Grande traversée de la cordillère Vilcabamba

13 mars, nous nous mettons en route vers une nouvelle destination de trek : la cordillère Vilcabamba. Notre itinéraire débute à Cachora, village que nous rallions en collectivo puis taxi depuis Cuzco. Arrivés à destination en milieu de journée, nous décidons de commencer à marcher sans perdre de temps. Il ne nous reste plus qu’à trouver un moyen d’atteindre le col Capuliyoc, point de départ officiel du trek. Première pioche, un taxi local essaie de nous rançonner 40 soles, plus que le coût de notre trajet Cuzco/Cachora. Entre en scène le Señor Juan Serrano, croisé un peu plus tôt sur la Place d’Armes, qui nous arrache aux mains du mafieux. Il s’explique avec le chauffeur. Le ton monte. C’est trop cher, c’est du vol, voilà tout! Pendant ce temps, on sort discrètement nos affaires déjà chargées dans le coffre et on s’enfuit sur la pointe des pieds avec Juan. Il nous a proposé de nous emmener gratuitement dans la benne du petit rickshaw agricole avec 3 de ses amis. Le mafieux est furieux et nous on embarque avec notre petite clique de campesinos! Très vite on comprend qu’ils sont un peu en virée entre mecs. Alors que nous pensions partir sur le champ, nous multiplions les arrêts pour boire un verre, déposer des affaires, en charger. Une heure plus tard, nous sommes finalement en route vers le col.

Juan Serrano Lopez dit ‘Loco’

Assis dans la benne, le trajet est très agréable. Pas confortable mais agréable. Juan nous fait un cours complet de l’histoire du Pérou. Tout y passe, l’agriculture, la constitution, les mafieux, l’éducation, les touristes et leurs différences, les canyons et leur profondeur… pour lui, il est ici le canyon le plus profond du monde et pas à Cotahuasi. Il parle vite et oubli d’articuler mais concentrés, on garde le fil, captivés! Nous terminons sur le thème de la justice, inexistante, de la corruption qui est partout. Enflammé, il lance en guise de conclusion « l’ennemi d’un péruvien est un péruvien! » Ses camarades, assis à côté, ont des sourires en coin… pas méchants, un brin moqueurs seulement. Ils le considèrent comme l’illuminé de la bande… parce qu’il discute, s’intéresse, se cultive tout simplement. C’est un génie parmi les cons, un fou parmi les simples. Enchanté par notre projet, il semble prêt à tout laisser en plan pour nous accompagner.

Arrivés au col Capuliyoc, nous rencontrons Luisa, Clarisse et sa fille Chiara, toutes adorables et impressionnées par les 10 à 12 jours de marche qui nous attendent. Elles soupèsent les sacs. Le verdict est sans appel, nous sommes fous! On aimerait traîner un peu avec eux mais il est 16h et nous voulons nous avancer un peu avant la nuit pour raccourcir l’étape du lendemain. On entame rapidement une descente assez vertigineuse. Le col culmine à environ 3000 m et les 2 premières heures de descente offre des vues spectaculaires sur le canyon dans la lumière de fin de journée. Suivant les indications de 2 randonneurs français croisés un peu plus tôt, nous nous arrêtons au niveau d’une maison délabrée qui offre une petite terrasse plane, juste ce qu’il faut pour accueillir notre tente pour la nuit.

Le canyon le plus profond du monde?

Après une nuit passée sous la pluie, nous faisons une brève tentative d’extraction vers 5h du matin mais vue l’épaisseur de la brume nous jouons les prolongations, au fond des duvets, il fait chaud. A 8h30, nous quittons Qocamasana et nous mettons en route pour notre étape du jour qui doit nous mener à Marampata, de l’autre côté du Rio Apurimac qui nous nargue au fond de la gorge, 1300 m plus bas. Nous nous jetons à corps perdu dans les profondeurs du canyon qui nous aspire le long d’une pente raide à mourir. Les sacs chargés au maximum écrasent nos rotules : 20 kg pour Jé et 14 kg pour Clé. C’est une première pour nous, un vrai challenge. Nous avons déjà marché plus longtemps mais jamais en autonomie, sans guide, en portant des sacs aussi lourds. On compte sur le mental et l’expérience acquise pour relever le défi. L’itinéraire que nous souhaitons emprunter pendant ce trek est très peu fréquenté et les locaux nous considèrent avec une pointe de curiosité et de respect. Huancacalle, ils savent où c’est… c’est loin et le chemin n’est pas si facile. Nous sommes assez fiers d’expliquer que nous bifurquerons ensuite vers l’Est pour rejoindre le Machu Picchu en 4 jours supplémentaires. Pour le moment, c’est théorique, le trait est tracé sur la carte mais on n’y est pas encore.

