entrons aujourd’hui, notre billet ne sera plus valide demain matin. Le guide avec lequel nous discutons à l’entrée du site nous dit que l’après-midi c’est plus tranquille et que la lumière est bonne. Il nous reste environ 4h devant nous, c’est suffisant, nous allons visiter Tikal cet après-midi. Le temps de poser nos affaires au camping, nous pénétrons dans une jungle épaisse, prêts pour un voyage dans le temps.

Acropole nord de Tikal

Effectivement, le site est très calme. Nous sommes souvent seuls pour découvrir les différents complexes architecturaux. Les temples et autres constructions sont presque aussi beaux que le cadre dans lequel nous évoluons. La jungle met en valeur les monuments que l’on découvre presque à chaque fois au dernier instant. Le panorama depuis le 4ème temple est saisissant : de la forêt à l’infini et à 360°. Seules les têtes des autres temples s’élancent de la mer verte pour signaler leur présence, rappeler qu’une civilisation autrefois puissante a façonné et dominé ce territoire pendant presque 2 millénaires.

Du haut du temple IV

Et puis la forêt c’est aussi la vie. Les Atèles (ou singes-araignées) nous rendront visite à plusieurs reprises, se promenant avec une aisance déconcertante dans la canopée qui nous couve. Nous sommes plongés au cœur d’un concert superbement orchestré, les musiciens et leurs instruments alternent les uns après les autres et nous sommes gratifiés de jolis solos. Aussi les hurlements des singes laissent finalement place à un concerto matinal de cigales, suivi des oiseaux. Tikal est une très belle découverte. On nous avait décrit quelque chose de très fréquenté, on en est très loin en réalité. Demain, nous serons au Belize, au Mexique pourquoi pas. Nous avons presque une semaine d’avance sur notre programme prévisionnel mais le soleil, la chaleur et les innombrables possibilités de baignade nous appellent.

Notre dernière nuit au Guatemala est une nuit blanche. Sous la toile de tente, la chaleur est atroce, on suffoque. Nous sommes très contents de notre tente pour la montagne mais pour la forêt tropicale c’est une catastrophe! Au bout de 2h30, on craque, on ouvre la moustiquaire. Et comme la moitié des moustiques de Tikal nous guettaient depuis un moment, ils n’hésitent pas une seule seconde et se jeter sur nous. Pendant le reste de la nuit nous ferons semblant de dormir, résignés dans notre rôle de casse-croûte à moustiques. Le seul réconfort viendra des hordes de singes hurleurs dont le concert nocturne nous aura tenu compagnie. Très impressionnant.

Nous avons prié pour qu’il arrive et il a fini par arriver : le jour. Les sacs sont déjà prêts. Un minibus arrive, nous montons, direction le Belize et le Mexique.

En images:

Guatemala, des volcans en veux-tu? En voilà!

30 mai, nous quittons la Colombie et l’Amérique du Sud par la même occasion. Direction le Guatemala que nous rejoignons directement en avion. Nous aurions préféré poursuivre notre progression vers le nord par des moyens doux (bus et bateau) mais il fallait choisir entre passer du temps à « remonter » ou profiter du Guatemala à fond. Nous avons opté pour la seconde option : 1 mois au Guatemala! C’est la première fois depuis le début de notre voyage que nous ressentons la contrainte du billet retour dont la date est connue, fixe et non modifiable. La durée de voyage de 1 an nous convient très bien et nous serons heureux de rentrer mais en se projetant un peu, nous aurions peut-être eu besoin de 2 mois supplémentaires pour explorer l’Amérique centrale à notre rythme. On ne va pas se plaindre non plus!

A l’aéroport de Barranquilla, nous avons droit à une bonne surprise. La compagnie aérienne nous explique que nous avons payé trop cher nos billets. Nous sommes remboursés sur le champ d’environ 60 € et pendant quelques secondes nous redevenons des joueurs de Monopoly, « passez par la case aéroport et recevez 60 € ». C’était une carte chance, une vraie celle-ci. Nous sommes dans de bonnes dispositions et le voyage se déroule très bien malgré les 2 correspondances un peu speed. Le soir même, nous rejoignons la ville d’Antigua, à l’ouest de la capitale du pays, Guatemala Ciudad.

Antigua, capitale des ruines religieuses

Belle ville coloniale, Antigua fut la capitale du Guatemala et d’Amérique centrale pendant presque 200 ans avant d’être désertée par les espagnols qui décidèrent de déplacer la capitale suite à un tremblement de terre dévastateur. L’ambiance y est très agréable et nous passons une journée à visiter la ville. Les rues sont parsemées d’édifices coloniaux, d’églises et de couvents dont la majorité se présentent à l’état de ruines consolidées. Autour, les volcans Agua, Fuego et Acatenango protègent la cité autant qu’ils la menacent. Après avoir pris quelques renseignements sur internet, nous mettons sur pied une petite expédition en autonomie vers le volcan Acatenango. Culminant à 3 973 m, c’est le 3ème plus haut sommet du Guatemala et d’Amérique centrale. Depuis le sommet, nous devrions avoir une vue imprenable sur son voisin : le Fuego, actuellement en activité.

Nous ne perdons pas de temps et dès le lendemain nous sommes en route. Les trajets en bus locaux se goupillent très bien et 2h après avoir quitté Antigua nous amorçons la montée, il est 10h. Au départ, il y a deux autres groupes avec guides que nous devançons rapidement. 1 300 m de dénivelé nous attendent, c’est parti! Au début, le sentier monte tout droit au milieu des champs de maïs, puis nous traversons une forêt de nuages qui, noyée dans la brume, porte bien son nom. Vers 3 100 m, la forêt de nuages cède la place à une forêt de résineux plus ouverte. C’est raide et le sac est bien chargé. Nous sommes autonomes en eau pour 2 jours, soit 6 litres chacun. Après le presque zéro de la côte caraïbe, nous craignons un petit mal d’altitude alors nous avons usé de notre drogue d’altitude : le Diamox. Nous progressons bien, de temps en temps, nous sursautons en entendant une détonation. On s’attend à voir arriver l’orage ou une avalanche, au choix, ou les deux combinés. Vers 3 600 m, nous sortons de la forêt en même temps que nous quittons les nuages. Le sommet de l’Acatenango est en vue, demain matin nous avons rendez-vous tous les 3. Nous passons sous le sommet, en traversant un champ de scories. Le paysage est lunaire, en dessous, les nappes de brumes en mouvement rehaussent le côté surréaliste. Encore quelques minutes de marche et nous arrivons en vue du campement et du volcan Fuego qui se laisse observer quelques instants. Plus nous nous approchons, plus les détonations sont fortes. Au milieu des nuages blancs moutonneux, une gerbe sale monte à la verticale à une vitesse impressionnante. Quelques secondes après l’image, le son : BAAOUUMMM!! Ça pète fort. Très impressionnant. On va dire que c’est pour nous souhaiter la bienvenue et nous féliciter. Il nous aura fallu 3h30 pour atteindre le campement, c’est pas si mal. Le trek de la Ciudad Perdida aura été utile pour nous remettre en jambes. Comme nous sommes les premiers, nous choisissons librement notre emplacement, avec une belle vue et à l’abri du vent. La tente tout juste montée, le temps se gâte, le ciel se bouche, le blanc nous submerge et inexorablement la pluie suit. Depuis l’intérieur de la tente, les détonations sont encore plus terrifiantes, surtout quand l’orage s’en mêle. C’est l’apocalypse. 3h après notre arrivée, nous sommes toujours seuls au campement. Mais où sont les groupes que nous avons doublés? Ce bruit, c’est l’orage ou bien une éruption de l’Acatenango? Sa dernière éruption date de 2006, après tout ce n’est pas si vieux et puis quand on voit son jumeau débordant d’activité juste à côté, forcément, on se pose la question. Coincés dans la tente, on attend. Comme prévu, un léger mal de tête s’installe, nous sommes à 3 700 m d’altitude.

Soudain, une détonation monstrueuse retentit, la toile de tente se tend sous le souffle de l’explosion. On se précipite dehors, la pluie vient de s’arrêter et les nuages ont desserré leur étreinte. Le volcan Fuego est désormais libre de s’exprimer au grand jour et il gronde sa joie sans retenue! Un panache gigantesque s’élève dans les airs, le noir, le blanc et le rouge se mêlent. Nous sommes scotchés.

Volcan Fuego en action

Quelques secondes après ce coup de semonce magistral, des voix nous parviennent. Des français? Non des Québécois. Un groupe enfin! Nous sommes partis seuls pour être tranquille c’est vrai, mais nous sommes heureux de voir arriver quelqu’un. Nous passerons une bonne partie de la soirée avec eux autour du feu construit par leur guide Timoté qui nous accueille sans souci dans le cercle.

Toute la soirée, nous aurons droit à un véritable spectacle pyrotechnique. Dans l’obscurité, la lave est nettement plus visible que pendant l’après-midi, d’ailleurs, on ne voit plus qu’elle à la fin. Ça explose et ça gicle dans tous les sens. A chaque nouvelle détonation, le cœur bondit dans la poitrine et on se retourne pour admirer le volcan comme si on avait oublié qu’il était là, juste à côté de nous. La distance est idéale, nous sommes vraiment aux premières loges. Depuis le campement, nous sommes à environ 2 km à vol d’oiseau du cratère du Fuego. Assez prêt pour en prendre pleins les yeux, sans trop de dangers (a priori). Nous sommes fourbus, nos pieds et nos nez sont gelés mais nous ne pouvons pas aller nous coucher, le volcan nous hypnotise. Et puis entourés de québécois autour d’un feu, la veillée n’est que plus gaie. Cela fait environ 10 mois que nous voyageons mais nous n’avions rien vu de tel jusqu’à maintenant, c’est fabuleux. Nous nous arrachons au spectacle vers 21h30 ; le lendemain matin nous devons nous lever tôt pour gravir les 300 derniers mètres qui nous séparent de la « cumbre » (le sommet).

De nuit, le volcan brille

3h30 du matin, nous nous extirpons des sacs de couchage et nous nous mettons en marche à la lueur de nos lampes frontales. Environ 1h plus tard, nous atteignons le sommet : 3 973 m. Ça caille! Nous ne regrettons pas nos affaires chaudes et notre matériel de camping. Alors que nous maudissions ce poids mort, tout cet attirail hors sujet, dans les caraïbes, nous nous félicitons d’avoir finalement tout garder. De notre point de vue, nous dominons le volcan Fuego qui nous a réveillé quelques fois pendant la nuit. Dans l’aube naissante, il nous offre encore quelques belles éruptions de lave. Quelques minutes plus tard, le soleil se lève. Du haut de nos 3 973 m, nous avons une vue imprenable sur les environs. Au nord ouest, les silhouettes des volcans qui bordent le Lac Atitlán nous font de l’œil.

Il est temps de rentrer. Nous retournons au campement, les québécois nous ont laissé leurs braises, juste ce qu’il faut pour faire un thé. Nous plions la tente et descendons. La descente va très vite (elle nous laissera d’ailleurs de belles courbatures). Nous arrivons à Antigua en milieu de journée et l’après-midi sera finalement dédié à une sieste d’anthologie, nous sommes rincés et il faut dire que le réveil était matinal…

Volcan Agua, proche voisin

Le lendemain, nous nous mettons en chemin pour rejoindre le Lac Atitlán et les volcans qui le bordent. Après les avoir observé à distance, nous décidons d’aller les examiner de plus prêt avec l’idée d’en grimper un ou deux. Nous posons nos valises à San Marcos de la Laguna sur la rive nord-ouest du lac. Très vite, nous nous rendons compte que brume et nuages ont élu leur domicile sur les volcans. Ils se laissent vaguement apercevoir très (très) tôt le matin pour ensuite passer le reste de la journée la tête dans les nuages. Quant au petit village de San Marcos, il pourrait bien ressembler à la Mecque du yoga. On pratique ici des retraites de méditation, on mange bio et on se tartine d’huiles essentielles aux vertus multiples, le tout embaumé d’une douce odeur de printemps. C’est un repère de hippie vous l’aurez compris. Comme nous sommes bien installés et de bonne composition, nous nous prêtons au jeu et rejoignons le groupe de yoga de notre petit hôtel. A notre grande surprise, nous sommes ravis et nous en redemandons. Au bout de 2 séances, les salutations au soleil n’ont plus de secret pour nous.