En bas, au niveau du pont, nous croisons deux randonneurs couverts de piqûres, un peu désorientés. Ils sont sur le retour et reviennent des ruines de Choquequirao avec… des mules! Difficile à envisager pour nous… Les deux premiers jours il n’a plu que durant la nuit ce qui ne nous a pas gêné. Nous perdons seulement un peu de temps le matin pour sécher et ranger la tente. Le matin du 3ème jour, à Marampata, où nous avons retrouver Julian (membre de la bande des campesinos), la pluie ne veut pas cesser. Nous avons pourtant prévu de consacrer la journée à la découverte du site de Choquequirao qui se situe à seulement 1h30 de marche. Patience. Finalement un peu avant 11h, la pluie se calme et nous nous mettons en route. Depuis le versant opposé de la montagne, les quelques vestiges mis à jour au cours des opérations de restauration donnent un aperçu de la taille du site, c’est gigantesque! On parle d’une superficie totale équivalente à 3 fois celle du site de Machu Picchu. La tente installée et le déjeuner avalé, nous nous lançons encore une fois à l’assaut des pentes escarpées pour aller jouer les Indiana Jones. Nous ne sommes pas des férus d’archéologie précolombienne mais le site dégage quelque chose de très impressionnant. C’est difficile d’imaginer qu’un tel édifice ait pu tomber dans l’oubli. En attendant que quelqu’un vienne percer ses mystères, le colosse s’est glissé sous un drap de jungle qui le protège et le dévore année après année. Comment un tel mastodonte de pierre a-t-il réussi à se faire oublier aussi longtemps, c’est un mystère. Les travaux sont titanesques. Nivellement, terrassement, dérivation de cours d’eau pour l’irrigation, etc. Les Incas ont déployé des efforts d’ingéniosité pour apprivoiser et dompter les pentes. Dans la partie la plus basse du site, les travaux de restauration sont en cours. La masse de travail est assommante. Il s’agit d’arracher les vestiges des terrasses à la forêt. Les pierres sont numérotées une à une, déchaussées, puis replacées. On se demande si un tel travail peut prendre fin. Le jour où ils auront terminer, il faudra sûrement revenir sur les premières parties. Les terrasses sont pâturées quand elles sont accessibles, broyées, fauchées ou cultivées quand ce n’est pas possible. Les quelques parcelles plantées de maïs, de quinoa et de fèves donnent un aperçu de la mosaïque qui devait recouvrir les pentes et les terrasses avant que la forêt ne tente de reprendre ses droits. Ça donne le vertige, au sens propre et au sens figuré. C’est raide… un abîme de marches et de murets!

Les terrasses vertigineuses de Choquequirao

Finalement, la visite du site ne s’avère pas de tout repos. Les parties hautes et basses du site sont séparées par 600 m d’escaliers vertigineux et de sentiers escarpées à flanc de montagne. La journée a été sauvée par le beau temps mais mal orientés nous avons raté les fameux lamas… Nous nous consolons en pillant les pêchers chargés de fruits qui nous attendent à côté du camping. Ça nous change des pâtes et de la polenta. Le soir venu, une fois n’est pas coutume, l’orage et la pluie nous bercent depuis nos duvets, au sec sous notre toile de tente. Le réveil est programmé à 5h du matin. Outre le fait qu’il s’agisse d’une des plus dures étapes du trek, nous avons prévu de la rallonger en partant à la recherche des lamas, que nous avons ratés aujourd’hui.

Le lendemain matin, de bonne heure, nous démarrons la journée par une visite aux lamas de pierre. Nous avions tout faux la veille, les lamas étaient cachés de l’autre côté de la montagne, sur l’autre versant. Ils étaient presque sous nos yeux, 200 m sous nos pieds pour être exact. Nos salutations aux lamas exécutées dans les règles, nous montons en suivant le canal d’eau qui irriguait jadis le site. Quelques minutes après avoir passé le col Choquequirao, le premier du trek, nous amorçons une descente raide vers le Rio Blanco. 15 minutes plus tard, au détour d’un virage nous nous retrouvons face à face avec les seuls et uniques randonneurs que nous croiserons pendant les 8 jours restants. Quelle surprise quand nous nous reconnaissons mutuellement. Ce sont nos fameux voyageurs aux semelles de vent rencontrés 3 mois plus tôt en Argentine, à El Chalten. Nous discutons tranquillement de nos parcours respectifs au bon milieu de la pente. Leur long périple s’achève bientôt, ils rentrent en France après presque 3 ans de baroude. Maintenant ils ont des prénoms, Lucille et Guillaume. Ils viennent de Haute-Savoie.

La descente est vertigineuse et au fur et à mesure que nous plongeons dans les abysses du canyon, apparaissent des silhouettes familières. Ce sont nos amis, les rhododendrons géants, parés de leurs guirlandes de lichen. Pour nos retrouvailles, ils ont revêtu leurs plus belles guenilles. Nous déjeunons rapidement au bord du Rio Blanco dont les rives sont peuplées de milliards de « mouches-vampires ». La Noodle Soup quotidienne avalée, on s’enfuit avant d’être dévorés à notre tour. La montée qui nous attend est en réalité un mur, 1500 m de dénivelé. On attaque la montagne de front. Nous viendrons finalement à bout de notre séance d’escalade vers 17h, soit 9h30 après avoir quitté notre campement. A l’approche du hameau de Maizal, nous nous laissons mener jusqu’au camping de Valentin Vaca. Avec sa femme, ce sont les derniers Mohicans, les ultimes résidents, les résistants de Maizal. Ils vivent ici depuis 20 ans en quasi autarcie, autonomes en tout ou presque. Nous prenons une douche au robinet, les pieds dans la boue et la bouse… et entrons dans la petite pièce à vivre où le repas du soir nous attend. Cette pièce, c’est l’extension de la basse-cour. Ici c’est le royaume du ‘Cuy’ (Cochon d’Inde). Le repas qu’on nous propose est assez similaire à ce qu’on a pu nous servir à Santa Rosa ou à Marampata les jours précédents. Il consiste en une plâtrée de riz avec frites et œufs au plat. Vu la journée qu’on a dans les pattes et celle qui nous attend, on ne fait pas les fines bouches et on avale tout rond. On a faim! Au fil des discussions, nous découvrons que Valentin est originaire de Huancacalle. De fait, il connaît bien le chemin que nous allons emprunter et nous donne quelques conseils pratiques pour l’itinéraire. Il nous explique aussi où trouver sa fille et son cousin pour faire halte à Yanama.