Volcans Atitlán et Toliman au bord du Lago Atitlán

Comme les volcans semblent bien décidés à garder la tête dans les nuages, nous les laissons tranquilles et changeons un peu nos plans. Attirés par une coopérative de tisserandes Mayas, nous préférons visiter le village de San Juan de la Laguna, situé à seulement 10 minutes en lancha (barque) de San Marcos. Gérée par quelques femmes de la communauté, la coopérative rassemble quelques 150 femmes Mayas des environ. Nous avons droit à une démonstration complète, depuis le filage du coton au tissage à proprement parler, en passant par les techniques de teintures. Nous passons un bon moment en bonne compagnie, elles ont le temps et nous aussi.

Atelier des tisserandes de San Juan la Laguna

Nous terminons la visite de San Juan par une découverte tout aussi complète du style de peinture local : la vista del Pajaro. Dans les années 40, un peintre Maya originaire de San Pedro (village d’à côté) a commencé à représenter des scènes de la vie locale vues du haut. Depuis, de nombreux disciples ont pris la relève et apporté leur touche. Noé, le peintre que nous avons rencontré expose et vend ses toiles jusqu’en Italie.

« A vista de pajaro »

San Marcos est un véritable repère de voyageurs égarés. Pour preuve, le sympathique restaurant japonais que nous avons rapidement adopté comme cantine du soir est tenue par une japonaise déjantée qui avait « échouée » ici il y a 10 ans. Fauchée, elle a décidé de vendre des sushis et elle est restée. Bref, nous passons notre dernière soirée à manger des sushis dans notre repère en bavardant avec un couple de voyageurs-artisans français. Le principe est simple, leur vie est faite de voyages qu’ils financent en fabricant et en vendant de l’artisanat. Si si, ça marche. Comme nous sommes un peu frustrés par les volcans du Lac Atitlan, nous ne tardons pas davantage et filons rendre visite à ceux qui entourent Quetzaltenango, plus à l’ouest.

Après un voyage en bus un peu chaotique, nous arrivons à bon port. Nous voilà à Quetzaltenango ou « Chéla » comme tout le monde l’appelle. Chéla devrait être notre camp de base pour aller grimper sur les volcans des alentours. Nous avons jeté notre dévolu sur deux d’entre eux : le Santa Maria et le Tajumulco, point culminant du Guatemala et de l’Amérique centrale. Depuis le sommet du volcan Santa Maria, il est possible d’admirer les spectaculaires éruptions du Santiaguito son petit jumeau survolté. A peine arriver à Chéla, nous commençons les préparatifs, nous souhaitons grimper le Santa Maria dès le lendemain matin et en solo sur 2 jours comme pour l’Acatenango. Notre logeuse, qui a essayé de nous vendre un tour opérateur, nous questionne sur notre destination et ouvre de (très) grands yeux quand nous lui faisons part de notre plan. Un guide touristique qui passait par là se joint à la conversation et les voilà qui nous sermonnent, en cœur, sur le thème de l’extrême danger que nous encourons en partant sans guide. Nous sommes polis, nous écoutons. « Merci, c’est promis, on fera attention! ».

5h30 du matin, le réveil sonne, c’est parti, à nous les volcans. Nous nous mettons en quête du bus qui doit nous emmener au point de départ de la randonnée et, à 8h00, nous sommes sur le sentier sous un soleil radieux qui aura très vite raison de la légère brume qui baigne les champs que nous traversons. Les quelques locaux que nous croisons se proposent presque systématiquement comme guide. Nous déclinons gentiment, nous assurant seulement que nous sommes bien sur le bon chemin. Depuis le volcan Santa Maria, il existe deux possibilité pour voir les éruptions du Santiaguito : le sommet, naturellement, et un mirador situé sur le flanc ouest, plus bas. Il est tôt et nous décidons de faire les deux en commençant par le mirador. Nous finissons par le trouver après quelques détours, mais nous arrivons un peu tard et les nuages ont déjà recouvert le volcan. Du reste, il ne semble pas qu’il y est une grande activité, pas de bruit et pas de panache. Ce n’est pas grave, depuis le sommet, nous devrions avoir une belle vue dans la soirée si le temps s’améliore et dans le pire des cas, nous attendrons le lendemain matin pour la vue. C’est l’avantage de bivouaquer : en passant plus de temps sur place, nous avons en théorie plus de chances d’avoir de bonnes conditions d’observation. L’inconvénient, c’est que nous portons des gros sacs.