Cuy Cuy Cuy!

Ce soir, le temps s’est très nettement amélioré et les montagnes alentour qui avaient pris pour habitude de nous saluer avec leur chapeau de nuage enfoncé jusqu’aux yeux, se sont finalement découvertes! La vue sur le canyon en contrebas est vertigineuse et on a du mal à croire qu’on a grimpé tout ça. En regardant tour à tour les sommets et le fond du canyon, on pense à Loco et on se dit qu’il a peut être raison ce fou. Il est profond ce gouffre. Le rugissement qui nous provient du fond des gorges produit un bruit de fond feutré dans les hauteurs, c’est réconfortant. Si le temps se maintient nous auront peut-être droit à un joli lever de soleil et qui sait, nous plierons peut-être une tente sèche pour la première fois!

En venant jusqu’à la cahute de Valentin, c’est l’occasion pour nous de rencontrer des gens qui vivent encore là de manière traditionnelle, de discuter avec eux, de manger chez eux. Notre espagnol de voyageurs nous autorise à échanger avec ces gens et à être plus autonomes. C’est ce qui pouvait nous manquer parfois au Népal ou en Inde où l’anglais avait ses limites dans les campagnes les plus reculées. Nous apprenons beaucoup, nous mangeons bien et nous passons une soirée agréable pour une somme dérisoire mais qui va directement dans leurs poches et aidera sûrement. Entre eux, ils parlent essentiellement Quechua et nous redevenons alors complètement spectateurs, ce qui n’est pas toujours pour nous déplaire, surtout quand nous sommes fatigués.

Au petit matin, en lieu et place du lever de soleil que nous espérions, nous avons droit à un lever de brume magistral. Toute la journée, nous progressons à tâtons dans une brume épaisse. Avant le col, nous avons aperçu quelques mines d’argent encore en activité. Les campements ressemblent à ceux des orpailleurs amazoniens, tas de bois et de bâches plastiques en vrac, entourés de boue. Les entrées des galeries sont minuscules et trempées. Il faut une vocation pour entrer là-dedans. Nous avons bien eu l’idée de ramasser quelques cailloux qui brillaient à la sortie du trou mais n’étant pas certains que c’était bien de l’argent, nous avons décidé de ne pas nous alourdir encore…

Alors que nous sommes installés à midi pour manger une délicieuse Noodle Soup et faire sécher la tente, un campesino déboule du sentier avec ses 5 mules et son chien. Il a la tête en sang, jusqu’à la bouche, sa casquette blanche est… rouge. Il nous interpelle gaiement d’un « Ola que tal Amigos?!! ». Ce n’est qu’après avoir échangé les quelques informations d’usage (d’où venons nous, où allons nous, d’où vient-il, où va-t-il, comment est le chemin? Le pont tient bon?) qu’il nous demande enfin si on peut regarder sa tête. Le récit est un peu confus mais il semblerait que le chien ait fait peur à la mule, la mule paniquée se serait ensuite vengée sur son muletier de maître avec un coup de sabot bien senti. A moins que ce ne soit une pierre qu’elle ait projetée en l’air?! Toujours est-il que le bilan est sanglant. Le cuir chevelu est entaillé sur 4 à 5 bons centimètres. Idéalement, il faudrait recoudre mais ça n’a pas l’air de le réjouir, ça ne colle pas vraiment avec son programme. Il réfléchit quelques secondes et nous annonce qu’il va continuer quand même. Il va à Maizal et il rentrera ce soir… C’est seulement notre étape du jour. Il va faire l’aller-retour avec le crâne ouvert… pas d’inquiétude!

Depuis le col Victoria nous aurions du profiter d’un panorama scénique sur les monts environnants et les glaciers de la cordillère Vilcabamba. Ce ne sera pas cette fois et pas avec nous. La descente depuis le col se fait sur un beau sentier accroché à flanc de falaise. Nous passons à proximité de plusieurs anciennes mines Inca. Alors que nous approchons de Yanama, un peu en surplomb, la brume se lève finalement pour nous laisser entrevoir le village juché sur sa plateforme au dessus du canyon. Nous trouvons facilement la maison de la fille de Valentin. Il a dû avertir tout le village de notre arrivée parce que les villageois, tous complices, nous montrent le chemin tous les 50 m! Nous retrouvons Valentin qui nous a doublé dans la montée. Ce matin, il était furieux ; il devait se rendre à Yanama comme nous avec 4 mules, mais l’une d’entre elles s’était échappée. Du coup, il a décidé de la vendre dès qu’il aura remis la main dessus! Il nous annonçait 2h pour atteindre le col, nous avons mis 3h30 et malgré nos carapaces de tortue nous n’avons pas traîné. C’est à se demander s’ils ont vraiment des montres!!!

Arrivés à Yanama, nous retrouvons Valentin

Le soir nous dînons d’œufs et de frites (pour changer!) pendant que la petite famille de Valentin se régale d’une bonne soupe… Il va falloir dissiper ce malentendu! A chaque fois que l’on demande ce que l’on peut manger ils nous répondent invariablement la même chose : riz, frites et œufs. Pensant qu’ils mangent ça tout le temps aussi on n’a pas osé opposer de résistance à ce plat « typique » et on s’est résigné. Mais là! Ils mangent une super soupe! Dans la cuisine, les enfants en bas âge sont aussi nombreux que les ‘Cuy’ (donc beaucoup). Yanama est desservie par la route, moins enclavée que Maizal, qui a été désertée. La nouvelle génération se concentre à Yanama, qui nous donne le sentiment d’être un village plutôt dynamique. La nuit venue, il tombe des trombes, ça tambourine fort sur la toile de tente et les éclairs nous aveuglent dans notre sommeil. Chacun de notre côté, retranchés dans nos duvets, nous regrettons secrètement de n’avoir pas accepté de déplacer la tente sous l’abri fermé, au sec, comme on nous l’avait proposé à plusieurs reprises…

Le séchage de la tente, un geste quotidien

Après Yanama, pour nous, l’inconnu, le vrai challenge commence. Et le début n’est pas triste. Au bout d’une heure, nous faisons fausse route et gravissons inutilement une belle petite colline pour revenir sur le chemin que nous venons de quitter. Déjà la sortie du village avait été laborieuse, ça commençait mal. Ensuite, nous avons un problème avec la carte. Nous traversons un petit hameau qui n’est pas à sa place, l’altitude est fausse et le sentier suit un parcours fantaisiste. Il passe nettement plus bas dans la gorge mais nous devons rester à niveau. Le doute s’installe doucement. Entre la brume, la carte fausse et l’altimètre que nous ne pouvons pas étalonner, nous perdons un peu nos repères. Difficile de savoir où nous nous situons. Nous naviguons donc à la boussole. Après tout, il faut remonter la vallée jusqu’au bout, jusqu’au col.

Le beau sentier en balcon se transforme progressivement en sentier torrent au fur et à mesure que nous progressons dans le goulot qui se rétrécit. Nous progressons bientôt avec difficulté dans un vestige de forêt primaire très dense qui semble nourrir le projet de bientôt dévorer ce qu’il reste de la sente que nous essayons de suivre entre lianes et bambous. A plusieurs reprises, le vrombissement des colibris nous a fait tressaillir, pensant qu’un Ours à lunettes allait surgir de la forêt de bambous. Le plantigrade fréquente les vieilles forêts primaires qui habillent les versants abruptes de ces vallées reculées. Alors que la journée est bien avancée, nous traversons un torrent gelé avec de l’eau au dessus des genoux pour nous rendre compte au milieu du gué qu’il y a un pont 10 m en aval… journée compliquée! Après quelques heures d’un combat acharné, la jungle cède finalement la place à des pâtures d’altitude noyées sous l’eau. Nous gravissons les 300 derniers mètres jusqu’au campement sous la pluie. Nous arrivons après 9h de marche et installons la tente sous un abri de fortune quelques minutes avant la tombée de la nuit. L’abri en question, qui aurait pu être un don du ciel, s’avère difficilement exploitable en l’état. Il semble qu’il serve d’écurie aux muletiers de passage… le sol est complètement recouvert d’un mélange de paille humide, de boue et de bouses (plus ou moins sèches les bouses). Finalement, on improvise avec l’existant, et, munis de bâtons, nous nivelons le sol pour nous confectionner un bon matelas, isolant avec ça! On ne se laisse pas abattre : coquillettes à la sauce tomate et nous filons nous mettre au chaud dans notre écrin de bouse. Le lendemain, nous devons franchir le col Choquetacarpo, point culminant de notre trek, à 4600 m d’altitude.

« Dans la jungle, terrible jungle »

Réveil dans la brume, nous partons mouillés en direction du col qui nous attend au bout de la vallée. Une heure et demie après avoir levé le camp, la pluie commence à tomber. Elle nous accompagnera tout au long de la journée et ne s’arrêtera que le soir venu. Entre le manque d’oxygène et les sacs toujours aussi lourds, notre ascension jusqu’au col est lente, de vraies tortues. Dans la montée, nous croisons seulement un jeune en tee-shirt, originaire de Yanama. Muni de ses bottes en plastique, il rallie directement Huancacalle à Yanama dans la journée. Il nous faudra 2 jours pour en faire autant. Nous ne croiserons personne d’autre ce jour-là.

Il y a de très belles portions du Chemin Inca mais nous ne sommes pas toujours dessus. Il se trouve souvent en face, de l’autre côté de la vallée que nous dévalons depuis le passage du col. Ce n’est pas plus mal pour l’observer. Il y a des escaliers, des ponts, des murs de contention. Sous son corps souple, ce serpent de pierre habile avale les reliefs de la montagne, il remplit les creux et effleure les crêtes en enjambant les nombreux ruisseaux avec grâce. On aurait aménagé avec le même soin le réseau d’assainissement d’une cité antique. Il y a des caniveaux, des dérivations en pierre, un travail très fin. L’ouvrage semble titanesque, tout en force quand on observe la taille des blocs de pierre et en même temps tout en finesse quand on détaille l’agencement du tout, les jointures sont parfaites. Le tout est harmonieux et solide. Si solide que le monde pourrait passer dessus, ça ne bougerait pas, d’ailleurs, ça n’a pas bougé! Le chemin-serpent fait désormais partie intégrante de la montagne… la contribution d’une civilisation!