En rejoignant le sentier principal, nous croisons le guide touristique avec qui nous avions discuté la veille. Il descend avec deux clients. Ils ont passé 1h30 au sommet mais n’ont vu aucune éruption. C’est pas de chance. L’américain que nous avons croisé en début de matinée nous a assuré qu’il s’était régalé là-haut. Il avait campé au sommet tout seul. Qu’à cela ne tienne, si le Santiaguito daigne se réveiller nous serons aux premières loges. La montée est très raide et le chemin un peu technique. Il est 14h et nous sommes environ 200 m sous le sommet quand le temps se gâte. Ce n’est pas un peu de pluie, non, ce sont d’énormes nuages tout noir qui nous entourent. Tout va très vite, 10 minutes plus tard, nous sommes piégés dans l’orage. Nous trouvons une vieille souche pourrie que nous habillons d’un bout de poncho déchiré en guise d’abri. S’en suivent 2h30 d’attente parmi les plus pénibles que nous ayons connues. Le tonnerre donne de la voix, les éclairs sont partout autour de nous, ils nous cherchent. Quand un orage passe et s’éloigne, un compère lui emboîte le pas. Pas moins de 4 orages distincts nous passeront au dessus de la tête. Nous sommes trempés, frigorifiés, les membres ankylosés. Les mots ‘hypothermie’, ‘douche chaude’, ‘fait chier’, ‘j’ai froid’, sont apparus successivement et en boucle dans nos esprits pendant ces 2 longues heures. Il est 16h30 quand la pluie se calme alors que le dernier orage s’éloigne. Vu l’heure, 2 options s’offrent à nous : redescendre avant qu’il ne fasse nuit ou finir l’ascension et camper au sommet. Plus de pluie, plus d’orage, nous décidons de nous diriger vers le sommet. Arrivés en haut, nous découvrons un sommet tout petit, peuplé de rochers et de déchets. Ajouter à ce tableau déjà peu engageant un ultime orage en approche… voilà il faut se rendre à l’évidence, le site n’est vraiment pas idéal pour camper et les conditions non plus. Après tant d’aventures, il serait dommage de finir grillés comme des ‘cuy asado’. Un dernier coup d’œil en bas en direction du Santiaguito. Le cratère est bien visible, de la fumée s’échappe mais pas d’éruption en vue. Nous formulons une hypothèse pleine de bon sens, avec tout cette pluie, comme nous, il s’est noyé, voilà tout. C’est à regret que nous amorçons la descente à 17h15. Il faut savoir renoncer ; on le dit souvent mais on ne le fait pas souvent finalement. Cette fois il faut redescendre. Nous sommes vannés et nous savons que la descente va être compliquée : 1 400 m environ dans un sentier boueux que la pluie a transformé en torrent. Compter avec ça que nous allons terminer tout cela de nuit et qu’à l’arrivée, au village de Llano, il y a peu de chance qu’il y ait encore des bus… Une chose après l’autre. La descente d’abord. Elle s’avère à peu près aussi difficile que ce que nous avions imaginé. Quelques chutes et glissades plus tard, nous atteignons le village. Il est 19h30 et nous déambulons dans la rue sous le regard amusé des jeunes qui découvrent deux zombies, vêtus de ponchos jaune et violet, avec des frontales collées sur le front alors que l’éclairage public fonctionne. Première échoppe, on nous confirme qu’il n’y a plus de bus après 18h. Des taxis? Non. Ah… On attend un petit peu et le patron revient vers nous. Il a trouvé quelqu’un qui peut nous emmener en pick up. Martin sera notre homme providentiel, enfin une bonne nouvelle! 15h environ après avoir quitté notre auberge, nous sommes là, plantés devant la patronne, assez étonnée de nous revoir aussi tôt il faut le dire. Ça va, ça va, n’en rajoutons pas.

Volcan Santa Maria depuis San Francisco, toujours la tête dans les nuages

Comme nous sommes fourbus et un peu frustrés, nous décidons de faire une pause volcan. Il nous reste le Tajumulco en tête mais dans l’immédiat l’idée d’une virée sur 2 jours pour dormir sur un volcan nous rebute un peu. Nos chaussures ne sont même pas sèches. Nous nous accordons une petite pause avec une activité plus cool : visite de marché. Depuis Chéla, nous sommes à moins de 20 km de San Francisco el Alto, village dans lequel se tient le plus grand marché du Guatemala, également considéré comme le plus authentique. Nous allons voir ça. Une petite heure de Chicken Bus plus tard, nous posons les pieds dans le paisible bourg de San Francisco. A l’heure à laquelle nous arrivons, en cette veille de jour de marché, les marchands rangent les étales et le plus grand marché du pays semble plongé dans la torpeur. Le calme avant la tempête? Le lendemain nous sommes prêts aux aurores. On nous a indiqué que le marché aux bestiaux qui se tient un peu plus haut commençait dès 5h30 du matin. A 6h nous sommes au rendez-vous, et effectivement, la place que nous avons traversée la veille en quelques secondes se trouvent désormais peuplée de centaines de cochons, vaches et moutons. C’est bien connu, les meilleures affaires se concluent dès le début de la foire et vu l’affluence nous avons du mal à imaginer que la scène se répète toute les semaines, le vendredi. Nous nous faufilons entre les cochons et les vaches et restons un bon moment, plantés au milieu de la place, simplement pour observer. Certains négocient serrés pendant que les autres se font littéralement traînés au milieu de la foule par les cochons fraîchement acquis. Le bruit et l’agitation qui règnent donnent le tournis. De temps en temps, nous nous échappons de la tourmente pour faire un tour plus bas, pensant y trouver un peu de répit. Nous voilà emportés par un flot continu qui déambule lentement dans des allées étroites, entre des étales de tissu en tous genres. Nous apprendrons à nos dépends à la fin du marché que c’est ici le royaume des pickpockets. Et oui le petit portefeuille bariolé acheté au Pérou a disparu! Heureusement, il était fait exactement pour ça et il n’y avait presque rien dedans! Nous sommes presque contents de notre coup. La mauvaise nouvelle c’est qu’on peut vraiment vous faire les poches tranquillement sans qu’on s’en rende compte. Un dernier coup d’œil à la foire aux bestiaux. Il est 9h30 et la foule là-haut est déjà nettement moins dense. C’est l’heure de la deuxième démarque, le meilleur moment pour négocier encore plus dur les lots et la marchandise de deuxième classe.