El Camino Inca : le chemin-serpent

Le ciel nous tombe littéralement sur la tête. Les montagnes pleurent et nous enveloppent dans leur chagrin. Une fine pellicule d’eau recouvre tout, absolument tout. Le chemin est un torrent, le sentier devient fleuve. Chaque brin d’herbe, chaque grain de sable semble chargé de plusieurs litres d’eau. Nous avons arrêté de remplir nos gourdes, il suffit de se baisser un peu et de tendre la main. Les paysages sont spectaculaires mais nous ne l’apercevons que par l’entremise de brèves éclaircies qui nous réchauffent quelques secondes. Le reste du temps, nous contemplons un tableau blanc laiteux, opaque et homogène de la terre jusqu’au ciel. Glacés jusqu’aux os, nous battons en retraite et marchons le plus vite possible vers notre objectif de la journée. Nous avons une démarche de robots, pareils à des zombies. Tout notre être est tendu vers un seul objectif, arriver, se sécher, se réchauffer. Nous marchons sans manger : seulement une boîte de thon grignotée en marchant, avec les doigts. Nous sommes même pris d’une belle hallucination collective (à deux):

[Nous arrivons à la maison (laquelle?) et jetons tous nos habits trempés devant la machine à laver, passons sous une douche chaude en râlant parce qu’il n’y a plus de savon! Rassasiés de chaleur, nous choisissons de nouveaux habits chauds et secs, soigneusement sélectionnés dans l’armoire qui en est remplie. Comment pourrait-on s’habiller aujourd’hui? Quel casse-tête! Le dilemme résolu, nous finissons sur le canapé avec une tasse de chocolat chaud.]

Mouhaha la bonne blague!!!

Arrivés à Huancacalle après 8h30 de marche sans pause, c’est devenu une obsession! Et comme le randonneur entêté est toujours récompensé, nous atterrissons par bonheur dans un petit paradis douillet : Hospedaje Sixpac Manco. Après une journée digne du déluge pendant laquelle, Noé et Moïse, ces héros, ont brillé par leur absence – ils auraient pu ouvrir une voie, bâtir une embarcation, quelque chose quoi!! – nous arrivons rincés à Huancacalle. Nous nous sommes précipités sous le porche de la première auberge qui s’avère bientôt la meilleure à l’évidence. Les journées difficiles ont toutes une fin et la nôtre vient d’arriver à son terme. Très vite, l’évidence s’impose, nous allons dormir dans des lits pour nous reposer et faire sécher nos affaires, la tente, tout! Le miracle s’exhausse presque, tout se passe comme dans notre rêve! Douche chaude, habits secs (pas beaucoup de choix mais bon…), deux litres d’eau chaude pour faire de la tisane et la dueña, Julia, étend nos habits trempés à côté du poële dans la cuisine! Elle nous prépare un fabuleux repas. Délicieux!! La maison est confortable, dans la cuisine, ça sent bon, il fait chaud. Confortablement installés, nous décidons de prolonger le séjour. Nous resterons une journée supplémentaire pour nous reposer et visiter les sites de Vitcos et Nusta Hispana. Lavés, réchauffés, et bien nourris, nous sombrons rapidement dans un sommeil réparateur.

Julia aux fourneaux

Après cette épreuve marquante, nous ouvrons ici une parenthèse. Elle est dédiée au randonneur masochiste:

[Il se leurre en permanence! Il passe la journée sous la pluie, faisant comme si de rien n’était et puis il suffit qu’il y ait 30 minutes de soleil à midi, au moment de déjeuner et de sécher la tente pour qu’il trouve finalement que la journée n’est finalement pas si pourrie. « On a de la chance avec le temps ». Et puis quoi encore! Après s’être infligé plusieurs kilomètres de marche sur des terrains accidentés avec un sac qui lui cisaille les épaules : « On est pas bien là! Hein?? » Se régalant de polenta avec des sardines à la tomate. « C’est que c’est bon en plus! » Ahhaa. Tellement faim qu’il mangerait n’importe quoi! Dormir sur une paillasse de bouse et de boue recouverte de paille devient une aubaine, la promesse d’une bonne nuit! Ces petites privations révèlent la qualité d’un bon repas, le douillet d’une bonne couche, le bonheur de la douche chaude, les chaussettes sèches. Tout!]