Dame au cochon au marché de San Francisco El Alto

Il est 11h, l’heure pour nous de quitter le tumulte, délestés d’un porte-monnaie mais néanmoins ravis de la découverte. De retour à Quetzaltenango (Chéla), nous nous lançons dans les préparatifs pour une ultime grimpette de volcan. Demain soir, nous dormirons au camp de base du Tajumulco. Le projet a donné lieu à beaucoup de discussions mais in fine, difficile de bouder le plus haut sommet d’Amérique centrale, « Voyage en relief » oblige! Après 3h de Chicken Bus, nous sommes au pied du volcan, il est 9h du matin. Le temps est un peu brumeux mais nous sommes optimistes, ça va se lever. Nous croisons un petit groupe accompagné d’un guide qui descend, ils ont eu une belle vue ce matin. Nous croisons les doigts. La randonnée est très agréable, beaucoup moins ardue que les volcans précédents qui présentaient des silhouettes bien coniques et assez raides. Les pentes du volcans sont habillées de landes et de forêts de pins clairsemés que le sentier traverse, alternant montées douces et replats. Au bout de 2h30, nous arrivons au camp de base et plantons la tente. A peine installés la pluie nous rejoint, fidèle compagne. L’après-midi s’écoule lentement abrités sous la toile au chaud, un petit sourire en coin en pensant au Santa Maria qui nous a tenu en échec. Il peut bien pleuvoir cet après-midi, du moment que ça s’arrête dans la nuit. Vers 18h30 nous sommes couchés. Le réveil est programmé à 3h30 de manière à être prêts pour regarder le soleil se lever sur le Guatemala. Nous croisons les doigts une dernière fois et sombrons dans un sommeil profond à 4 000 m d’altitude. Le réveil sonne comme prévu mais la mauvaise nouvelle c’est que le tambourinement régulier de la pluie sur la toile s’était déjà chargé de nous réveiller. Aïe aïe aïe, de la pluie le matin, on aura tout vu. On temporise un peu, réveil décalé à 6h. Nous mettons une croix sur le lever de soleil en espérant se rattraper sur la vue. 6h, il pleut. 7h, pluie fine, tant pis, on sort. Les boules. Les derniers 200 m sont avalés en moins de 30 minutes. Nous montons jusqu’au sommet dans la brume.

Progression brumeuse

Pendant un bref instant que nous évaluons respectivement à environ 15 secondes (Jérôme) et à au moins 1 minute (Clémentine), le sujet fait débat, nous sommes gratifiés de ce que nous appellerons une vue partiellement dégagée (Jérôme) ou au choix, une belle vue bien dégagée (Clémentine). Bref, nous arrivons au sommet avant 8h et il est parfaitement enveloppé de brume, sur ce point tout le monde s’accorde. 4 220 m, nous voilà sur le toit du Guatemala et même si les éléments conspirent contre nous, nous sommes très heureux d’être arrivés là, nous et nos fidèles ponchos aux couleurs vives! Comme il n’est pas possible de prendre des clichés du paysage, pour la première fois nous n’avons pris que des photos de nous (portfolio Tajumulco). Après une petite heure de pitreries au sommet, force est de constater que la brume est là pour durer. Nous rejoignons nos sacs bouclés que nous avons laissés au camp de base et amorçons la descente. A mi-chemin, la pluie, fidèle compagne, nous retrouve et nous escorte jusqu’à la fin du sentier. Pour rester poli, nous dirons seulement « Pas de chance n’est-ce pas? ».

Vue du volcan Tajumulco depuis Tuycoyg dans les Cuchumatanes

Nous sommes de retour à Chéla en début d’après-midi. L’aubergiste qui nous ouvre doit avoir une impression de déjà-vu. « Oui oui ça s’est bien passé ». « Non, non, nous n’avons pas eu de vue » (Clémentine : « Ah si! »). Ainsi se termine notre épopée volcanique. Un léger goût d’amertume pour les ascensions du Santa Maria et du Tajumulco mais le volcan Fuego nous a tant gâté au début du séjour que nous allons garder un très bon souvenir des volcans guatémaltèques. Aller! Sans rancune!

En chiffres :

  • Volcan Acatenango (3973m): 7h de marche aller-retour. Des dizaines d’éruptions fabuleuses du volcan Fuego. Dénivelé : 3 166 m cumulés.

  • Volcan Santa Maria (3772m): 12h30 de marche aller-retour. 5 orages terrifiants. Denivelé : 3 020 m cumulés.

  • Volcan Tajumulco (4220m): 5h de marche aller-retour. Denivelé : 2 440 m cumulés.

En images :

Atmósfera caribeña

11 mai, de Bogota, nous traçons tout droit vers la côte caraïbe, la zone que nous avons privilégiée en Colombie pour une découverte plus approfondie. Pour y parvenir, nous prenons un bus de jour jusqu’à Medellin (10h30) et enchaînons avec un bus de nuit (8h) pour arriver au petit matin à Turbo d’où nous prenons une barque jusqu’à Capurganá. Et nous voilà sur la côte, tout à l’ouest. Les premières sensations et appréciations du lieu sont vraiment positives. On avait imaginé l’ambiance caribéenne et là elle s’exprime allègrement : les gens, les paysages, le mode de vie à la cool, le climat, tout est là! Bien que nous ayons encore une petite vingtaine de jours devant nous pour profiter pleinement de cette région, nous sentons que nous avons déjà atteint un objectif non négligeable : nous touchons à présent au nord de l’Amérique du Sud, étant partis de son extrémité sud il y a plus de 6 mois. A Capurganá, nous passons 2 nuits dans une auberge bohème bien sympathique et découvrons les environs en prenant bien soin de se mettre au rythme local. Tranquilo!

Vente de poisson frais sur le port de Turbo

Ayant appris qu’il y a des Tortues Luth qui pondent en ce moment sur des plages du secteur, nous en parlons à la maîtresse des lieux, Victoria. Elle a quitté la France il y a 7 ans pour faire sa vie ici et est pleine de bons plans. Nous pensions longer la côte vers le Sud, vers le village d’Acandi, mais elle nous conseille un village indigène, situé côté panaméen : Armila. Adjugé, une incursion au Panama nous apparaît comme un excellent extra dans l’aventure, puisque nous n’avions pas prévu de pousser jusque-là. Dès l’après-midi nous passons donc à la migration, ouverte seulement de 15h à 16h, puisqu’en journée, l’électricité n’est présente au village qu’à partir de 14h, qu’il faut bien une petite heure de retard avant d’ouvrir et qu’à 16h, c’est l’heure normale de fermeture pour l’administration. Nous faisons tamponner nos passeports en prévision de notre sortie très temporaire du pays. Et à notre l’auberge, nous faisons l’une de ces rencontres improbables et bien sympathiques : François et Clément, les Vagabonds de l’Energie 2. Ils connaissent bien nos amis Robin et Chloé. Robin était lui-même parti à l’époque avec un de ses amis à travers pas mal de pays d’Europe et d’Asie à la recherche d’initiatives innovantes en matière d’énergie : les Vagabonds de l’Energie 1. Intéressés par le fil conducteur du projet, François et Clément ont rencontré les premiers vagabonds et ont pris la relève. Et nous les croisons là, dans un coin un peu paumé, en bordure de la jungle colombienne.

Le lendemain, nous cherchons une ‘lancha’ (une barque) pour rejoindre la frontière panaméenne, puis le village d’Armila. Le trajet se fait en deux temps : une première barque colombienne, suivie des formalités administratives à la frontière, puis une seconde barque, panaméenne cette fois-ci. Le tout représente 45 minutes de barque, mais il nous faudra bien 4h en tout et pour tout pour y arriver. Lors de ces trajets en barque, nous longeons la jungle colombienne et panaméenne. Comme on aime bien imaginer qu’il s’y passe tout un tas de choses pas nettes, on se demande où se trouvent les FARC et narcotrafiquants : combien de campements subsistent dans cette épaisse toison verdoyante ? Sont-ils fixes ou se déplacent-ils régulièrement pour rester discrets ? Est-ce qu’un survol de la zone permettrait d’en dénicher quelques uns ou bien la jungle garde leurs secrets, enfouis au creux des lianes les plus tortueuses ?

Trève d’imagination, arrivés sur place, nous suivons les autres passagers de la barque, des locaux. Nous rejoignons ainsi la maison de Nacho qui loue des petites cabanes et propose aussi les repas. Et oui, ici il n’y a pas vraiment de possibilités d’acheter quoi que ce soit, tout se passe directement chez les habitants, les Kunas. Nacho est né ici et il fait le lien entre les visiteurs qui osent s’attarder ici et les locaux. Il sera aussi notre guide pour aller voir les tortues ce soir, de nuit.

Village d’Armila

Nous arrivons juste après la Fête de la Tortue, qui a duré 3 jours. Le village est encore une fois très différent de ce que nous avons vu jusqu’à maintenant. Les maisons et leur agencement prennent des airs de village africain. Les femmes Kunas ont vraiment la classe et décorent leurs poignets et chevilles de mille perles colorées. On se sent bien et complètement dépaysés. Tout semble aller à l’essentiel : la petite communauté vit de l’agriculture et de la pêche. Un bel exemple d’autonomie et d’auto-suffisance. Nous nous sentons sur une île, la mer des caraïbes d’un côté et une forêt impénétrable de l’autre. Tout se fait par bateau, il n’y a pas de routes ici. Il règne ici une joie et une douceur de vivre, soigneusement entretenue par tous ces enfants qui jouent, nagent et courent dans tous les sens, semblables à de multiples Kirikou!

Au rythme des Caraïbes

Le premier soir, nous menons une première expédition à la découverte des Tortues Luth. La période de ponte s’étend en gros de février à juillet avec un pic au mois de mai. On tombe pile-poil! Nacho nous accompagne pour cette première session nocturne. Il est environ 20h et nous embarquons à 3 sur sa mini barque pour traverser le Rio qui nous sépare de la plage. Quelques chauves-souris profitent de nos lampes frontales pour capturer les quelques insectes qui flottent dans le faisceau lumineux, à la surface de l’eau. Sacrée ambiance! De l’autre côté du Rio, nous marchons sur la plage, à travers les déchets venus s’échouer ici, à la recherche d’une tortue. Les nombreux crabes, pris de panique, traversent dans tous les sens juste devant nous. De temps en temps, l’un d’entre eux passe par dessus nos pieds pour rejoindre la mer au plus vite! Ça ajoute encore un peu de piment à cette aventure! Très rapidement, nous tombons nez à nez avec une Tortue Luth… Elle est gigantesque! Près de 500 kg et pas loin d’1m50 de long. Elle est en train de creuser un trou pour y pondre. Quelle chance, le timing est parfait! Nous passons nos frontales en lumière rouge pour ne pas trop gêner la belle et nous prenons le temps d’observer ses gestes minutieux. Elle creuse avec habilité à l’aide de ses deux nageoires arrière. Le trou est profond quand on imagine que les petites tortues vont devoir grimper à la surface… Mais c’est qu’il faut de la place pour y loger les 60 à 90 œufs qui vont incuber pendant 2 mois. Wahou, nous sommes tout simplement captivés par la scène qui se déroule sous nos yeux. Nacho vient là presque tous les soirs. Épuisé par les 3 jours de festival, il s’endort sur la plage mais nous laisse profiter du spectacle jusqu’à la fin. Une fois les œufs bien disposés, le reptile entame un processus fascinant pour recouvrir le tout et tasser l’ensemble avec application. On dirait même qu’elle aplanie tout le périmètre pour brouiller les pistes. Il est 23h. Il est alors temps pour elle et pour nous de se remettre en chemin, elle vers la mer, nous vers notre barque!