Le lendemain matin, petit déjeuner (avec café!) bien consistant, oui, nous avons pris l’option pension complète! Nous filons nous promener à la découverte des ruines, légers comme l’air, sans sac (quel soulagement). C’est une belle boucle de 3h sous un soleil presque provoquant! La citadelle de Vitcos trône sur le sommet d’une colline et le site de Nusta Hispana est très impressionnant. D’immenses blocs de granite taillés dans la masse sont disposés dans une prairie. Nous sommes de retour pour le déjeuner, 10 minutes avant que la pluie ne recommence. Le déjeuner est délicieux bien sûr, nous sommes aux anges. Julia est une mère pour nous. Son fils Fredy qui travaille dans le tourisme déjeune avec nous. Nous parlons agriculture et développement local au Pérou et passons le reste de l’après-midi au chaud, à côté des fourneaux dans la cuisine, à lire, écrire et trier des photos, tout en discutant avec Julia alors que les chaussures finissent de sécher dans le four, quelques centimètres seulement en dessous de notre repas du soir qui cuit doucement : du ‘Cuy’! Nous avons demandé à Julia de nous en préparer un en se disant que ce serait nettement meilleur et nettement moins cher (donc deux fois meilleur) qu’au restaurant! Et il se trouve que le hasard fait bien les choses, Huancacalle est très réputée pour le ‘Cuy al horno’!

Citadelle de Vitcos

En fin d’après-midi nous sommes allés rendre visite à un tisserand artisanal au bout du village. Il s’appelle Apolinar. Dans son petit atelier, il file la laine (mouton et alpaga), la teinte et la tisse. Il nous fait une très belle démonstration, ravi que ça nous plaise. Il manie ses outils avec une dextérité impressionnante. Ses longs doigts fins et habiles dans le prolongement des fils qu’il travaille avec une aisance déconcertante. Jérôme achète un châle.

Apolinar Quispe Palomino, tisserand à Huancacalle

Le soir venu, nous nous régalons du délicieux ‘Cuy’ qui a passé tout l’après-midi dans le four. Mmmh, c’est un confit! Attention, il ne s’agit pas non plus de s’empâter! Reposés, nous repartons le lendemain. Nous avons décidé d’accélérer un peu le rythme pour boucler la fin du trek en 3 jours au lieu de 4. Nous avons pris quelques renseignements et ça semble jouable, même avec les sacs. Nous partons très tôt, c’est l’avantage quand on ne plie pas de tente et qu’on ne prépare pas le petit déjeuner. Le temps est au beau fixe et on se félicite d’avoir attendu un jour à Huancacalle! Nous avons fait nos adieux à Julia et Benjamin, vraiment adorables. Dans la montée, nous servons d’assistants vachers à un campesino qui mène quatre de ses vaches à Yanatile. Nous servons de voiture-balai mais elles aiment quitter le chemin pour explorer les talus. Un peu plus loin, nous sommes dépassés par un péruvien qui court littéralement dans la montée. Il nous indique encore 1h30 pour le col. Il nous en faudra environ deux. On s’améliore ou alors il est nettement plus réaliste que ses compagnons. Il ne pensait croiser que des péruviens. Nous sommes flattés. D’autant qu’en marchant avec lui, il trouve qu’on avance bien! Et ouai mec! Vers midi, nous avons déjà dépassé la fin de l’étape théorique. Nous sommes en forme, il fait beau, donc nous continuons. On a bouffé du ‘Cuy’! On monte vite, très vite. La montée est superbe et on atteint rapidement le col. Passé le col nous arrivons dans une très belle vallée parsemée de petites huttes. Nous parvenons même à entrevoir les sommets de la Cordillère Vilcabamba et les glaciers qui nous tirent la langue. Finalement en fin d’après-midi, le temps se gâte comme à son habitude et nous nous arrêtons tôt pour ne pas trop nous faire mouiller, profitant d’un confortable tambo [« Ce tombeau sera votre tombeau! »] pour nous abriter et cuisiner. Il a même un toit de tôle. Cette fois nous regardons tomber la pluie avec un sourire en coin. Et toc!

Camp de Jatunpampa

Nous croisons parfois quelques personnes qui nous interrogent. Où sont le guide et les mules? Après quelques échanges, on nous explique que cette région est très peu fréquentée par les touristes. Et quand il y en a, ils ne sont jamais seuls. Voilà nous faisons exception. Mais tout le monde nous rassure, le chemin n’est pas compliqué à suivre. Lors de ses rencontres, nous ressentons l’agréable sensation de nous mettre au rythme des habitants des montagnes. Pour eux, ce sont des trajets réguliers. Nos échanges sont simples, concis, au sujet de l’état des chemins, du temps qu’il fait ici ou là-bas.

Bénéficiant encore de notre cure de repos à Huancacalle, nous sommes réveillés tôt pour notre avant dernier jour de marche. Dans la matinée, il y a encore de la pluie par intermittence. Il nous reste théoriquement 2 autres jours de marche mais nous sommes poussés en avant, on aimerait presque doubler l’étape et arriver le soir même. Il y a 3 cols à 4500 m à passer et presque 2000 m de dénivelé négatif à descendre, ça fait beaucoup. Nous marchons longtemps et les cols s’enchaînent dans la brume. La ‘Puna’ (végétation) d’altitude baigne dans le brouillard et le paysage est saturé d’eau. Il y a des myriades de mares, de ruisseaux et de lacs. En prenant de l’altitude, on se rend compte que tout est connecté. L’eau est partout. De temps en temps, un rayon de soleil perce la couverture nuageuse pour égayer un peu le paysage.