Hasta luegoooooo

Bluffés par la Tortue Luth de la veille, nous décidons d’y retourner aux aurores, le lendemain matin. A 4h, nous sommes sur la barque de Nacho pour traverser le Rio. Cette fois-ci, nous faisons l’expédition seuls. Il nous a montré le chemin, maintenant, à nous de jouer, à nous les 5 km de plage! Nous marchons un peu plus longtemps que la veille ; les crabes sont toujours aussi nombreux et imprévisibles dans leur fuite. Au bout de 30 minutes, nous croisons une tortue en train de tasser minutieusement le sable. Nous la regardons finaliser le tout avant de porter sa lourde carapace vers la mer. Nous revenons tranquillement sur nos pas. Le soleil se lève petit à petit et avec la lumière du jour nous apercevons plein de traces caractéristiques sur le sable : des petites tortues qui ont couru vers la mer il y a quelques heures seulement. Nous remontons à tout hasard certaines traces jusqu’au nid et là surprise : il reste quelques petites tortues qui luttent encore pour sortir. Probablement les dernières à cet endroit, elles n’ont pas l’air bien vaillantes mais sont tout de même épatantes! On pourrait rester là des heures mais c’est qu’il est déjà 7h et Nacho nous attend pour aller cueillir des bananes et des ‘platanos’ (bananes plantain).

Nous rentrons au village en accélérant le pas et les coups de rame. Un bon petit-déjeuner englouti et nous remontons illico sur la barque, avec Nacho cette fois-ci, pour remonter le Rio. C’est qu’il y a du courant tout de même pour rejoindre la parcelle aux bananes. On n’avance pas bien vite sur la fin et il fait chaud… autant se mettre à l’eau! La baignade rafraîchissante nous permet de venir à bout de cette remontée de rivière que nous terminons d’ailleurs à pieds, les embûches devenant trop nombreuses. Nous faisons le plein de bananes, chargeons la barque et nous laissons dériver au fil de l’eau jusqu’au village.

Récolte de bananes

L’après-midi se prête parfaitement à une alternance de baignades et de siestes en hamac pour récupérer de la courte nuit. Le soir, on remet ça : session Tortues Luth en solitaires. Ce soir là, nous avons encore droit à de la nouveauté : en suivant des traces de petites tortues, on tombe sur une troupe d’une vingtaine de petite tortues qui s’agitent et s’activent pour rejoindre l’eau au plus vite! Un peu plus loin, on croise aussi deux adultes qui tassent le sol et aplanissent la zone autour d’elles. L’une d’entre elles se donne beaucoup de mal mais elle est vraiment très proche du front de mer ce qui compromet les chances de succès. Sur le retour, nous croisons les petites tortues retardataires et sur les conseils de Nacho, nous donnons un petit coup de main aux dernières, qui tentent désespérément de sortir du nid, épuisées. Nous aussi on commence à être épuisés d’ailleurs… nous filons dormir pour profiter d’une dernière session matinale à 4h du matin, soit dans quelques heures à peine. Et cette fois-ci, nous marchons 45 minutes avant d’en croiser une mais comme elle joue les prolongations, nous avons la chance de pouvoir la photographier à la lumière naturelle du petit matin pendant un long moment. Pfiouuuu, 4 sessions d’observation et à chaque fois de belles surprises. Nous sommes ravis et prêts à retourner à Capurganá. Nous serions bien restés plus longtemps, mais on risquerait de se perdre ici un peu trop longtemps! Nous prenons tout de même le temps de photographier encore un peu les lieux, la rainette des toilettes et les magnifiques ‘molas’ tissés par les femmes Kunas.

Les ‘molas’

De retour côté colombien, nous passons au poste frontière dans l’après-midi à l’heure habituelle, vers 15h pour obtenir notre tampon d’entrée. Mais pas de chance, l’électricité se fait attendre cet après-midi… « No hay energia » nous dit-on. D’accord mais nous partons demain tout de même! On nous dit de revenir plus tard, dès qu’il y a de l’électricité. Dans l’après-midi, Clémentine faiblit… elle a du attraper un truc… fatigue extrême, frissons alors qu’il fait 30°C… ce n’est pas très bon signe. Jérôme retente le poste de migration vers 18h… c’est fermé, bien entendu! Le vigile indique de revenir demain à 7h30, avant le départ de notre bateau à 8h. Oui c’est que c’est un peu compliqué, on ne parle à Monsieur Migration que par l’intermédiaire du vigile. Entre temps, Clémentine est vraiment amorphe avec des douleurs musculaires en prime. Jérôme a finalement exactement la même chose durant la nuit et grelotte avec 6h de décalage. Le lendemain matin, c’est donc peu frais que nous retentons notre chance au poste de migration. Verdict : « No hay electricidad en la mañana! », nous dit le nouveau vigile du jour. Ben oui, on s’en doutait, il n’y en a jamais le matin… Nous insistons pour voir Monsieur Migration, qui habite juste au dessus. Après une bonne dizaine de minutes, il pointe le bout de son nez au balcon pour nous dire qu’il fallait revenir hier soir, même tard. Nous tentons d’expliquer qu’on est revenu et que le vigile nous a dit de revenir ce matin mais il n’y a rien à faire, il a déjà disparu. Nous sommes bon pour annuler notre bateau et passer une journée de plus ici. Heureusement, Monsieur Capitaine des bateaux est d’accord pour remplacer notre billet pour faire le trajet le lendemain. C’est donc dépités et malades que nous rejoignons notre auberge bohème. Et là, une bonne âme nous explique que ce n’est vraiment pas normal et qu’une autre solution consiste à proposer de payer un peu d’essence pour que Monsieur Migration daigne allumer son groupe électrogène. C’est quand même un service publique et ils se doivent de trouver une solution, en tout cas en théorie. A priori il y a un autres bateau à 10h pour rejoindre une autre ville de la côté, d’où partent aussi des bus pour Cartagena. Ça nous laisse une heure pour retenter notre chance. Nous retournons donc tous les deux voir le vigile qui fait mine de nous ignorer. Nous insistons en expliquant que nous devons vraiment partir aujourd’hui et demandons s’il est possible d’allumer exceptionnellement le groupe électrogène. Il nous répond qu’il n’y en a pas! En tentant de garder notre calme, nous proposons de payer un peu d’essence si le problème est le combustible… Il envoie un message à Monsieur Migration par téléphone. Une dizaine de minutes plus tard, Monsieur Migration se pointe sur son balcon pour nous lancer un « OK ». A nouveau une dizaine de minutes plus tard, il descend vers son bureau et allume le groupe électrogène (à part ça, il n’y a pas de groupe électrogène!). Le vigile vient alors à nouveau vers nous, sans rien dire, il attend. Nous demandons donc combien ça coûte. Sans réponse de sa part, nous proposons l’équivalent de 2 €. Il semble perplexe et fait mine de réfléchir pour finalement nous exploser de rire au nez! Sans nous agacer, même si à l’intérieur ça commence à bouillonner, nous lui demandons donc son prix. Il nous en demande 10 fois plus! Il n’a pas froid aux yeux, pour 2 minutes d’utilisation de son ordinateur, il ose nous demander 20 €. Nous avons envie de lui rire au nez en retour mais nous nous gardons bien de le faire pour espérer partir aujourd’hui et indiquons gentiment que c’est un peu exagéré et que nous ne payerons pas plus de 4 € pour ce service. Tu parles d’un service d’ailleurs! Dans ce cas, il nous dit d’aller chercher nous-même 8 litres d’essence. Nous traînons donc nos corps fatigués et endoloris vers la petite station de Monsieur Essence qui n’a pas de bidons mais quelques bouteilles en plastique vides. Très bien, ça fera l’affaire. Pour 4 €, nous obtenons un peu plus de 3 litres. Nous décrétons qu’ils n’auront pas une goûte de plus et revenons déterminés, avec bien moins que la quantité demandée. Petit moment de suspense et de concertation entre les deux filous… ça passe! Le vigile prend les bouteilles et nos 2 passeports et s’éclipse dans le bureau de Monsieur Migration. Nous n’aurons même pas l’honneur de rentrer dans le bureau. Nos deux passeports reviennent tamponnés quelques minutes plus tard. Ouf, quelle histoire! Il nous reste tout juste le temps de se faire rembourser par Monsieur Capitaine des bateaux et prendre nos billets avec l’autre compagnie qui part à 10h. A part ça, il n’y a pas de corruption en Colombie!

Le « muelle » de Capurganá

2h de bateau et 8h de bus plus tard, nous arrivons à Cartagena, dans un piteux état. Serait-ce un vilain moustique qui aurait eu raison de nous ? Ce sont 4 jours de repos forcés qui nous attendent dans la belle ville coloniale colorée de Carthagène des Indes. Samedi soir, nous sortons enfin le bout de notre nez, pour aller manger une crêpe (et oui il faut bien un élément moteur) et retrouver Brieuc et Diana pour la soirée. Comme pour féliciter notre sortie, nous sommes surpris par un feu d’artifice, qui nous indique le chemin de la vieille ville. En transition entre deux boulots, Diana a une semaine de vacances et ils en profitent pour faire une petite virée sur la côte. Ils nous avaient justement conseillés le secteur de Capurganá, nous leur conseillons Armila. Echange de bons tuyaux. Quand nous lui racontons notre histoire avec Monsieur Migration du poste frontière de Capurganá, elle est furieuse contre le service public colombien! Elle qui est colombienne et avocate, c’est sûr qu’elle n’aurait pas laissé passer ça! Attention, s’ils la croisent dans les mêmes conditions que nous, ils n’auront pas à faire au calme dont nous avons été obligés de faire preuve en tant que touristes! Les voilà prévenus!

Dans les rues de Cartagena

Nous voilà à présent à Santa Marta avec un peu de retard par rapport au programme initial. Rien de surprenant finalement ; nous nous sommes mis au rythme caribéen. A nouveau d’aplomb, nous ressentons le besoin de randonner à nouveau et ça tombe bien puisque nous partons après-demain pour un trek de 4 jours à travers la jungle. Milieu dans lequel nous n’avons pas eu l’occasion d’évoluer pour l’instant, nous n’avons pas hésité longtemps lorsque nous avons appris l’existence de la Ciudad Perdida. Teyuna, comme l’appelle les indigènes de la Sierra Nevada de Santa Marta, est située entre 900 et 1200 m d’altitude ; parfait pour renouer avec les reliefs. Après la culture Kuna du Panama, nous nous retrouvons plongés dans la culture tayrona du nord-est colombien avec une troupe de 5 autres aventuriers australiens, israéliens et allemands. Loin d’être une promenade de santé, le sentier se révèle assez technique et joue aux petites montagnes russes dans une végétation et une chaleur étouffante. Heureusement, les bassines naturelles parsèment le parcours et notre guide connait les bons spots. Lorsque ce n’est pas du haut d’un rocher, c’est à l’aide d’une liane qu’on se jette à l’eau. A l’approche de la fameuse cité, les marches recouvertes de mousse se succèdent pour emmener le marcheur dans son antre. Les tayronas et les incas se seraient-ils concertés et passés le secret qui fait la magie de ces lieux ? La configuration des plateformes, la topographie des lieux et l’agencement des pierres ont des airs de cités incas péruviennes.

Teyuna : la Ciudad Perdida

Le temps de se reposer 2 jours et de profiter de la piscine à notre auberge de Santa Marta et nous approchons déjà du 30 mai. Le calendrier se ressert, alors nous nous autorisons une petite accélération par voie aérienne pour profiter plus longuement de notre prochaine destination ; nous quittons le charme colombien pour nous envoler vers le Guatemala.

En chiffres :

– 1 trek dans la jungle

– 6 090 m de dénivelé cumulé

– 1 dizaine de sauts de tarzan

En images :