Laguna Suyrococha

Avant le dernier col, plus tôt dans la matinée, nous avons croisé un groupe d’une dizaine d’hommes en train de faire une pause au bord de la laguna Suyrococha. Ils nous proposent des feuilles de coca, ça booste. Ils nous déconseillent de terminer l’étape jusqu’à Yanatile, trop loin, il faut le faire en 2 fois. Ils travaillent sur le Chemin Inca, ils dégagent des portions à la pelle pour diagnostiquer l’état du chemin par tronçon. Cela fait quelques kilomètres que nous observons leurs saignées avec curiosité. A midi, après 7h de marche, nous faisons une pause pour déjeuner sous un abri avec des vachers, très sympas, qui nous observent avec curiosité. Ils sont assez impressionnés par le chemin parcouru et nous cèdent volontiers un bout d’abri pour installer la popote entre deux averses.

Pause-déjeuner à Lacococha

Suivant leurs conseils, nous descendons tout droit dans la vallée qui doit nous ramener à Yanatile. On descend, on descend. Entraînés par le poids des sacs et la volonté d’en finir, nous dévalons. De la ‘Puna’ d’altitude nous plongeons dans la forêt humide le long d’une gorge profonde. Sans le savoir, nous dépassons le lieu où nous pensions nous arrêter et nous nous retrouvons sur la route. Yanatile se situe 14 km plus loin. Il est 16h30, nous avons un peu de marge et nous sentant proche du but, on décide d’attaquer les 14 derniers kilomètres avant qu’il ne fasse nuit. La raison et la fatigue nous rattrapent en même temps et nous nous arrêtons finalement non loin du panneau 6 km, après 12h de marche. Nous sommes crevés. On pourrait terminer de nuit mais ce n’est pas raisonnable. On campe au bord de la route après avoir dévoré une maigre portion de thon et des crackers. Qui dort dîne n’est-ce pas?

Le lendemain matin, nous nous mettons très vite en route sans prendre de petit déjeuner. Nous sommes proche de Yanatile et s’il y a des mini-vans en partance, ce sera tôt le matin ou après dans l’après-midi. 1h30 plus tard, nous voilà dans le bourg. Une voiture passe, s’arrête, on grimpe, quelle aubaine et c’est gratis. A 9h, nous sommes confortablement installés dans un petit restaurant de Santa Teresa pour prendre un petit déjeuner, salade cubaine, pieds nus dans le restaurant (signe qu’on est des sauvages qui n’ont pas intégré le retour à la civilisation). Bien requinqués, on attrape un collectivo pour Hidroelectrica. Une belle étape de franchie, nous en avons terminé avec la partie trek à proprement parler. Maintenant, il faut nous fondre dans la masse des pèlerins, certains frais débarqués de Cuzco en bus, d’autres qui arrivent à pieds depuis d’autres treks, comme le Salkantay. Nous redevenons anonymes dans la masse et nous marchons tête baissée. La marche dans le remblai de la voie ferrée n’est vraiment pas des plus agréables. Arrivés à Machu Picchu Pueblo, c’est le choc! Nous savons tout de suite que nous n’allons pas rester longtemps! Ça bourdonne, ça bouillonne, on se sent envahi, submergé. Il est 15h et nous partons à la recherche du restaurant du fils de Luisa, cette gentille dame rencontrée 10 jours plus tôt, le premier jour de notre trek. Elle nous a donné un papier avec le nom du restaurant en nous disant d’y aller quand nous serons arrivés. Ça nous paraît terriblement loin. Le restaurant en question se trouve à une rue de notre hôtel, nous y passons l’après-midi. Le patron, ravi que nous connaissions sa maman, nous offre quelques suppléments. A 17h30 seulement, nous rejoignons l’hôtel. L’happy hour et le repas copieux ont eu raison de nous! Et puis demain matin, c’est le bouquet final, le Graal : nous serons reçus dans l’enceinte du Machu Picchu, étape finale de notre périple.

3h30 du matin, nous ne savons pas si c’est l’alarme ou le bruit de la pluie, mais nous sommes réveillés. Le temps de manger quelque chose et de boucler les sacs, nous sortons de l’hôtel et traversons le village fantôme de Machu Picchu Pueblo sous une pluie régulière et triste. 5h, le pont est ouvert. Les agents en poste nous demandent de sortir les passeports qu’ils ne regardent pas… ça y est, c’est parti! La grimpe commence! A la file indienne, nous gravissons les innombrables marches qui mènent au sanctuaire. Le mouvement de foule nous fait penser à un départ de marathon. Dès les premières minutes, les moins entraînés se mettent de côté et soufflent tout ce qu’ils peuvent. On grimpe, on grimpe. L’objectif inavoué de cette foule déterminée de marcheurs, c’est d’arriver devant les portes du site avant le premier bus. Personne ne pipe mot, mais on voit les visages blêmir quand le bruit du moteur du bus parvient à nos oreilles. Nous ne sommes qu’à mi-chemin… Tant pis, l’essentiel c’est de participer comme on dit. C’est assez déloyal de toute façon! Après 35 minutes de course dans les escaliers nous arrivons devant les portes. La pluie s’est arrêtée mais nous sommes complètement trempés! Courir dans une montée avec une cape de pluie, c’est pas l’idée du siècle pour rester au sec! Les portes s’ouvrent enfin et nous entrons. Baigné de brume dans la lumière du matin, le site est grandiose. Ce n’est pas une brume triste de matin mouillé. C’est une belle brume, légère, vaporeuse qui se déchire doucement, s’élève avec volupté pour découvrir une oeuvre d’art. Nous sommes bluffés, c’est beau! Pendant une petite heure, le site reste tranquille, il y a peu de monde et nous faisons notre petit tour du propriétaire. Tout se déroule dans le silence, dans la confidence, comme si chaque matin, les visiteurs de la première heure se prenaient pour les découvreurs du site.

Machu Picchu

Comme nous sommes un peu masos, nous avons acheté un billet pour grimper sur l’une des deux collines qui surplombent le site. Et comme nous sommes vraiment masos, nous avons choisi la plus haute : la Montaña Machu Picchu qui culmine à 3060 m d’altitude soit environ 600 m au dessus du site. Nouvelle montée raide. Au sommet, peu de monde, le dénivelé à avaler a fait le tri. Après une heure de cache-cache, le site est complètement visible, débarrassé de ses lambeaux de brouillard. La vue est spectaculaire. Les bâtisseurs avaient le goût de la mise en scène. Entourée de hautes montagnes, nichée au cœur de la cordillère, la cité est exposée comme un beau bijou dans son écrin : protégée et mise en valeur à la fois. Il est 10h, nous amorçons notre descente. Nous dévalons les marches 4 par 4. Nous ne voulons pas rester à Machu Picchu Pueblo une nuit supplémentaire ce qui signifie qu’il nous faut prendre un bus en début d’après-midi à Hidroelectrica pour rentrer à Cuzco. Revenus sur le site principal, l’ambiance a complètement changé. Les groupes ont pris possession de la cité et suivent des guides qui parlent dans toutes les langues. Dans les escaliers, il faut attendre son tour. La magie s’est estompée. Le soleil est haut maintenant, c’est fini.

Le savoir-faire Inca

C’est vannés et sans conviction que nous parcourons le chemin le long de la voie ferrée en sens inverse. Arrivés à Hidroelectrica, nous montons dans le premier bus qui est prêt à partir pour Cuzco. Mauvaise pioche, faux départ : après nous avoir assurés que le véhicule était en bon état nous nous arrêtons pendant presque une heure pour changer un pneu usé jusqu’à la corde contre un pneu lisse! Et oui, on recycle ici! Encore 6h à se faire ballotter sur des routes cahoteuses sous la pluie et nous serons arrivés à Cuzco.

Le sentiment du devoir accompli, du challenge relevé, mais en réalité, le soir venu, il ne reste que la fatigue et nous rêvons de retrouver notre auberge à Cuzco. La douche chaude nous hante de nouveau…

Le détail de notre itinéraire :

Jour 1 (13/03) : transport de Cuzco à Cachora puis 2h de marche de l’Abra Capuliyoc à Qocamasana (5 km / – 600 m)

Jour 2 (14/03) : 7h de marche de Qocamasa à Marampata (13 km / – 850 m / + 1460 m)

Jour 3 (15/03) : 1h30 de marche de Marampata à Choquequirao et visite du site (6 km / – 570m / + 770m)

Jour 4 (16/03) : 9h30 de marche de Choquequirao à Maizal (13,5 km / – 1615 m / + 1650 m)

Jour 5 (17/03) : 7h de marche de Maizal à Yanama (10,5 km / – 585 m / + 1165 m)

Jour 6 (18/03) : 9h de marche de Yanama à Lazunapampa (12 km / – 680 m / + 1150 m)

Jour 7 (19/03) : 8h30 de marche de Lazunapampa à Huancacalle (17 km / – 1640 m / + 660 m)

Jour 8 (20/03) : visite des sites de Vitcos et Nusta Hispana et repos (4 km / – 150 m / + 150 m)

Jour 9 (21/03) : 7h30 de marche de Huancacalle à Jatunpampa (18 km / – 380 m / + 1260 m)

Jour 10 (22/03) : 12h de marche de Jatunpampa à la route avant Yanatile (27 km / – 1900 m / + 800 m)

Jour 11 (23/03) : 1h30 de marche de la route au bourg de Yanatile puis arrivée à Machu Picchu Pueblo (17 km / – 900 m / + 200 m)

Jour 12 (24/03) : 9h30 de marche, visite du site de Machu Picchu et retour vers Cuzco (20 km / – 1285 m / + 1220 m)

En chiffres :
– 163 km parcourus à pieds
– 10 485 m de dénivelé positif
– 11 155 m de dénivelé négatif

En images :

Et en bonus, le lien vers notre interview par Zipworld :

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3 réflexions sur “Grande traversée de la cordillère Vilcabamba

  1. Hello,je me régale de vos balades,des paysages magnifiques,de vos exploits.Mais quand on aime on ne compte pas!!!!
    Bise Clémentine Bise Jérôme A Bientôt.

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  2. Magnifique récit de voyage qui me laisse rêveuse (et un peu jalouse j’avoue !). Je me régale en suivant vos folles aventures, et celle-ci tout particulièrement. La douche chaude a dû être appréciée à sa juste valeur… Grosses bises, Claire (et Juju) de l’île de Pâques

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    • Hello! Oh oui, la douche chaude a été appréciée à sa juste valeur! Mais l faut croire qu’on oublie vite parce qu’une semaine après être rentrés de ce trek nous sommes repartis pour un autre! Et il n’y avait pas de douche du tout cette fois…
      Bises

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